samedi 18 juillet 2015

L’Europe de la paix

«  Les Grecs, à part le tourisme et les olives
qu’ils ne sont même plus capables d’exploiter, ils servent à quoi à part mendier ? »
Internaute européen n°1

« Ils veulent notre fric sans respecter les règles ! »
Internaute européen n°2

Il ne faut pas stigmatiser. Condamner les discours de haine et de division. Combattre les préjugés et les idées reçues. Dénoncer sans relâche les passions nationalistes et les instincts xénophobes. Ne pas céder à la facilité de désigner des boucs-émissaires. Et puis surtout : « Pas d’amalgame ».
Tous ces commandements élémentaires du bon citoyen ont volé en éclats à la faveur de cette prétendue « crise grecque » (qui est en réalité une crise de l’euro ; et notre tour viendra…). Tous les interdits sont levés. On peut y aller sans complexe. Y mettre toute sa force. Toute sa rage. C’est open lynchage. Et avec les applaudissements des plus hautes autorités morales ! On n’avait pas été à pareille fête depuis la quinzaine de la haine d’avril 2002. Il faut en profiter.
Une déferlante inouïe de haine s’abat sur le peuple grec. Une fièvre de lynchage, une ivresse de vengeance, une animosité hystérique se déploient contre 11 millions de citoyens. Une soif insatiable de violence, qui tourne même parfois à l’envie de meurtre, s’épanche en toute bonne conscience, sans qu’y soit opposée la moindre condamnation, ni même le moindre appel au calme.
« On n’en a rien à cirer du non des parasites grecs »
« Que ces parasites de Grecs sortent de la zone euro, et crèvent jusqu’au dernier ! Bon débarras ! »
« Ca suffit maintenant, les Grecs ! Basta !!! »
« La BCE doit leur couper les vivre au plus tôt ! Plus de négociations ! »
« Cela devient indécent de faire passer les Grecs pour des victimes, alors que ce sont des mendiants et des escrocs »
On peine à imaginer l'ampleur du scandale que susciteraient de telles déclarations, transposées en France à certaines minorités… Je sais pas, moi, les boudhistes… ou les hindouistes… Ou les Bretons ? On verrait nos chères — très chères — associations de persécution se lancer avec gourmandise dans des procès gagnés d’avance contre les prêcheurs de haine, dont les discours nauséabonds et stigmatisants nous ramènent aux heures les plus sombres de notre histoire. On verrait se multiplier les articles à charge contre cet infâme peuple français, congénitalement raciste ; on aurait droit sur les plateaux de télévision au défilé ininterrompu de bataillons de Guénolé tolérants et fraternels qui nous expliqueraient doctement — et en toute fraternité — que la xénophobie est inscrite dans notre ADN rance et nauséabond. On aurait droit à des campagnes de rééducation gracieusement offertes par le service public — c’est-à-dire le contribuable — , des spots publicitaires par des artistes humanitaires nous enjoignant de nous libérer de nos préjugés, de nous agenouiller bien bas devant l’Autre et le Différent. Une nouvelle opération Touche pas à mon pote. Comme celles que nous subissons aujourd’hui, entre Touche pas à mon clandestin (très tendance), ou Touche pas à mon djihadiste ; aide-le à se réinsérer, à devenir un bon républicain, ou encore Touche pas à mon violeur multirécidiviste ; laisse-lui une quinzième chance (devenu un grand classique). Mais Touche pas à mon Grec ? Non, ça, les Grecs n’y auront pas droit. Au contraire, nos belles âmes, nos émouvants chantres de l’Europe de la paix et de l’amitié entre les peuples, toujours prompts à dénoncer les discours de division et la montée des populismes, restent étonnamment silencieux. Pas de point Godwin pour cette fois. Pas de parallèle angoissé avec les années trente, l’exacerbation des nationalismes, la recherche de boucs-émissaires. Au contraire : certains, parmi ces modèles de philanthropie que sont les européistes, n’hésitent pas à exacerber les tensions ni à attiser la haine. Jusqu’aux plus responsables d’entre eux, comme cet ancien « président » de la République qui, sans doute pour nous rappeler sa puissance d’analyse, sa hauteur de vue et son refus du populisme, déclare avec sa finesse légendaire : « Il faut informer les Français de la réalité des chiffres. Les Grecs doivent 45 milliards d’euros à la France, soit 2 300 euros par famille. » Ce n’est pas démagogique, ça. Ce n’est pas populiste, ça, pas du tout. Recourir à l’argument du coût par tête, ce n’est pas le moyen assuré de rendre fous de rage les Français, d’embrouiller leur esprit, de leur faire perdre toute rationnalité dans l’analyse de la situation. De les empêcher, entre autres, de déceler l’entourloupe sémantique consistant à employer « Les Grecs » en lieu et place de « Les banques ». Car Nicolas Sarkozy — c’est de lui qu’il s’agit, pour ceux qui n’auraient pas encore reconnu ce talent sans égal pour affecter la franchise au moment de sortir une énormité — sait très bien, au moment où cet enfumeur professionnel se fait tout honte bue le porte-parole de la réalité, que la véritable phrase qu’il devrait prononcer est « Les banques doivent 45 milliards d’euros aux contribuables français ; 45 milliards d’euros dont moi et mes amis parlementaires avons décidé du versement aux banques sans demander leur avis aux Français. Mais, que voulez-vous, il fallait bien sauver l’euro, car il nous protège et nous amène la prospérité, comme vous le constatez jour après jour. » Démagogue hors pair, Nicolas Sarkozy sait pouvoir compter sur la fureur et l’amnésie des électeurs pour les baratiner à volonté. Là où il se montre plus imprudent, en revanche, c’est quand il affirme vouloir informer les Français de la réalité des chiffres.
Informer les Français de la réalité des chiffres ? Vraiment ? Chiche ! Alors allons-y ! Combien nous coûtent les commissaires européens, comme Pierre Moscovici ? 20 000 euros par mois de salaire, sans compter les avantages en nature (et vous pouvez me croire, ce ne sont pas des tickets restau). Le président de la Commission européenne ? 321 000 euros par an de salaire (hors avantages en nature, donc). Et Nicolas Sarkozy lui-même, en tant qu’ancien Président ? 2 millions d’euros par an, offerts par le contribuable (en remerciement des services rendus, sans doute). Combien coûtent chaque année les subventions à SOS racisme, au Gisti et à toutes ces si utiles et si bienveillantes associations de dressage du citoyen ? Combien coûte chaque année, et depuis combien d’années, et pour encore combien d’années, l’immigration clandestine ? Combien coûte l’ensemble des chèques de 300 euros versés à chaque reconduite de migrant à la frontière d’un pays qui n’en a pas ? Combien coûte l’Aide médicale d’Etat, réservée aux clandestins, pendant que de plus en plus de médicaments sont déremboursés pour les cotisants ? Combien ont coûté, combien coûtent, combien coûteront à la collectivité ces individus qui vivent — ou plutôt qui végètent — sous perfusion d’allocations sur le territoire français, tout en méprisant la France et ses « sales Français » ? Et puis tenez, drôle de coïncidence : 45 milliards d’euros, c’est précisément le montant du « plan banlieue » décidé par le gouvernement au lendemain des émeutes de 2005, (qui elles-mêmes occasionnèrent 200 millions d’euros de dégâts). « 2 300 euros par famille », donc… Sarkozy était alors ministre de l’Intérieur… Plan de génie, en tout cas, dont on peut dix ans plus tard admirer les excellents résultats. Sans compter les sommes engagées depuis pour d’autres investissements massifs dans les quartiers, avec le succès que chacun constate… Investissements encore décidés sans demander son avis au peuple...
Mais faire état de tout cela, voyez-vous, c’est stigmatiser, c’est tomber dans les caricatures, c’est désigner des boucs-émissaires, ainsi que s’empresseront de vous corriger hautainement mais fermement les arbitres des élégances humanistes. Tandis que le Grec feignant et profiteur et suceur du sang des bonnes familles françaises, ça ce n’est pas du tout une caricature. C’est au contraire très informé. Les grecophobes—l’une des seules phobies autorisées, et même encouragées, à notre époque de phobiephobie — savent bien de quoi ils parlent quand ils assènent sur un ton d’évidence que « les Grecs n’ont pas joué le jeu ; ils ont profité des subsides, jouant les cigales », ou encore que « cela fait des années que les Grecs ont droit à un traitement de faveur ». Ils se sont bien renseignés sur les faits, ils ont pris tout le recul critique nécessaire avant de dénigrer les Grecs, ces profiteurs, ces engraissés, ces privilégiés dont les pensions de retraite ont été sabrées de 40%, dont les salaires ont baissé de 30%, dont 63% des jeunes sont au chômage, dont une part toujours croissante de la population expérimente les joies de la polio et du sida, dont les pharmacies sont vides, dont la moitié du personnel hospitalier a été licenciée, dont les femmes sur le point d’accoucher sont refusées si elles ne peuvent s’acquitter de 900 euros, dont le taux de suicide, longtemps un des plus bas du monde, a explosé depuis 2009 (et atteint aujourd’hui 1 pour 1000 !). Ces esprits critiques acérés ne se demandent pas où est passé l’argent. Pour eux, il ne fait aucun doute qu’il est allé aux Grecs. Ca crève les yeux… Le prix Nobel Joseph Stiglitz peut bien expliquer que cet argent public n’a servi qu’à sauver les banques privées — majoritairement françaises et allemandes — du guêpier qu’était devenu la Grèce après leur avoir rapporté de confortables bénéfices, cela n’ébranle pas du tout leurs certitudes d’ignorants. D’ailleurs, « Stiglitz n’y connaît rien en économie : il se limite toujours à des affirmations péremptoires », comme on pouvait le lire dans des commentaires d’articles de presse, où interviennent donc manifestement des économistes de haut vol…
Dans dix ou vingt ans, les historiens seront cruels envers ces eurolâtres forcenés, ces esprits dogmatiques, sectaires, souverainement indifférents au réel, et aux ravages que produit leur idéologie ; comme ils le sont aujourd’hui envers les gogos qui, il y a encore quelques décennies, trouvaient que « le bilan du communisme est globalement positif »… Et ils s’amuseront de l’extraordinaire crédulité, du conformisme inouï, du suivisme hébété de ces masses de moutons qui, manipulés, farcis de propagande, et totalement ignorants des questions monétaires (ils ne liront jamais les prix Nobel Stiglitz et Krugman, ils préfèrent se faire intoxiquer par les larbins des banques et les escrocs des médias), bêlent avec d’autant plus d’assurance qu’ils ne comprennent rien : « L’euro nous protège ! ». Ou encore plus cocasse : « L’euro, c’est l’Europe ; et l’Europe, c’est la paix ! », tout en lynchant avec une violence inouïe ces pauvres Grecs ruinés et suicidés par le fanatisme des despotes de Bruxelles.
Dans le cervelet de ces idiots utiles des banques règne un tel chaos mental qu’ils ne remarquent pas la formidable contradiction entre leurs discours exaltés sur l’euro, facteur de paix et d’amitié entre les peuples (comme ils disent avec une grandiloquence ridicule), et la hargne avec laquelle ils insultent les Grecs, et les enferment dans des caricatures odieuses, répugnantes, surtout quand on sait le cauchemar qu’ils vivent…
Ces philanthropes à géométrie variable sont souvent les mêmes qui signent des chèques pour Mali-Enfance-Espoir, qui vous parlent avec des sanglots dans la voix de la misère dans le monde, qui vous expliquent que leur grand cœur humaniste et généreux et solidaire est tout lézardé à l’idée des inégalités qui se creusent, qui souhaitent tout faire pour éradiquer le fléau de la pauvreté ; mais ils applaudissent des deux mains les mesures d’une férocité inouïe qui, précisément, engagent depuis cinq ans la Grèce dans un processus infernal qui la mène à une épouvantable crise humanitaire. Dans dix ans, ces crétins amnésiques, ou leurs enfants, signeront des chèques pour Grèce-Enfance-Espoir — si tous les Grecs ne se sont pas suicidés d’ici là — et pleurnicheront abondamment sur la situation de ces pauvres Grecs. Ils ne se souviendront pas qu’ils avaient, à l’époque, approuvé les réformes et les mesures d’austérité qui ont provoqué ce carnage…
Mais peut-être comprendront-ils mieux ce qui se passe quand ce sera au tour de la France. Et le tour de la France viendra, car la prétendue « crise grecque » est une crise de l’euro, c’est-à-dire d’une monnaie imposée à un ensemble de pays au mépris de leur extrême hétérogénéité, et des mises en garde de tous les économistes (excepté bien sûr les Lyssenko de la science économique, et les charlatans des médias et des banques) qui, depuis plus de vingt ans, hurlent dans le désert que doter d’une même monnaie des économies trop différentes renforce celles qui sont déjà les mieux dotées, et affaiblit les autres. Quinze ans après l’introduction de l’euro, la production industrielle italienne s’est effondrée de 20%, celle de l’Espagne de 15%, celle de la France de 12% ; celle de l’Allemagne a… bondi de 34% ! La vérité est que l’euro est taillé pour l’Allemagne, uniquement pour l’Allemagne. Dans tous les autres pays, il ne sert qu’à empêcher de recourir au levier monétaire pour gagner en compétitivité (ce que font tous les autres pays du monde), ne laissant libre que l’autre levier : la dévaluation salariale et sociale. Le démantèlement du droit du travail. L’objectif non avoué est de faire de l’Europe un nouveau réservoir de main d’œuvre à bon marché. Objectif Bangladesh. C’est en cours. Ca s’accélère. Quand vous lisez des communiqués de presse se réjouir qu’en Espagne, grâces aux efforts mis en œuvre depuis cinq ans, le chômage commence à baisser, il faut comprendre ceci : « Les Espagnols, brisés par le chômage, ont fini par accepter d’être embauchés à des niveaux de salaire dérisoires, avec une protection sociale démantelée. ». L’euro — et son corollaire : la dette — sont les armes soft par lesquelles une poignée de technocrates a asservi un continent entier, lui imposant un modèle économique d’une cruauté inouïe, dont le seul critère est l’efficience, et qui fait totalement abstraction de l’humanité, de la dignité des facteurs humains de production. Un modèle économique absurde et monstrueux, qui repose sur des principes de supposée « gestion vertueuse » et de prétendue « rigueur budgétaire », mais ne produit dans les faits que récession et détresse.
Et s’il n’y avait que l’économie… Car l’oligarchie bruxelloise, si elle tire certes d’énormes profits du cataclysme ultra-libéral qu’elle inflige despotiquement aux pays d’Europe, éprouve une satisfaction d’une qualité plus grande encore en voyant l’Europe s’écrouler sous son action. Non pas seulement l’Europe économique, mais l’Europe de l’art, des génies, des plus hauts sommets de la civilisation. L’Europe chrétienne. L’âme de l’Europe, voilà leur véritable cible.

Ces esprits secs, délavés, sans souffle et sans saveur veulent construire l’Europe à leur image. Dévitaliser l’Europe, la rendre aussi morne, aussi sinistre qu’eux. De ce qui fut pendant des siècles le terrain le plus fertile pour l’imagination et la beauté, ils veulent faire un espace aride, terne, funèbre, où la désolation et le ressentiment règnent en maîtres. Ils prétendent vouloir construire l’Europe de la paix. A voir les peuples s’entre-déchirer sous leur action, on se dit qu’une fois de plus, et comme tous les idéologues, ils ne s’expriment que par antiphrase, annonçant l’exact contraire de ce qu'ils font. Il est grand temps de les démasquer, et de les empêcher de poursuivre leurs nuisances : car il n’y a en réalité qu’une paix que ces pitres lugubres sont susceptibles d’obtenir : c’est la paix des cimetières.

6 commentaires:

  1. Mais enfin, Monsieur Nicolas, pourquoi parlez-vous "d'ultra-libéralisme" ? Depuis quand les libéraux seraient-ils favorables à un appauvrissement et à un asservissement généralisé de la population ? Pour le reste, vous écrivez comme souvent des textes qui me paraissent pertinents, mais je vous en prie : lisez ce qu'écrivent les libéraux et vous comprendrez à quel point leurs conceptions sont aux antipodes de celles que les "eurocrades" mettent en pratique.

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  2. Les ultra-libéraux (lisez bien le "ultra", je vous prie) n'ont qu'une obsession : la rentabilité. "Maximiser la marge", voilà leur devise de maniaques. Et pour maximiser la marge, la meilleure façon est encore de minimiser le coût du travail. CQFD.
    Navré de vous contredire, mais l'Union européenne n'est que la modalité à l'échelle européenne de cet ultra-libéralisme qui régit (et ravage) la planète depuis trente ans. Directive détachement, abolition des frontières, interdiction des taxes douanières, monnaie unique pour bloquer le levier monétaire et contraindre à la dévaluation salariale : tout est fait pour forcer à l'alignement du traitement des travailleurs sur le moins-disant social.
    Cette ruine des peuples n'a rien à voir avec la doctrine ultralibérale ? Ce n'est pourtant pas par hasard, ni par l'opération du Saint-Esprit qu’1% de la population détient 50% des richesses mondiales. Ce n'est pas une coïncidence si, au moment où l'ultralibéralisme triomphe, la pauvreté n'a jamais autant répandu ses prestiges (la France compte 15% de pauvres, qui le sait ? ; en Espagne, 34 % de salariés touchent moins de 753 euros par mois ; au Portugal, 20 % des habitants survivent avec moins de 409 euros mensuels ; et épargnez-moi de parler de la Grèce...). C’est le monde que nous avons bâti.
    Quant à l'asservissement, à l'abrutissement des masses, il est trop évident qu'ils sont les conditions de la consommation absurde et frénétique qui assure la prospérité des rares gagnants de ce système abject.
    Je ne suis pas anti-libéral, si tant est qu'il faille vraiment se coller ce genre d’étiquettes; je suis favorable à un libéralisme dont la férocité latente serait bridée par l'Etat (dans la lignée du « capitalisme d’Etat » mise en oeuvre par de Gaulle, qui a fait le succès de la France — et que nombre de larbins du système caricaturent grotesquement en économie administrée à la soviétique pour mieux le disqualifier).

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  3. Merci pour votre réponses et pour vos arguments. J'ai cependant l'impression que vous subissez vous-même quelque influence de la bonne pensée en discernant du « libéralisme » sous les exactions du capitalisme de connivence, qui a autant à voir avec les idées (et non la « doctrine ») libérales que les républiques démocratiques en ont avec la démocratie. Je ne vous ferai pas l'injure de chercher à vous orienter vers telle ou telle publication pour en apprendre davantage sur ce sujet, car vous avez sans doute déjà lu beaucoup à ce propos. Vous semblez cependant aspirer au retour à un modèle qui eut sa grandeur, mais cela ne repose-t-il pas sur l'illusion que l'État n'est pas, lui aussi, un monstre de férocité de moins en moins latente ? Pour parler précisément de l'État français, discernez-vous beaucoup de libéralisme dans un système qui éponge un peu moins de 60 % de la richesse nationale pour la « redistribuer » avec une aussi piètre efficacité ? Au demeurant, je ne suis pas Français et cela fait de moi un interlocuteur peut-être trop éloigné des réalités de votre pays pour bien comprendre vos enjeux nationaux.

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  4. Notez bien que je ne parle jamais de libéralisme, mais d'ultralibéralisme, c'est-à-dire d'un libéralisme primaire et fanatique, aveugle à toute autre considération que la rentabilité, et notamment à la dignité des "facteurs humains de production".
    Vous dénoncez à juste titre l'hyper-fiscalité, sans vous aviser qu'elle est essentiellement la conséquence de l'ultra-libéralisme (et de son bras-armé l'immigration massive) : par la mise en concurrence directe, et donc insoutenable, avec des salariés payés une misère, par les délocalisations de l'appareil productif (hommes et infrastructures) dans les pays émergents, celui-ci engendre un chômage massif (là encore, je vous renvoie aux chiffres terrifiants des pays d'Europe) qui lui-même nécessite des prélèvements sociaux toujours plus massifs - et de l'endettement...
    La richesse que nous ne produisons plus, et le manque à gagner fiscal résultant - faute d'avoir eu la poigne d'un de Gaulle pour protéger nos économies de la sacro-sainte concurrence libre et non-faussée - nous les compensons par des ponctions colossales sur les quelques travailleurs restants, et par de la dette.
    C'est désormais l'Etat (donc le contribuable) qui assume le coût social du libre échange débridé (chômage, immigration massive, insécurité, prestations de santé, de logement, etc.) ; lequel, à l'inverse, tire des bénéfices colossaux de la pression baissière qu'il exerce sur les salaires.
    Privatisation des profits, étatisation des pertes : voilà le glorieux bilan de trente ans de soumission (rémunératrice) de nos élites à la mondialisation ultra-libérale. Il ne faut pas chercher plus loin pour comprendre pourquoi la pression fiscale et les dettes des Etats atteignent des niveaux inconcevables il y a encore 20 ans, comme le fait dans le même temps la concentration des richesses...
    Enfin, bien sûr que l'Etat est un monstre de férocité latente – et en l'occurrence patente. Seulement, bien dirigé, son action peut parfois être féconde, ainsi que l’histoire l’a montré.
    Par ailleurs, je ne vois rien d'injurieux - au contraire - à conseiller à quelqu'un de (bonnes) lectures. Pour ma part je vous recommanderais volontiers sur ce sujet les analyses de Maurice Allais.

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  5. Je vous remercie vivement pour votre réponse. Malheureusement indisponible quand vous l'avez transmise, je dois à présent quitter ce lieu d'où je peux me connecter à l'Internet. Si cela vous agrée, je reprendrai cet échange au début de la semaine prochaine. Bon week-end.

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  6. Privatisation des profits, étatisation des pertes, c'est pourtant simple à comprendre. Les entreprises n'augmentent pas les salaires, chômage, etc. Pour garantir la consommation (et une légère croissance) c'est l'Etat (et la dette) qui doit financer et permettre la poursuite de la consommation (la croissance), au risque d'être sanctionné par Bruxelles et par la menace de faire monter l'intérêt sur l'argent emprunté...bref un cercle vicieux !

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