jeudi 24 septembre 2015

Pape Hessel



« La morale de la Bourgeoisie me fait horreur. »
Baudelaire

« Défiez-vous de ces cosmopolites qui vont chercher loin dans leurs livres des devoirs qu’ils dédaignent de remplir autour d’eux. Tel philosophe aime les Tartares pour être dispensé d’aimer ses voisins.[…] L’essentiel est d’être bon aux gens avec qui l’on vit. »
Jean-Jacques Rousseau


« Qu'est-ce qui a créé plus de souffrances dans le monde
que les sottises des compatissants ? »
Nietzsche

« Toutes les époques ont raffolé, à des degrés divers, des grandes causes qui tirent des larmes sur le devant de la scène pendant qu’on fait les comptes en coulisses.»
Philippe Muray




Notre pape est criminel. Je dis « notre pape », car c’est évidemment notre pape à tous, catholiques ou non. C’est le pape de toute l’humanité ; et ceux qui le contestent avec le plus de virulence sont souvent ceux qui le démontrent avec le plus d’éclat. Comment expliquer, sinon, qu’ils entrent dans des colères noires quand il explique que l’abstinence protège plus sûrement du sida que le préservatif (ce qui, il est vrai, est un affront à la logique), que l’avortement consiste à liquider un être humain en devenir (ce qui, il est vrai, est un affront à la biologie), qu’un couple homosexuel ne peut engendrer une famille (ce qui, il est vrai, est un deuxième affront à la biologie) ? Comment expliquer qu’ils se sentent si concernés par ce qu’il dit ? Si ces enragés n’avaient pas l’instinct de l’autorité du pape, s’ils ne percevaient pas malgré eux sa dimension universelle, ils ne prendraient pas tant à cœur ses déclarations. S’ils n’avaient pas en eux quelque chose de mystérieux qui se sent interpellé quand s’exprime le pape, ils le laisseraient parler, traitant par le mépris — et non par la haine — ses élucubrations obscurantistes, qui après tout n’engagent que ces arriérés de catholiques, ces crypto-fascistes aveugles aux merveilles que la déesse Modernité produit à flux tendu.
Mais ne digressons pas. Je disais donc que nous avions un pape criminel. Oh, je sais bien qu’on me trouvera excessif. Qu’une fois de plus, on me reprochera d’aller trop loin. De ne pas savoir modérer mes propos. De me complaire dans une surenchère de brutalité. On m’opposera que « tout ce qui est excessif est insignifiant ». Je sais tout ça. Mais je sais aussi quelque chose de bien plus important que ces glapissements de castrés, ces attaques d’illettrés dont la seule « référence littéraire » est la prose délavée des journalistes : c’est qu’étant catholique, en contestant le pape, je conteste Dieu. Eh bien tant pis, je le répète, même si ce n’est qu’avec effroi : nous avons un pape criminel. En effet, je suis sans doute très malhabile à écrire, mais je ne vois hélas pas d’autre adjectif pour qualifier un pape qui enjoint tout un continent de se rendre complice de trafiquants d’êtres humains. Criminel : je ne vois pas d’autre adjectif pour désigner un pape qui se fait le sponsor officiel des mafias de passeurs, approuvant et appelant au renforcement des mesures d’accueil qui rendent possible leur commerce abject. Pas d’autre adjectif pour qualifier un pape, autorité morale suprême, qui reste muet sur les fortunes colossales qu’amassent ces réseaux mafieux en exploitant la détresse humaine, pendant que des Etats exsangues — c’est-à-dire leurs citoyens — se dépouillent du peu qui leur reste pour créer l’appel d’air qui rend possible cet enrichissement. Criminel : je ne trouve pas d’autre adjectif pour désigner un pape qui nimbe de sa caution morale la complicité objective entre ces deux exploiteurs de la misère humaine que sont les mafias de passeurs et le grand patronat, ceux-là jouant en quelque sorte le rôle de fournisseurs de celui-ci, qui se lèche les babines à la perspective de la fantastique déflation salariale que permettra cet afflux massif de travailleurs et de chômeurs ( « L’arrivée de réfugiés est une opportunité économique », a ainsi déclaré le ministre humaniste Emmanuel Macron, emboîtant le pas au philanthrope Pierre Gattaz, président du Medef, association humanitaire bien connue : « La crise actuelle des migrants est une opportunité » — ces deux agneaux sont tellement dénués de sens moral qu’ils ne voient rien d’indécent à associer la notion d’ « opportunité » à celles de « crise » et de « réfugiés »). Criminel : je ne vois pas comment appeler autrement un pape qui exhorte à la charité (qui, bien ordonnée, commence par soi-même) une Europe en ruines, qui compte elle-même 120 millions de pauvres, 25 millions de chômeurs, et plusieurs dizaines de millions de sans-abris et de mal-logés. Je ne vois pas d’autre adjectif pour caractériser un pape qui appelle à « l’accueil des migrants » des pays qui ne sont déjà pas en mesure d’« accueillir » leurs propres SDF. Pas d’autre adjectif pour qualifier un pape qui demande à chaque paroisse d’accueillir une famille de « migrants », mais n’a jamais réclamé aussi impérieusement qu’il en soit fait autant pour les indigents autochtones qu’on laisse crever chaque hiver dans la rue. Criminel : je ne sais pas comment désigner autrement un pape qui ferme les yeux sur l’odieuse compétition (qui sévit certes depuis bien longtemps, mais s’est intensifiée ces dernières semaines) entre déshérités autochtones et étrangers, toujours au bénéfice de ces derniers, sur tous ces malheureux expulsés de centres d’accueil pour laisser leur place aux « migrants ». Je ne vois pas d’autre adjectif pour qualifier un pape qui approuve la submersion migratoire, par une majorité écrasante de musulmans, du continent sur lequel se sont écrites les plus belles pages de l’histoire du catholicisme. Je ne vois pas d’autre adjectif pour nommer un pape qui refuse d’entendre les déclarations de l’Etat islamique, lequel revendique explicitement l’utilisation de l’arme migratoire pour asphyxier l’Europe et briser son unité — enfin ce qu’il en reste —, ainsi que l’infiltration de ses combattants dans les convois de « réfugiés ».
Criminel : je ne vois pas d’autre adjectif pour qualifier un pape qui se fait l’idiot utile du grand patronat — ces dévots de Mammon —, des mafias de passeurs et de l’Etat islamique. Pas d’autre adjectif pour désigner la complaisance incompréhensible du pape pour l’islamisation de l’Europe.
Criminel : je ne vois pas d’autre adjectif pour désigner un pape qui exhorte l’Europe au suicide.

Les pseudo-débats sur le caractère progressiste ou réactionnaire du pape m’ont toujours semblé ridicules. Ineptes. A côté de la plaque. Exclusivement destinés à vendre du papier, et à démontrer une fois de plus l’inculture crasse des médiatiques, leur extraordinaire paresse intellectuelle, leur sidérante incapacité à se dépêtrer de leurs grilles de lectures étroites et de leurs concepts usés jusqu’à la trame pour enfin regarder le monde et les hommes. Gauche, droite, moderne, conservateur, progressiste, réactionnaire : ces étiquettes n’ont aucun sens pour parler d’un homme qui prêche des valeurs universelles et éternelles. La pensée du pape ne rentre pas dans ces cases dérisoires ; elle surplombe ces clivages postiches qui structurent encore dans trop « d’esprits » le combat de nains politico-médiatique. Il faut vraiment n’avoir aucune culture, aucune ampleur intellectuelle, aucune compréhension de ce qu’est le pape pour croire qu’on peut l’analyser avec la même terminologie qu’un vulgaire Sarkozy (si l’on me passe le pléonasme). Mais les médiatiques croient leurs concepts éternels, quand ils sont de naissance un ramassis de poncifs obsolètes, un magma de stéréotypes grotesques dénués de toute puissance explicative.
Voilà, donc, ce que je me disais. Eh bien j’avais tort. Il existe des papes progressistes, cet oxymore. Il en existe un, en tout cas. La nature a fini par imiter l’art. Le pape a fini par tourner people. Pour la première fois, un pape joint sa voix à celle des philanthropes de salon qui, du haut de leur immeuble haussmannien à huit digicodes, lancent des appels vibrants à l’accueil de l’autre. Pour la première fois, un pape ne réconforte pas le peuple contre ceux qui l’exaspèrent. Pour la première fois, la voix du pape ne tranche plus, elle ne nous éclaire plus, elle contribue au contraire à l’obscurcissement général. Notre berger se perd. Et nous sommes orphelins. Notre pape ne démêle plus le vrai du faux, la vraie charité de l’humanisme ostentatoire (sa parodie narcissique et exhibitionniste). Il ne démasque plus les pharisiens à la Francis Lavoine ou à la Marc Lalanne qui, un Martini à la main, vous expliquent que leur petit cœur solidaire est tout lézardé à l’idée des souffrances des migrants et qu’il faut tous les accueillir mais attention, pas chez eux parce que, voyez-vous, la réponse doit être collective (c’est-à-dire concerner tout le monde sauf eux). Il fait chorus avec les humanistes abstraits, les moulins à pathos qui culpabilisent le peuple avec des leçons de fraternité dont eux-mêmes s’exemptent en toute bonne conscience…
Jusqu’à présent, je ne croyais pas à la réincarnation. Cependant, depuis que notre pape est pape, je ressens à chacune de ses déclarations une étrange impression de déjà vu. J’ai voulu vérifier… comme ça, juste pour lever un doute… Et c’est bien ça : Stéphane Hessel est mort le 27 février 2013 ; le pape François a été élu le 13 mars 2013. Deux semaines de battement, exactement… le passage de témoin est presque parfait… Juste le temps pour l’angélisme de passer d’un corps à l’autre… Deux semaines, deux petites semaines pour ingurgiter les évangiles médiatiques… tout le fatras de prêt-à-penser… deux semaines pour assimiler les dogmes du Progressisme… Le doute n’est plus possible : le pape est possédé par Stéphane Hessel. L’Esprit souffle où il veut ? En tout cas, l’esprit de Stéphane Hessel souffle au Vatican. Et il est déchaîné. Une vraie tornade. A ce rythme, la prochaine encyclique du pape s’appellera « Indignez-vous !». Et en 2017, on retrouvera pape Hessel au stade de France, dansant pieds nus aux côtés de Yannick Noah lors du traditionnel concert contre le FN. Mais non, je ne plaisante pas, c’est dans l’ordre des choses, dorénavant ! Vous verrez ! Notre pape se joignant à la joyeuse farandole des humanistes à sourire de tête de mort, des moralistes au nez poudré, des Tolérants cracheurs à la gueule du peuple ! Notre pape communiant dans la grande parade des Narcisse sous psychotropes, des donneurs de leçons ivres d’eux-mêmes, bouleversés jusqu’aux larmes de leur lyrisme humanitaire et pâmant du spectacle qu’ils se donnent à eux-mêmes, eux si généreux, si fraternels, si solidaires, si tolérants, si ouverts à l’Autre (avant d’aller poursuivre la fête — pardon, l’action humanitaire — dans un club branché de la capitale).
D’ailleurs, pour s’entraîner, notre pape pourrait d’ores et déjà pousser la chansonnette avec son sosie Monseigneur Vingt-Trois, l’archevêque pas du tout politisé qui fustige « les responsables politiques qui brandissent l’épouvantail d’une invasion » (suivez mon regard), et nous explique que « l’Europe, avec plusieurs centaines de millions d’habitants, a la capacité d’accueillir, si on veut bien en prendre les moyens » — c’est beau comme du Eva Joly. Oui, ces deux perroquets des médias pourraient nous faire un beau duo lacrymal, un tube à cash bien grandiloquent diffusé gratuitement sur toutes les ondes, et dont les bénéfices seraient intégralement reversés aux passeurs, ces bienfaiteurs qui nous donnent la formidable opportunité de côtoyer les migrants, une richesse culturelle exceptionnelle (dixit la maire UMP de Calais). Une sorte de nouveau « We are the world », vous savez, ce tube dégoulinant de niaiserie dont les bénéfices colossaux tombèrent directement dans la poche du régime communiste éthiopien… Lequel s’en servit non pas pour résorber la famine qu’il avait sciemment provoqué — l’arme de la faim vaut bien la nucléaire —, mais pour des dépenses somptuaires et le renforcement de son appareil répressif… L’enfer est pavé de bonnes intentions, comme disait l’autre… Ce qui étonne, c’est qu’un pape ne parvienne pas à détecter cet enfer. Qu’un pape ne discerne pas, au cœur du tourbillon des bons sentiments, l’œuvre du prince des contrefaçons. Inquiétante cécité… « Le triomphe du diable tient surtout à ce que les personnes qui le connaissaient bien ne sont plus là », a écrit Céline…

Tous les papes dans l’Histoire se sont distingués par une intuition exceptionnelle, une propension sans égale à déchiffrer leur époque et à sentir ce qui allait se passer. Une extraordinaire capacité à envisager les conséquences des évènements et des phénomènes dont ils étaient les témoins. Leur hauteur de vue, leur puissance d’analyse — qui ont évidemment à voir avec la justesse de la conception catholique de l’homme — leur conféraient une prescience prodigieuse, un étonnant pouvoir de prémonition. Grégoire XVI, par exemple, dans son encyclique Mirari vos (1832), condamnait déjà le socialisme, lequel n’a cessé depuis de démontrer son extrême toxicité — je parle bien sûr du socialisme comme doctrine et non comme parti, comme matrice idéologique et non comme boutique électorale ; le socialisme que l’on retrouve comme soubassement de la plupart des partis politiques, et qui efface les antagonismes factices montés de toutes pièces par les médias (qui ont bien besoin de vendre du papier) et les politiques (qui ont bien besoin d’entretenir l’illusion d’un débat démocratique et d’une prétendue « alternance » entre, par exemple, « Les Socialistes » de Hollande et « Les Républicains » de Sarkozy). Ajoutons au passage que Grégoire XVI est également celui qui, dès 1839, dénonçait la traite des Noirs, et l’idée alors montante de l’inégalité des races…
Mais c’est Pie IX qui, avec son Syllabus (1864), met le plus cruellement à nu son époque. Il dresse un inventaire implacable des erreurs de son temps, dont découlent nombre de nos errements depuis…
Plus près de nous, en 1937, celui qui deviendra bientôt Pie XII publie l’encyclique Mit brennender Sorge (« Avec une brûlante angoisse »), condamnation sans appel du communisme et du nazisme. A l’époque, aucun écrit n’attaque le nazisme avec une telle férocité, ni un tel courage. Aucun écrit n’entrevoit avec une telle lucidité les abominations à venir… Cette même année 1937, le Vatican rompt toute relation diplomatique avec l’Allemagne. Un an plus tôt, l’Angleterre et la France avaient accepté la remilitarisation de la Rhénanie ; un an plus tard, elles signeront avec les nazis les accords de Munich…
C’était l’époque où le Vatican avait le courage d’être clairvoyant… de se foutre du politiquement correct… l’époque où les papes avaient des couilles… où, contrairement aux dirigeants des Etats « classiques », ils répugnaient à l’aveuglement volontaire et à l’angélisme, ces deux enfants de la lâcheté, qui eux-mêmes permettent la barbarie… Oh, je sais bien qu’à l’évocation de Pie XII, le bétail à propagande se mettra instantanément à bêler ses certitudes d’ignorant sur « le pape collabo », citant doctement l’étron cinématographique Amen comme si c’était la Bible, alors qu’il s’agit d’un chef-d’œuvre de désinformation par le très médiocre Costa-Gavras et l’inconsistant Kassovitz. Dans leur navet, ces deux piteux multiplient les enfumages, les énormités historiques et les calomnies grotesques qu’ils n’ont d’ailleurs même pas le mérite d’avoir inventées, puisqu’elles sont tirées du Vicaire, pièce de théâtre écrite par les communistes en 1963 pour salir leur ennemi juré : l’Eglise. Reprendre à son compte la propagande des artisans du plus vaste, plus durable et plus meurtrier système concentrationnaire ayant jamais existé pour dénoncer une prétendue « collaboration », voilà qui ne manque pas de piquant… A ceux qui, trop fiers pour admettre leur duperie, s’accrocheraient obstinément à leurs mensonges et persisteraient à nier le caractère purement diffamatoire des imputations de collaboration contre le pape Pie XII, on signalera que le grand rabbin de Rome pendant l'occupation, Emilio Zolli, déclara au sortir de la guerre qu’« aucun héros dans toute l'histoire n'avait plus combattu et avec tant de courage que le pape Pie XII », et qu’il fut tellement bouleversé par l'œuvre du pape qu’il se convertit au catholicisme en adoptant comme nom de baptême celui du pape, Eugenio. Qu’on mesure bien la chose : un rabbin qui se convertit au catholicisme par admiration pour l’héroïsme et l’humanité d’un pape. Ce n’est pas tout à fait banal…
Quant aux ultimes réfractaires, aux ennemis fanatiques de la vérité (et du catholicisme — mais les deux vont souvent ensemble), on les fera encore enrager en citant cette déclaration du premier ministre israélien Golda Meier, grande femme d’Etat qu’on peut quand même créditer d’un peu plus de sérieux que le troubadour Costa-Gavras : « Nous partageons la peine de l’humanité en apprenant le décès de Sa Sainteté le pape Pie XII. A une époque troublée par les guerres et les discordes, il a maintenu les idéaux les plus élevés de paix et de compassion. Lorsque le martyre le plus effrayant a frappé notre peuple, durant les dix ans de terreur nazie, la voix du pape s’éleva en faveur des victimes. La vie de notre époque fut enrichie par une voix qui proclamait, au-dessus du tumulte du conflit quotidien, les vérités morales fondamentales. Nous pleurons un grand serviteur de la paix. »…
Le pape François aura-t-il droit à une telle oraison funèbre ? Sera-t-il, lui aussi, considéré comme un visionnaire héroïque ? Les peuples d’Europe le célèbreront-ils pour avoir bravé les conditionnements, les propagandes et les tyrannies de son temps ? A la manière dont Jean-Paul II est glorifié par les peuples d’Europe de l’Est pour le rôle décisif qu’il a joué dans l’effondrement du communisme le plus grand fléau du XXème siècle au mépris des attaques de l’intelligentsia et des faiseurs d’opinion occidentaux ?
Comment l’histoire jugera-t-elle l’appel du chef de l’Eglise catholique à accueillir à bras ouverts la déferlante musulmane qui s’abat sur l’Europe ? Comment les peuples européens jugeront-ils ce pape qui donne sa bénédiction à la submersion migratoire de leur continent ? Et apporte sa caution morale l’un des plus épisodes les plus abjects de la longue histoire de l’exploitation de la misère humaine ? Quelle gratitude auront-ils pour ce pape qui semble avoir plus de respect pour le catéchisme médiatique que pour celui de l’Eglise ? Qui prêche davantage la religion des droits de l’homme que le catholicisme ? Ce pape qui semble plus soucieux de plaire aux journalistes qu’à ses fidèles (ce qui nous change de De Gaulle considérant la malveillance que lui témoignaient les « grands » journaux comme le thermomètre de sa légitimité : « le jour où Le Figaro et l’Immonde [c’est le petit nom dont le Général affublait le quotidien de révérence] me soutiendraient, je considèrerais que c’est une catastrophe nationale ») ?
Si notre pape avait eu la trempe de ses prédécesseurs, il aurait, à la manière d’un Pie XII qui, c’est le moins qu’on puisse dire, ne craignait pas les remous diplomatiques, dénoncé la folie de l’intervention de Bernard-Henri Sarkozy en Libye. Sans évidemment prendre le parti de Kadhafi, il en aurait cependant pesé les paroles prémonitoires : « Voilà ce qui va arriver [si vous me liquidez]. Vous aurez l’immigration, des milliers de gens qui iront envahir l’Europe depuis la Libye. Et il n’y aura plus personne pour les arrêter. […] Ce que je veux vous faire comprendre, c’est que la situation est grave pour l’Occident tout entier et toute la Méditerranée… Comment les dirigeants européens ne voient-ils pas cela ? Le risque que le terrorisme s’étende à l’échelle planétaire est évident. » Cette évocation du chaos à venir lui aurait rappelé les précédents irakiens et afghans ; il aurait noté qu’assez étrangement, les interventions occidentales destinées à destituer des tyrans débouchent toujours sur des tyrannies bien plus implacables, bien plus meurtrières et bien plus insolubles que celles qu’elles prétendent abolir. Le désastre malgré tout consommé, Kadhafi assassiné en toute philanthropie par nos chantres des droits de l’homme et de la dignité humaine, les djihadistes ayant enfin le champ libre pour déployer leur sauvagerie, il n’aurait pas culpabilisé les peuples, il ne leur aurait pas demandé de faire la charité à l’envers, de se saigner à blanc pour accueillir les victimes des erreurs criminelles de leurs dirigeants. Non. En bonne logique chrétienne, il aurait culpabilisé les coupables. Il aurait mis en accusation Bernard-Henri Sarkozy et Barack Obama (prix Nobel de la Paix — le comité Nobel a décidément un sacré sens de l’humour), il aurait martelé leur responsabilité historique dans l’explosion de cruauté qui ravage l’Afrique et le Moyen-Orient, il n’aurait cessé de rappeler la culpabilité de ces deux dingues dans les bains de sang, les tortures, les viols, les égorgements, les décapitations, les crucifixions qui composent le martyre quotidien des chrétiens d’Orient (dont notre pape parle beaucoup moins que des « migrants » musulmans). Ce sont Bernard-Henri Sarkozy et Nobel Obama, et non le peuple, qu’il aurait exhortés à résoudre la crise migratoire : en bonne logique chrétienne, il aurait demandé à ces responsables du désastre de faire tout leur possible pour se racheter. Et tout leur possible, c’est énorme. Le budget militaire américain est supérieur à celui de tous les autres pays du monde réunis. Il y a 70 ans, nous sommes parvenus à détruire le nazisme, au moyen d’opérations militaires aussi complexes que gigantesques (qu’on se souvienne seulement du D-Day). Qui peut croire que nous n’avons pas les moyens d’exterminer les quelques dizaines de milliers de combattants de l’Etat islamique ? Oui, si le pape n’était pas tétanisé par le qu’en-dira-t-on médiatique, il ferait valoir qu’il n’y a qu’un geste de charité qui compte : écraser l’Etat islamique. Voilà la seule mesure véritablement humaniste, voilà le seul moyen d’endiguer la submersion migratoire de l’Europe (sans oublier, bien sûr, d’allonger une bonne torgnole à Jean-Claude Juncker, notre commissaire européen à tête de contrôleur SNCF). Sans quoi… sans quoi le télescopage entre des populations que tout sépare, la langue, la culture, et le substrat religieux, et donc les mœurs, le système de valeurs, la conception des rapports hommes-femmes, va encore accentuer le morcellement communautariste déjà effroyable des sociétés européennes. Les tensions sociales vont s’exacerber, attisées par l’écoeurement que suscite le traitement préférentiel des « migrants » par rapport aux autochtones (qu’il s’agisse du traitement médiatique, politique ou matériel). Ce sentiment d’injustice, galvanisé par le déclassement accéléré que subissent les peuples européens, va former un cocktail détonnant avec l’incompréhension et l’animosité que se témoignent des groupes qui, n’ayant rien en commun, n’ont rien à se dire. Le risque d’embrasement est majeur. Regardons donc l’histoire : à chaque fois que des utopistes ont forcé des gens trop différents à se côtoyer, à s’enrichir de leurs différences et à s’aimer, ils ont fini par s’entretuer. C’est malheureux, mais c’est ainsi : pour être viable, la cohabitation entre des hommes nécessite le partage d’un socle minimal de valeurs, de mœurs, de conceptions des rapports entre les individus et surtout entre les sexes. Bref, un tronc commun de marqueurs identitaires (j’aime cet adjectif honni, j’imagine toujours un journaliste du Monde ou de Libé se signer à sa vue). Aucune utopie ne changera ça. Aucune imprécation contre le repli sur soi, aucun saccage antifasciste, aucune homélie de Jacques Attali non plus. Le vivre-ensemble n’existe pas. C’est une chimère. Il n’a jamais existé. Le « multiculturalisme » tant vanté est en réalité une cohabitation forcée, dans une sourde hostilité, entre des communautés qui vivraient bien mieux séparés si elles en avaient le choix. Une guerre larvée, un conflit à basse tension parsemé d’échauffourées plus ou moins violentes. C’est fatal : le contact entre des populations trop différentes engendre toujours le repli sur ses semblables, puis soit l’affrontement, soit la fuite. Nier l’incompatibilité radicale entre certaines cultures mène immanquablement à la tragédie. C’est pourtant ce que fait le pape. Comme un vulgaire patron, il voit dans chaque individu une créature interchangeable, un automate hors sol, standardisé, et non un être façonné par l’histoire, la culture, la religion de la terre où il vit. Dans son esprit universaliste, un Syrien déraciné de son pays n’est pas différent du Français chez qui il s’installe. Ainsi pense-t-il peut-être qu’il va rechristianiser l’Europe en y important des millions de musulmans…

Nul ne sait comment la postérité, « cette redresseuse de torts », jugera notre pape François. On pourra d’ailleurs m’opposer que les choses ne sont pas simples. Que la diplomatie et, plus encore, le jeu médiatique sont affaires de calculs. Que le pape, en bon jésuite (quoiqu’il me fasse infiniment plus penser à un protestant qu’à un jésuite) joue peut-être avec plusieurs coups d’avance un jeu que nous ne parvenons pas encore à lire. Qu’à la manière d’un Pie XII, qui devait évidemment taire ses intentions et ses actions pour sauver des Juifs, François nous cache le fond de sa pensée et ses desseins profonds. Ce discours est séduisant. J’aimerais pouvoir y croire. Mais un détail, un tout petit détail m’empêche de souscrire à cette hypothèse réconfortante : c’est que les conséquences — cauchemardesques — de ce que le pape préconise sont irréversibles. On ne renverra jamais ces « migrants » chez eux. Si un Etat s’y hasarde, il sera aussitôt taxé de fascisme, assimilé à l’Allemagne nazie déportant les Juifs. C’est donc bien un appel explicite à la submersion migratoire de l’Europe qu’a lancé le pape. Le chef de l’Eglise catholique nous enjoint de faire place à l’islam.
L’Europe était une vieille dame en fin de vie, ravagée par le cancer de la Modernité et du Progressisme, mais qui n’avait pas pour autant oublié son passé grandiose. Au fond d’elle palpitait toujours une petite lueur, un frêle espoir de s’en sortir malgré la déchéance et la souffrance. Notre pape la pousse au suicide. Sans ménagement. Et en l’engueulant. On croyait pourtant l’Eglise opposée au « suicide assisté », ainsi qu’à l’ensemble des mesures nommées par antiphrase « pour la mort dans la dignité ». Mais il va falloir s’y habituer : ce n’est pas la première fois que le pape François trahit le message de l’Eglise. Ni, hélas, la dernière.

10 commentaires:

  1. Remarquable ! comme toujours, d'ailleurs... merci
    Amitiés

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    1. Article tout à fait remarquable auquel je regrette sincèrement de "devoir" adhérer étant catholique et refusant que notre pays renie ses racines sa culture et sa religion chrétienne. Notre Pape est à l'inverse de ce que nous attendions de lui... un père normal aime ses enfants d'abord, les écoute, les accueille, les réconforte, les nourrit ! il ne les rend pas "jaloux" des autres, des étrangers!Il ne les fait donc pas commettre le péché du frère du fils prodigue... Merci à vous en espérant que le Pape le lira !?

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    2. Merci. Ce pape est en effet terriblement inquiétant, on se demande où il s'arrêtera... Joyeux Noël cela dit.

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  2. Je découvre votre blog grâce à un article de Causeur.fr. Un véritable plaisir de vous lire. Le bouillon de onze heure qui a remplacé l'hostie dans la grande communion suggérée par le pape ne me tente guère, d'autant que je suis athée, voire atterrée par la surenchère d'expressions religieuses, joue tendue contre barbe hirsute, beurk !!!

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  3. Je vous lis avec beaucoup d'intérêt depuis le début de votre blog.
    Je suis athée de "culture" catholique et sensible, au plus haut point, à la quête humaine de transcendance qui a laissé, surtout en France, un fabuleux héritage matériel (bâti) et philosophique.

    Comme vous, ce pape ne m'inspire pas confiance, c'est le moins qu'on puisse dire, mais un précédent pape Polonais était, à mes yeux, guère plus "recommandable" avec son rigorisme quasi moyenâgeux.

    PS: Plus légèrement, je vous trouve cruel envers les contrôleurs de la SNCF!

    Jean-Louis Ostrowski

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    1. Bonjour,
      Merci pour votre commentaire. Un bémol,cependant : employer "moyenâgeux" dans un sens péjoratif est une énormité, pour qui connaît le Moyen-Age autrement que par les poncifs post-révolutionnaires. Regardez bien : il s'en faut de beaucoup que notre civilisation arrive à la cheville du Moyen-Age. J'attends encore notre Saint Louis, ou notre Jeanne d'Arc 2.0... Et l'équivalent contemporain des cathédrales... Sinon je vous concède que je suis un peu injuste envers ces pauvres contrôleurs SNCF! Merci encore.

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  4. Comme toujours une vision très juste de la situation. On se demande comment et pourquoi nos dirigeants religieux et politiques peuvent ils à ce point être "à coté de la plaque". Un mystère!

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  5. « (…) va encore accentuer le morcellement communautariste déjà effroyable des sociétés européennes. » C’est précisément le but recherché par les dominants : diviser pour mieux régner.
    Chaque fois que je dis ça, on m’accuse de complotisme en faisant valoir le rasoir d’Hanlon : ne jamais attribuer à la malveillance ce que la stupidité suffit à expliquer.. Très juste. Mais le cynisme des dominants n’est pas incompatible avec la stupidité des dominés.

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  6. Salut le NICO....

    Je vois que t'on article de 2015 fais mouche aujourd'hui avec le discours "foireux" de notre papi!!!

    letchetchene

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