jeudi 24 décembre 2015

Trois religions





« Nous combattons l’Eglise et le christianisme parce qu’ils sont la négation du droit humain. »
Jean Jaurès, socialiste (1904)

« Que voulez-vous que ça me fasse, que la France s’islamise ? »
Lionel Jospin, socialiste (1989)

« Le grand crime collectif commis par l’Eglise contre l’humanité, contre le droit et contre la République va recevoir son juste salaire. »
Jean Jaurès, socialiste (1901)
  
« La République est perdue si l’Etat ne se débarrasse pas de l’Eglise. » 
Jules Ferry, socialiste (1880) 
 

« L’islam est tolérant, ouvert, pleinement compatible avec nos valeurs et la République. » 
Manuel Valls, socialiste (2015)
  
« Détruisez le christianisme et vous aurez l’islam. »
Chateaubriand (1840)
 



C’est l’histoire d’une guerre. D’une guerre à mort entre trois religions. Dont l’une a déjà perdu, même si elle ne le sait pas.
C’est qu’elle ignore également qu’elle n’est pas une vraie religion. Certes, des vraies religions, elle cumule les excès les plus ridicules et les plus odieux : superstition, sectarisme, dogmatisme, abolition du discernement, haine de l’esprit critique, intolérance agressive envers les incrédules, excommunication des infidèles, procès en sorcellerie des mécréants, radotage hypnotique d’un credo fondateur jamais interrogé, répétition machinale d’un catéchisme étroit et desséchant.
Comme les vraies religions (ou plus exactement la vraie religion — mais nous y reviendrons), elle est fondée sur un décalogue, dix commandements impérieux qu’il est exclu de discuter : tu ne discrimineras pas, tu ne stigmatiseras pas, tu ne feras pas d’amalgame, tu aimeras l’Autre plus que toi-même, tu réciteras les évangiles médiatiques, tu adoreras l’euro, tu remercieras l’oligarchie bruxelloise pour ses immenses bienfaits, tu consommeras docilement et frénétiquement, tu te battras contre les stéréotypes de genre, tu militeras pour l’indifférenciation de l’homme et de la femme.
Mais des vraies religions, cette religion postiche n’a ni la densité, ni la consistance, ni la profondeur spirituelle. Ni, par conséquent, la force.
Elle n’est qu’une parodie de religion cumulant jusqu’à la caricature les pires travers de la religiosité, mais n’ayant aucune des extraordinaires qualités des religions. Une religion stérile, anémique, impuissante à créer quoi que ce soit de beau et de durable. Un plagiat de religion, dont les incantations de plus en plus bruyantes dissimulent de plus en plus mal la vacuité essentielle. Une pseudo-religion qui révèle avec une rare cruauté l’état de délabrement de l’humanité contemporaine, son inouï rabougrissement spirituel, son effarante sécheresse d’âme. Une religion d’une niaiserie vertigineuse, dont les fidèles sont transis de dévotion superstitieuse envers des âneries sans nom (la Sainte Parité, l’Egalité sacrée, la Diversité sanctifiée, la Citoyenneté — la nouvelle sainteté —, la Fierté d’être Gay, la Modernité miraculeuse, le Progrès qui nous mène au Bonheur, le nouvel iPhone, Internet en haut débit, la Sainte Croisade contre les stéréotypes sexistes, la Transition énergétique, le Développement Durable, la Croissance Verte, le culte de Mère Nature et autres obsessions infantiles), donnant toute son ampleur à la phrase de Chesterton : « Quand on cesse de croire en Dieu, ce n’est pas pour ne croire en rien, c’est pour croire à n’importe quoi ».
Une religion tragi-comique, dont les fruits répugnants oscillent en permanence entre l’atroce et le grotesque, l’odieux et le risible, la barbarie et la bouffonnerie. Une religion bouffie d’autosatisfaction, persuadée de sa grandeur et de son éternité, mais qui ne règne pleinement que depuis quelques décennies, et dont la vacuité et les armes en carton — citoyenneté, laïcité, égalitarisme, Droits de l’Homme, valeurs républicaines, sens de l’Histoire, esprit Charlie, tolérance, valeurs de progrès et de modernité, padamalgam — la condamnent à brève échéance à une disparition cruelle et brutale. Une religion qui ne fait illusion qu’auprès des esprits desséchés de notre temps — jamais lassés de se prosterner devant la merde —, mais dont la bêtise et la nullité affligeantes feront avec le recul le délice des historiens, lesquels auront du pain sur la planche pour en recenser tous les délires, manies et obsessions loufoques, brossant ainsi un tableau monstrueux des aberrations que suscite l’esprit religieux lorsqu’il est investi dans des foutaises.

Mais cette mystification est bientôt terminée. La supercherie va finir. Cette religion de pacotille ne tient plus que par l’intimidation et la tyrannie : elle vit ses derniers instants.
Nous allons assister aux horribles convulsions de la bête qui meurt. Ce sera affreux. D’autant plus affreux qu’incompréhensible pour la plupart des bipèdes contemporains qui, enlisés depuis leur naissance dans ce système de « valeurs », sont incapables de s’en distancer et d’en penser la relativité, la fragilité, la fin. Un autre monde est possible : voilà la découverte que vont faire les anthropoïdes occidentaux. Mais comme de juste, ce n’est qu’une fois le désastre devenu irréversible, et leurs nouveaux maîtres solidement installés, qu’ils réaliseront pleinement ce qui s’est déroulé devant leurs yeux grand fermés.
D’ici là, nous allons voir le troupeau de moutons multiplier les combats d’arrière-garde, les analyses obsolètes, les critiques ignorantes, se lancer à corps perdu dans des débats retardataires et des attaques à côté de la plaque. Nous allons assister à une surenchère de lyrisme incantatoire, à des appels de plus en plus éperdus aux valeurs républicaines, à des glapissements de plus en plus étranglés contre les réactionnaires et les nostalgiques de la France moisie, à des invocations de plus en plus hystériques du sens de l’Histoire — l’escroquerie fondatrice de notre système —, à des éloges de plus en plus hurleurs des valeurs de Progrès et de Modernité.
Un déluge d’attaques ad hominem, d’insultes, de calomnies, de menaces, de procès orwelliens, de lynchages médiatiques — et physiques — va s’abattre sur ceux qui auront l’impudence d’expliquer, de chroniquer, ou même tout simplement de constater cette débâcle. Rien de plus agressif, rien de plus dangereux qu’un animal blessé à mort…
Les grands prêtres de la religion du Progrès, et ses centaines de millions de croyants, vont lutter de toutes leurs forces pour protéger leurs illusions de la réalité. Cela donnera lieu à des manifestations d’hystérie collective de plus en plus démentes, dont la désormais fameuse procession mystique du 11 janvier constitue le premier exemple significatif. Beaucoup de sottises ont en effet été dites sur cet « esprit du 11 janvier » (la palme du délire interprétatif revenant à Emmanuel Todd, qui voit de l’islamophobie là où, précisément, le padamalgam s’est déchaîné comme jamais pour criminaliser toute interrogation sur les liens éventuels entre le Coran, la vie du Prophète et des attentats commis, quand même, aux cris de « Allah Akbar » et « Nous avons vengé le Prophète Mahomet »), mais la vérité est beaucoup plus simple que les contorsions cérébrales de nos intellectuels en CDD : en descendant dans la rue ce jour béni du 11 janvier, les gens ont manifesté pour la défense de leurs illusions. Pour la sauvegarde de leurs utopies.

En effet, après un demi-siècle de dérive sur l’océan de l’angélisme, de l’aveuglement et du déni, le bateau de notre civilisation a fini par se fracasser sur les rives du réel. Ca secoue… Nos braves Charlie se sont fait une sacrée frayeur. Mais ils refusent de descendre. Ils ne veulent pas admettre que leur rafiot est brisé, foutu, qu’il ne repartira pas, que le voyage s’arrête là. Et qu’il va bien falloir, maintenant, s’aventurer sur les terres inconnues du réel… Non, ça, alors, ils n’en veulent pas du tout, ils le refusent énormément. Ils se cramponnent comme des dingues à l’épave de leurs utopies, ils font assaut de formules magiques, de rites superstitieux dans l’espoir insensé de la remettre à flots. Leurs « Je suis Charlie ! », « Padamalgam ! » et « Il ne faut pas stigmatiser ! » ne sont que ça : des incantations hystériques pour conjurer le naufrage de leurs illusions. Une surenchère d’angélisme au moment où celui-ci est disqualifié comme jamais. Une tentative désespérée de maintenir debout l’édifice de poncifs, de stéréotypes, de prêt-à-penser antiraciste, multiculturaliste et progressiste qui leur tient lieu de vision du monde.
Si le 11 janvier une déferlante de sosies sans précédent s’est abattue sur la France, c’était pour couvrir de ses hurlements citoyens la musique funèbre qui commençait à s’élever. Si ces clones en furie ont piétiné le sol avec tant d’ardeur, c’était dans l’espoir d’ensevelir sous leurs pas le bébé monstrueux enfanté par leurs utopies. S’ils se sont enivrés de bruit, étourdis de slogans, abrutis de mots d’ordre, c’était pour continuer à ne rien entendre, à ne rien comprendre, à ne rien voir de la barbarie qui venait. Encore une minute, monsieur le bourreau… S’ils se sont complaisamment laissé noyer dans un tourbillon de bafouillages tortueux, de baratins spongieux et d’explications farfelues des évènements, c’était pour continuer à ne pas savoir. Ne pas savoir que leurs dogmes avaient volé en éclats, que tout leur univers mental et idéologique était démonétisé, et que leurs « Je suis Charlie ! » et « Padamalgam » ne les sauveraient pas, pas plus qu’ils ne les éclairaient… « Laissez-nous croire à nos illusions ! », voilà en définitive le seul cri qui s’élevaitde cette armée de Charlie sous hypnose. « Touche pas à mon utopie ! », voilà le mot d’ordre hargneux que ces sosies ont cherché à imposer au monde.
Il y a en effet une chose que notre civilisation, adepte fanatique du changement et de la remise en question des préjugés, n’entend pas du tout remettre en question ; une chose que notre civilisation, relativiste entre toutes, est incapable de relativiser : ses propres « valeurs ». Sa propre existence. Sa propre légitimité à durer.
Mais c’est inéluctable : une civilisation qui, confrontée à des périls mortels, ne voit rien de plus urgent que de traquer les clichés sexistes dans les manuels scolaires, de s’interroger sur l’influence de l’hétérocentrisme et des mécanismes de domination patriarcaux dans la construction sociale de l’identité sexuelle, ou encore de déconstruire les stéréotypes de genre, de lutter contre le machisme dès le berceau et d’agir contre la sous-représentation des femmes dans les ouvrages d'histoire, une civilisation qui ne voit rien de grotesque, ni rien de rabaissant à camper une nuit entière devant un Apple store pour obtenir le nouvel idolePhone, une civilisation qui suscite des métiers aussi nécessaires et palpitants que « conseiller-ère municipal-e délégué-e à l'égalité-e des chance-e-s », « haut-e fonctionnaire-e à la diversité-e » et « commissaire-e européen-ne à l'environnement », une civilisation qui peut ne pas se fissurer de rire en lisant des phrases du style « Les contes de fées véhiculent des stéréotypes de genre », « Le Petit Chaperon rouge est trop sexiste » ou « Blanche-neige devrait tirer sa révérence et remiser dans sa chaumière son lot de clichés éculés », une civilisation qui peut garder son sérieux en apprenant que « Nantes métropole vient d’obtenir le label diversité, délivré par Afnor certification », une civilisation qui organise chaque année une « Journée de la gentillesse » et une « Journée mondiale des toilettes », et ne se connaît pas de plus pressants ni de plus nobles combats que ceux pour l’homoparentalisme et la transition énergétique, une civilisation pédolâtre qui fait de l’enfant — du bébé même — son horizon ultime de développement, sa référence indépassable, une civilisation qui pâme d’enthousiasme devant des locutions comme « territoire à énergie positive », « démarche éco-responsable », « habitat pédagogique itinérant », « atelier solidaire », « conseils en écogestes », « mur végétalisé », « vivre-ensemble », « site Natura 2000 », « COP21 », « démocratie participative », « catalogue de jouets anti-sexiste », « gouvernement paritaire », « ministère des Droits des Femmes », « pacte pour l’égalité », une civilisation qui accouche de splendeurs architecturales telles que des tours en verre, des cités en béton, des centres commerciaux en tôle et des ronds-point d’artistes (regorgeant, comme chacun le sent bien, de chaleur humaine et de bienveillance, à l’inverse des affreuses cathédrales, de la pitoyable basilique Saint-Pierre de Rome, des misérables églises baroques, et de tous ces villages italiens et français façonnés par le cruel, l’obscurantiste, l’inhumain catholicisme), une civilisation qui engendre non pas des abbayes millénaires mais des concept stores éphémères, non pas Florence mais la Courneuve, non pas Rome mais Aubervilliers, non pas La Pietà de Michel-Ange mais un plug anal king-size place Vendôme, non pas Rubens mais Jeff Koons, non pas Molière mais Yann Moix, non pas Mozart mais Jay-Z, une civilisation à ce point dénuée de sens esthétique qu’on peut s’y déplacer en trottinette sans se faire lyncher, une civilisation qui a remplacé les pèlerinages par les marathons, la prière par twitter, la Bible par Biba, Dieu par Mère Nature et Jésus par Steve Jobs, une civilisation dont les leaders s’appellent non pas Charles Quint mais Jean-Claude Juncker, non pas Richelieu mais Manuel Valls, non pas Jeanne d’Arc mais Fleur Pellerin, une civilisation aussi grotesque, creuse et impuissante ne mérite pas de vivre. Elle mourra, donc. Non sans avoir au préalable étendu le ridicule, la laideur et la tristesse dans des proportions jamais atteintes dans l’histoire de l’humanité. Mais elle finira par mourir. Car son rôle est fini. Elle a fait sa part du job, on n’a plus besoin d’elle, elle peut partir. Le prochain acte — le dernier — se jouera sans elle.
Ou plutôt si, elle restera là, en sourdine, pour accompagner la transition, pour assurer la conduite du changement (comme disent les cyber-cadres analphabètes en costume-cravate) auprès de ceux qui ont la comprenette un peu longue… qui rechignent à retirer leurs œillères médiatiques… qui préfèrent leur aveuglement à la lumière de la vérité… Mais elle jouera désormais les seconds rôles.
Qu’elle le veuille ou non, et qu’elle l’ait compris ou non, le passage de relais a déjà eu lieu. Le nouveau personnage principal, le roi de l’époque, après la déesse Raison, la sainte Laïcité, les glorieuses Valeurs Républicaines et les sacro-saints Droits de l’Homme, c’est l’islam. C’est devant lui que nos « élites » se courbent désormais. C’est envers lui qu’elles multiplient les démonstrations de servilité, les prosternations obséquieuses, les éloges sirupeux. C’est lui qu’elles glorifient sans cesse et sans réserve, qu’elles couvrent de flatteries, qu’elles parent de toutes les qualités (« religion d’amour, de paix et de tolérance », « parfaitement compatible avec les valeurs républicaines »), c’est pour lui qu’elles multiplient les « aménagements » à la sacro-sainte loi de 1905.
Place à l’islam, donc. A lui de jouer. A lui la tâche d’enterrer le catholicisme, après qu’il a été mortellement blessé par la pseudo-religion du Progrès, des Droits-de-l’Homme et des Valeurs républicaines. Si l’on me passe la métaphore, on peut dire que la religion du Progrès a servi de désherbant, et qu’il revient maintenant à l’islam d’arracher les racines. De faire table rase. Pour que la marche triomphale de l’humanité vers le bonheur, amorcée il y a deux siècles — avec une réussite que tout le monde constate —, trouve enfin son accomplissement. Pour qu’aucune résurgence de l’infâme catholicisme ne vienne troubler l’état de félicité extrême dans lequel se trouve l’humanité occidentale depuis qu’elle a décrété que Dieu était mort… qu’elle pouvait sans problème se passer de Lui…
Extirper les racines catholiques de l’Europe : voilà la grande affaire des deux siècles passés. Que ce crime colossal se soit déroulé en silence, et sans que personne ou presque ne le documente, ne change rien à son effectivité.
Oh, je sais bien que certains, plus coutumiers des réflexes que de la réflexion, me taxeront de complotisme et de paranoïa, comme ils taxent de complotisme et de paranoïa toute idée qu’ils ne retrouvent pas dans leur manuel de prêt-à-penser ou dans leurs évangiles médiatiques.
Eh bien à tous ces moutons, et aux autres, je démontrerai que l’anticatholicisme est le moteur essentiel de l’Histoire des deux siècles écoulés. Et je n’aurai aucune mérite, car tout est écrit : il suffit juste de prendre le temps de lire… de regrouper des déclarations, de ci, de là… par certains des plus « grands hommes » de notre Histoire… de se renseigner un petit peu sur les évènements qui ont jalonné ces deux derniers siècles… sur certains faits… certaines « anecdotes » étonnantes… Une cohérence très nette se dégage alors… Une autre histoire se dessine… La même histoire… Mais avec certaines zones d’ombre enfin éclairées… Et on comprend mieux pourquoi le catholicisme — et par ricochet l’humanité occidentale — sont aujourd’hui dans cet état…
Quoi qu’il en soit, l’islam a maintenant le champ libre pour déployer ses prestiges. Il commence, doucement — si l’on peut dire. Mais cela ira vite, de toute façon. Regardez le temps qu’il a fallu à la religion du Progrès pour effacer mille cinq cents ans de catholicisme. Deux siècles. Et en réalité moins d’un siècle, si l’on se souvient qu’après le carnage de la Révolution (dont l’essence anticatholique transpire dans toutes ses exactions, depuis les décapitations des statues de saints et le saccage des églises jusqu’au viol des bonnes sœurs, au massacre des prêtres et au génocide des catholiques défendant trop ouvertement leur foi, notamment en Vendée), le tissu catholique de la France s’était lentement reconstitué sous l’effet des mesures d’apaisement de Napoléon, puis de la franche bienveillance de ses successeurs jusqu’à Napoléon III et Mac-Mahon, et que c’est seulement à partir de 1880 que la guerre au catholicisme est repartie de plus belle, pour s’achever en 1905 sur la victoire éclatante de la Laïcité… Suivie de tous les beaux évènements qu’on sait…
Qui a le courage de se projeter dans cinquante ans ? Et dans un siècle ? Et dans deux siècles ? Sachant qu’en extrapolant les dynamiques démographiques actuelles, dans moins de trente-cinq ans, la moitié de la population française sera musulmane… Et qu’au milieu du IXème siècle, moins de cent-cinquante ans après la conquête de Cordoue par les musulmans (711), l’orientalisation de la société était quasi-complète, au point qu’elle en avait oublié ses racines chrétiennes et latines. Ainsi, en 869, un gouverneur musulman installé dans une ville andalouse chercha en vain quelqu’un capable de lui traduire une inscription latine trouvée sur un monument antique ; à la même époque, l’auteur Alvaro se lamentait en ces termes de l’acculturation des autochtones aux standards musulmans : « Où trouver aujourd’hui un laïc qui lise les commentaires latins sur les Saintes Ecriture ? Qui d’entre eux étudie les Evangiles, les prophètes, les apôtres ? Hélas ! Tous les jeunes chrétiens ne connaissent que la langue et la littérature arabes […]. Les chrétiens ont oublié jusqu’à leur langue, et sur mille d’entre nous vous en trouverez à peine un seul qui sache écrire convenablement une lettre à un ami. Mais s’il s’agit d’écrire en arabe, vous trouverez une foule de personnes qui s’expriment dans cette langue. »
La première affaire du voile date de 1989, c’est-à-dire d’hier. Depuis, combien de banlieues passés sous domination islamique ? Combien de quartiers auxquels on pourrait appliquer la phrase de Hugues Lagrange : « La Seine-Saint-Denis, ce n’est pas la France, ce sont les faubourgs du Caire » ? Combien de cantines qui ne servent plus de porc ? Combien de piscines, combien de clubs de sport avec des horaires réservés aux femmes ? Combien de médecins tabassés pour avoir commis le crime d’ausculter ou, plus immoral encore, de faire accoucher une femme ? Combien de femmes voilées agrémentant les rues de banlieue, et même de certains quartiers de grandes villes (je ne parle pas, bien sûr, des quartiers intello-bios où paradent les coquets parisiens, ni des restos éthiques et équitables où déjeunent les faussaires professionnels du Monde et de Libé) ? Combien d’écoles où il n’est plus possible d’enseigner l’histoire de France, ni Molière ni Corneille ? Combien d’écoles coraniques (ou musulmanes, si vous préférez l’euphémisation) ont ouvert ces dernières années ? Combien de cellules terroristes dans nos banlieues françaises, prêtes à frapper, et dont nos médias, toujours là pour vous informer, semblent avoir découvert l’existence en novembre 2015 ? Au-delà des combattants, combien de sympathisants ? Combien de jeunes susceptibles de basculer dans l’action violente au nom leur religion (un sondage ICM a établi en 2014 que 27% des jeunes Français — plus du quart, donc — soutenaient l’Etat islamique) ?
Il y a trente ans, les évocations prémonitoires de quartiers régis par la loi islamique faisaient ricaner (ou s’indigner) la nomenklatura artistico-politico-merdique. Les rares esprits clairvoyants étaient traînés dans la boue, taxés de fascisme, de racisme, de nazisme, rééduqués à coups de slogans (« Touche pas à mon pote », « L’immigration est une chance pour la France ») ou copieusement moqués, raillés, dépeints en franchouillards ringards, obtus, rigides, fermés aux charmes ineffables du dialogue des cultures.
Aujourd’hui, nous ne rions plus — sauf bien sûr les éternels désinformateurs, les moulins à propagande, les soumis et les lâches. Nous constatons que les Cassandre les plus alarmistes étaient encore trop optimistes. Que leurs projections les plus sombres nous amenaient bien en deçà de la situation contemporaine.
L’islamisation de la France n’est pas une hypothèse. Elle n’est pas une perspective vague, ni un fantasme de réac jouant à se faire peur : elle est aujourd’hui une réalité concrète sur de nombreux pans du territoire. Autrement dit, pour mieux me faire comprendre de mon époque qui ne retient que les slogans, l’islamisation de la France, c’est maintenant.

Avant de poursuivre, et pour le plaisir de frustrer les innombrables perroquets qui, vides de culture et donc d’arguments, ne savent rien faire d’autre que coller une étiquette « raciste » ou « islamophobe » sur toute personne évoquant le dynamisme de la religion musulmane en France, je balaie l’ambiguïté qui pourrait germer dans certains esprits, de plus ou moins bonne foi : dans les propos qui précèdent et qui suivent, il ne s’agit nullement de critiquer les musulmans, encore moins de déployer une quelconque « islamophobie » ; il s’agit de décrire une dynamique qui, qu’on la déplore ou qu’on s’en réjouisse, est incontestable. Si c’est un truisme de dire que les musulmans sont partie prenante de cette dynamique, il convient d’ajouter que celle-ci les dépasse, et qu’on ne saurait en aucun cas leur en faire grief. Car ils ne prennent que ce que nous leur cédons ; et ils auraient tort de se priver.
En conséquence de quoi si « responsables » de cette situation il y a, ils sont à chercher du côté de nos classes dirigeantes qui, dans un mépris absolu des souffrances de leurs peuples, opèrent depuis quarante ans la submersion migratoire de l’Europe par des populations provenant d’une aire culturelle diamétralement opposée, et des élites artistico-politico-médiatico-merdiques qui ont diabolisé toute velléité de résistance aux revendications — tout à fait légitimes pour un croyant — visant à faire primer le Coran sur le Code civil. J’ajoute enfin, pour détendre l’atmosphère, que ce n’est pas moi qui ai écrit : « Un jour, des millions d’hommes quitteront l’hémisphère Sud pour aller dans l’hémisphère Nord. Et ils n’iront pas là-bas en tant qu’amis. Parce qu’ils iront là-bas pour le conquérir. Et ils le conquerront avec leurs fils. Le ventre de nos femmes nous donnera la victoire. » C’est le président algérien Boumediene. En 1974. Qui n’était pas islamophobe.

Ces précisions apportées, poursuivons. Je disais donc que le dernier acte de l’extermination du catholicisme se jouerait avec l’islam. C’est inéluctable : seule une religion peut enterrer une religion. La religion des droits de l’homme (ou religion républicaine, citoyenne, antiraciste, égalitariste, progressiste, moderniste, appelez-la comme vous voulez), religion postiche, ne pouvait être qu’une parenthèse éphémère, une transition, un trait d’union entre deux vraies religions. Ce qui ne veut pas dire qu’elle n’a pas accompli un travail de sape remarquable : en deux siècles seulement, avec ses fausses valeurs, son angélisme niais, sa tolérance suicidaire, son amour de l’Autre poussé jusqu’à la haine de soi, ses délires idéologiques, ses abstractions intellectualisantes et ses obsessions futiles, elle a dévitalisé les européens, les a ramollis, anémiés, a ruiné en eux tout principe vital. Elle en a fait des êtres secs, insipides, pas regardables, des atrophiés de l’âme et du courage. Des castrés sans précédent dans l’Histoire de l’humanité. Des automates aseptisés, des machines à dire oui et pardon, pardon pour tout, oui à tout — jusqu’à leur propre disparition. Elle a détruit leur mémoire, annihilé leur instinct, et instillé en eux un esprit suicidaire qui les conduit à dénigrer ce à quoi ils doivent tout, qui a fait la grandeur de leur civilisation, la beauté de leurs villes (ou plus exactement de leurs « centres historiques »), la splendeur de leurs édifices, l’effervescence artistique de leur passé, la richesse infinie de leurs musées, l’excellence et la puissance intellectuelle de leurs ancêtres dont ils profitent encore, sans même s’en apercevoir, de la justesse des conceptions anthropologiques et, en particulier, de la subtilité qu’ils ont instaurée dans les rapports homme-femme.
Pétris de leurs certitudes d’ignorants, ces crétins utiles vomissent le catholicisme, lui reprochent l’Inquisition (sans pouvoir en dire quoi que ce soit), les Croisades (bien déterminés, donc, à ne pas savoir ce qui les a déclenchées), la Saint-Barthélemy (dans laquelle les protestants sont évidemment exclusivement des victimes, on ne va quand même pas s’embêter à comprendre l’engrenage qui mène à cet évènement), l’oppression des femmes (comme l’illustrent bien, en effet, la myriade de cathédrales Notre-Dame, le culte de Sainte Catherine, de Sainte Lucie, de Sainte Cécile, de Sainte Agnès, de Sainte Maud, de Sainte Audrey, de Sainte Sophie, de Sainte Aurélie, de Sainte Charlotte, de Sainte Juliette, de Sainte Emma, de Sainte Natacha, de Sainte Delphine, de Sainte Alice, de Sainte Justine, de Sainte Anne, et de plusieurs milliers d’autres femmes, les innombrables ordres religieux féminins, la gloire de Mère Teresa, le choix de l’ex-prostituée Marie-Madeleine pour être le-la premier-ère témoin-e de la résurrection du Christ — ce qui, après tout, n’est jamais que l’événement fondateur du christianisme —, ou encore, misogynie suprême, la proposition faite à une femme simple, Marie, de porter et donner naissance au fils de Dieu) et la plupart des maux de la Terre. Avec l’assurance typique de l’inculte, ils font assaut de stéréotypes, de clichés, d’idées reçues, d’énormités historiques pour salir ce catholicisme qui est le principe moteur de leur civilisation, et sans lequel ils ne seraient rien.
Obstinément hermétiques aux faits, ils récitent docilement, mais très fièrement, leur catéchisme anticatholique, sans savoir qu’il s’agit de poncifs diffamatoires diffusés avec une belle réussite depuis la Révolution, qui a besoin de salir tout ce qui lui a précédé pour apparaître, par contraste, bienfaisante et immaculée.
Jamais ils ne se demandent pourquoi c’est en France, et dans aucun autre pays d’Europe, que la haine et la dérision envers le catholicisme atteignent de tels sommets. Pas plus qu’ils ne se demandent pourquoi c’est en France, pays qui a été le plus extrême dans la déchristianisation, que l’on consomme le plus d’antidépresseurs… Non. Aucune de ces questions ne leur effleure l’esprit. Ils n’ont que des réponses. Aussi tranchantes qu’ignorantes. Aussi péremptoires que vides d’arguments.
Ainsi, pour ces grands historiens, il ne fait aucun doute que le Moyen-Âge très chrétien était une époque obscurantiste. Pour ma part, je ne suis pas certain que l’époque de Saint Louis et de la Sainte Chapelle soit plus obscurantiste que celle de François Hollande et de Merda d’Artista… pas persuadé que l’époque de Du Guesclin et du Mont-Saint-Michel soit plus archaïque que celle de Yannick Noah et de l’urinoir de Duchamp…
Mais l’esprit critique et le recul historique ne sont pas au programme de ces moutons, pas davantage que la curiosité pour le réel ; ils sont tellement manipulés, tellement endoctrinés qu’ils pourraient sans problème souscrire à cette phrase toute en nuances de Paul Bert (qui figurait en 1884 dans les manuels scolaires…) : « Avant 1789, il n’y avait en France ni grandeur, ni prospérité, ni civilisation, ni justice. » Voilà en effet bien résumé le credo de l’homme moderne.

Tout est donc prêt : cette conjonction d’un vide de l’âme vertigineux, d’une répulsion farouche pour le catholicisme et d’une fascination pour la nouveauté et l’exotisme de l’islam rend la victoire de ce dernier irrésistible. Il viendra combler — du moins en partie — la place laissée vacante depuis le départ du catholicisme. Pour le meilleur, et pour le pire… Et il n’y aura pas de résistance. Donc pas de guerre civile. Car nous n’avons rien à défendre. Qui se lèvera pour défendre Paris-Plage, les balades en Segway, la positive attitude et les éco-gestes ? Personne. Et quand bien même il resterait quelque chose à défendre, nous ne sommes plus que des pleutres, des lâches, des enfiottés finis, nous tenons trop à notre petit confort matériel de capitulards planqués : nous nous soumettrons. Nous sommes déjà soumis, si nous observons bien…
Bien sûr, certains gueuleront qu’ils ne veulent pas être musulmans. On peut les comprendre. Mais que veulent-ils être ? Voilà la question, essentielle et terrible, qu’ils ne se posent pas… Car se définir négativement par rapport à cette religion ne suffira pas à lui résister : ne pas vouloir en être ne sera d’aucune utilité face à ses assauts ; seul un vouloir être ferme et tenace pourra, éventuellement, faire pièce à son expansionnisme.
Or que peut-on vouloir être, de nos jours, dans notre immense civilisation ? Un fier trottinetteur ? Un consommateur d’idolePhone ? Un acteur du développement durable ? Un citoyen du monde ? Un acteur du changement, écoptimiste et écoresponsable ? Ou un papa-poussette (et donc cocu, accessoirement) ? Un consom’acteur ? Quelqu’un qui positive et qui fait des projets ? Qui va dans le sens du progrès ? Qui vit avec son temps (comme tout collabo qui se respecte) ? Un cadre proactif, aimé de ses collègues car il joue collectif ? Ou encore un créateur de start-up ? De joint-venture ? Mieux encore, un business angel ? Un type bien qui se bouge, porteur d’innovations ? Un jogger jaune fluo ? Un blogger influent ? Un twitter-master aux 100 000 followers ? Un fan de Steve Jobs ? Un bon citoyen qui fait émerger des initiatives novatrices, vectrices de cohésion sociale ? Qui construit le vivre-ensemble jour après jour ? Qui s’engage au quotidien contre toute forme de discrimination ? Qui œuvre à changer notre regard sur les différences ? Et qui trie ses déchets pour sauver Mère Nature ? Soyons sérieux…
Vous pourrez retourner le problème dans tous les sens, vous enivrer de bafouillages progressistes, vous griser d’illusions, hurler « Je suis Charlie » à vous en péter les tympans, vous agripper à vos utopies avec l’énergie du désespoir, vous ne changerez rien à cette vérité rigoureuse : seule une vraie religion peut trouver des raisons valables, ainsi que la force, et surtout le courage de s’opposer à une autre religion. Notre religion des droits de l’homme est tellement factice, tellement hors-sol, tellement creuse qu’elle titube au moindre coup de vent : face aux chars d’assaut de l’islam, notre laïcité et nos valeurs républicaines sont des fétus de paille.

Cela est si vrai que la plupart d’entre nous se sont déjà soumis à la nouvelle religion. Oh, bien sûr, ils s’en défendent, et on les comprend : ce sont souvent les mêmes qui, il y a peu encore, fanfaronnaient leur athéisme, se glorifiant d’être sans dieu ni maître, fustigeant hautement l’infinie connerie des religions, et jurant qu’on ne les y prendrait jamais, eux les libres penseurs, les fiers soldats de la Modernité, du Progrès et de la Raison.
Il faut voir, pourtant, la terreur qui envahit ces courageux athées dès qu’il s’agit de porter un jugement sur l’islam, ou même tout simplement d’en parler (ce qui rappelle furieusement la déférence due à Yahvé, celui dont il est interdit de prononcer le nom) ; il faut voir l’angoisse qui leur vrille l’estomac d’être mal vus de l’Oumma s’ils formulent une réserve, même infime, même très documentée, sur le supposé pacifisme, la supposée tolérance et le supposé amour qu’enseignerait l’islam. Il faut voir l’empressement servile avec lequel ils volent inconditionnellement au secours de l’islam dès qu’il est égratigné — empressement servile qu’il est toujours savoureux de mettre en regard de la hargne impitoyable avec laquelle ils condamnent les erreurs impardonnables du catholicisme, et qui confine au comique de répétition. Le 20 décembre dernier, le commissariat de Joué-lès-Tours est attaqué aux cris de « Allah Akbar ». « Aucun lien avec l’islam », assènent doctement nos grands criminologues (qui auraient bien sûr, nous n’en doutons pas un instant, martelé avec la même vigueur « Aucun lien avec le FN » si cette attaque avait eu lieu aux cris de « Vive Marine Le Pen » ou de « Marine Akbar »). Le lendemain, à Dijon, un automobiliste renverse des passants en hurlant «Allah Akbar». « Allah Akbar ? Aucun lien avec l’islam ! » pour nos athées sans dieu ni maître. Puis c’est au tour de Nantes… Joyeux Noël… « Aucun lien avec l’islam ! », toujours, évidemment… Quelques jours plus tard, des journalistes de Charlie Hebdo sont assassinés aux cris de « Allah Akbar ! Nous avons vengé le Prophète Mahomet ! ». « Aucun lien avec l’islam !!! », pour nos talentueux arabophones… Moins de six mois plus tard, un individu entre dans une usine un drapeau islamiste à la main, y accroche à un grillage la tête d’un homme (un homme a donc été décapité en France en 2015 — mais ça non plus, ça ne dit rien du tout de notre époque), et l’encadre de deux drapeaux frappés de la chehada, la profession de foi musulmane. « Aucun lien avec l’islam !!! », toujours, pour nos islamologues chevronnés. Le zèle des nouveaux convertis est toujours excessif...
Il faut s’attendre à la multiplication de ces attitudes d’assujettissement ostentatoire à l’islam, aussi et surtout chez les plus endurcis des « athées » (qui découvriront enfin que ce ne sont pas les religions qu’ils avaient en horreur, mais la religion catholique, et elle seule), sans oublier les morveux de centre-ville, les coquets castrés élevés aux Inrocks et à Libé, toujours à la pointe de la désinformation, donc, le trouf bien ouvert bien béant pour se faire farcir de propagande puis nous resservir leur diarrhée mentale sur un ton pontifiant bien affirmatif, comme si ramper dans le mensonge faisait à ces tordus l’effet d’être solidement informés. Oui, nous allons voir enfler le grouillement des minets incultes mais très sûrs d’eux, lisant avec recueillement leur manuel de soumission du style « 100 idées reçues sur l’islam » ou « L’islam : pour en finir avec les préjugés », buvant comme paroles d’évangile, si l’on peut dire, ces ouvrages de désinformation écrits selon les principes de la taqiya (« dissimulation de la religion pour motif d’opportunité », qui autorise et encourage le mensonge à l’endroit des infidèles si cela, in fine, sert la bonne cause). Nous allons entendre ces bons petits islamophiles réciter docilement leur leçon d’esclave (qu’ils n’exposent évidemment jamais à la contradiction), aussi disposés à gober les discours lénifiants sur l’islam qu’à avaler le torrent de calomnies abjectes déversé en continu sur le catholicisme. Le cerveau truffé de contrevérités historiques, ils vont entonner tout guillerets la fable de la cohabitation harmonieuse avec l’islam en Andalousie, tenter de justifier leur asservissement par des caricatures angélistes de l’islam, et un aveuglement obstiné sur les formes concrètes que cette religion revêt aujourd’hui. Ils ne ménageront aucun effort, ne reculeront devant aucun mensonge pour défendre leur nouveau maître. L’occasion est trop bonne. Inespérée. Ils ne la laisseront pas passer.
De partout, en effet, monte un désir d’autorité dans notre société à bout de souffle, fatiguée de la destruction de tout repère, lassée du refus de toute contrainte, de toute hiérarchie, de toute transcendance. Nous sommes allés au bout de l’illusion : cette contrefaçon de liberté promue par Cohn-Bendit et ses clones est en vérité un esclavage. Elle laisse l’homme désorienté, déstructuré, hébété. Avili. En congédiant tous les repères et obstacles nécessaires à l’accomplissement de soi, elle transforme l’homme en un pantin à la merci de toutes les manipulations, de tous les conditionnements, de toutes les propagandes (que ceux-ci viennent du marché ou des illusionnistes politico-médiatiques). Un approbateur mou, insipide, un éternel couillon dont la vie se résume à une pénible errance d’une imposture à l’autre. Cette parodie de liberté est en outre une très grande souffrance : le vide est irrespirable… Ne cherchez pas plus loin pour comprendre pourquoi notre époque est celle des antidépresseurs et des psychotropes… Cinquante ans après mai 68 (et deux siècles après l’avènement des « Droits de l’Homme », contrefaçon grotesque de l’humanisme catholique), nous voilà arrivés au bout de l’impasse. L’illusion de la « libération » se dissipe, même chez les plus entêtés des progressistes. Tout le monde s’y accorde, au moins intérieurement : cette escroquerie de la « libération » n’a engendré que détresse, apathie et lassitude de vivre. La réclamation d’ordre et d’autorité se fait de plus en plus pressante. « Vous attendez un maître, vous l’aurez » avait écrit Cioran à l’adresse des étudiants de mai 68. Lui savait fort bien que tôt ou tard, l’anarchie appelle la dictature… L’islam fera l’affaire.
Qui, d’ailleurs, a jamais remarqué la concomitance quasi-parfaite entre mai 1968, acte de décès du catholicisme, et juin 1967, acte de (re)naissance de l’islam ? Mai 68 : consécration de la victoire des « valeurs » de Progrès et de Modernité sur l’essence catholique de l’Europe. Juin 67 : humiliation des armées arabes à l’occasion la guerre des Six Jours, discrédit et rejet subséquents du nationalisme arabe — adossé aux « valeurs » occidentales —, et réislamisation à marche forcée.
Au même moment, deux choix diamétralement opposés : l’Europe embrasse les fausses valeurs et se shoote au progressisme, à l’antiracisme, au multiculturalisme, au féminisme, à l’égalitarisme, à l’universalisme, au relativisme ; le monde arabe repousse avec vigueur ces foutaises dissolvantes. Autrement dit, au moment où l’Europe entame le dernier acte de son lent suicide, l’islam amorce son réarmement. Cinquante ans après, les deux chemins se rejoignent… le cercle se referme… Vous imaginez le suspense sur l’issue de cette rencontre…
Nous avons voulu chasser par la porte l’ordre, l’autorité, la contrainte ; ils sont sournoisement en train de rentrer par la fenêtre, dans des formes légèrement plus musclées que celles que nous avions rejetées… Il est interdit d’interdire, clamaient fièrement nos rebelles de mai 68 ? C’est ce que nous allons voir… Mais pas de quoi s’angoisser : la reprise en main par l’islam, quoique brutale, sera pour beaucoup un secret soulagement. Elle mettra fin à leurs déambulations absurdes de perroquets-consommateurs-citoyens du monde ; elle viendra occuper leur « liberté » dont ils ne savent que faire à part s’exhiber sur Facebook, envoyer des tweets, se prendre en selfie et trottinetter gracieusement. Et puis, à notre époque de divorce de masse et d’émasculation des pères, beaucoup d’humanoïdes contemporains souffrent terriblement d’un déficit d’autorité paternelle. L’islam va combler ce vide. Recadrer tout ça. Redresser tous ces petits cons. Et ils vont aimer ça. Ils le réclament inconsciemment, comme un enfant agité réclame une claque sans le savoir. Leur désir de servitude volontaire est déchaîné. La déférence de tous ces petits castrés envers l’islam, si elle procède avant tout de lâcheté et de vile soumission devant la puissance dominante (un invariant de l’humanité), trouve aussi sa source dans cette aspiration à être enfin cadré. Aspiration légitime et même souhaitable quand elle est temporaire, et vise à se doter des repères nécessaires à son épanouissement, mais qui souvent, dans l’Histoire, a dégénéré en une abdication volontaire de son autonomie au profit d’un embrigadement, plus confortable, délicieusement déresponsabilisant… Se laisser guider, en toute passivité… Déléguer à une entité surplombante le soin de décider pour nous… avec la certitude de ne faire que des choses validées, certifiées conformes par la collectivité… avec l’assurance de ne pas déraper, en somme… la principale hantise de nos héroïques Charlie... S’avachir dans la torpeur du consensus, s’engourdir l’esprit, s’épargner l’effort harassant de penser par soi-même et donc de s’opposer… L’attrait qu’exercent les régimes totalitaires auprès de nombreux bipèdes provient de cette peur de la liberté et de la responsabilité, qui est aussi une extraordinaire paresse de l’esprit. Ainsi vit-on dans l’Histoire des gens déborder de gratitude envers des dictateurs qui les dépossédaient de toute initiative personnelle, mais leur offraient en échange le confort de ne pas avoir à décider, à assumer leurs choix ; bref, qui les exonéraient du terrible défi d’exercer sa liberté.
Il faut le dire, au risque de choquer les faux amis du genre humain : pour beaucoup d’hommes et de femmes, la privation de liberté est vécue comme une libération. Un soulagement. Qui appelle la reconnaissance. « Le peuple amoureux du fouet abrutissant », disait d’ailleurs Baudelaire, qui ne se trompe jamais.
Vide spirituel, lâcheté et amour du fouet : voilà trois bonnes raisons pour les Occidentaux de se soumettre à l’islam. Ils le feront. Ils le font déjà. Ils enterrent le catholicisme, cette religion barbare, criminelle, obscurantiste et misogyne, pour embrasser la religion de paix et d’amour.
L’Europe est donc à l’aube d’une grande Renaissance. Pas sûr, cependant, que celle-ci suscite de nouveaux Raphaël, de nouveaux Le Corrège, de Vinci, Le Titien, Le Tintoret, Botticelli, Brunelleschi, Le Pérugin ou Michel-Ange… Mais qu’importe, finalement ? Tout ne se vaut-il pas ?

« Détruisez le christianisme, et vous aurez l’islam » avait prédit Chateaubriand dès 1840. Le processus est en cours. Il entre dans sa dernière phase. Tout se déroule comme prévu. Comme voulu. Car tout cela est voulu. L’éradication du catholicisme est le ressort essentiel (conscient ou non) des deux siècles écoulés. N’importe quoi ? Je délire ? Je suis fou ? Parano ? Complotiste ? Ce qui est arrivé au catholicisme est un point de détail, c’est ça ? Peut-être. Mais alors qu’on me lise avant de me juger. Qu’on ne se prononce qu’après avoir examiné les pièces du dossier. Nous verrons bien, alors, qui voyait les choses de manière déformée… qui était à côté de la plaque…
Cette phrase, en tout cas, n’est pas sortie de mon esprit complotiste : « Nous combattons l’Eglise et le christianisme parce qu’ils sont la négation du droit humain ». Non. Cette phrase est de Jean Jaurès, fondateur du parti socialiste, icône encensée par toute la classe politique contemporaine. Jean Jaurès, grand humaniste perché sur les plus hauts sommets de la respectabilité (et farouchement antisémite — mais chut, il paraît qu’il ne faut pas le dire ; on ne touche pas aux idoles, même et plus encore à notre époque qui s’imagine a-religieuse) qui déclara également, en toute fraternité : « Le grand crime collectif commis par l’Eglise contre l’humanité, contre le droit et contre la République va recevoir son juste salaire. » Jean Jaurès, donc, notre saint laïc reposant au Panthéon… Aux grands hommes la patrie reconnaissante… Si vous ne sentez pas spontanément l’abjection de cette phrase, remplacez-y « Eglise » par « islam », et imaginez-la prononcée par un de nos ministres actuels… puis diffusée en une de nos grands quotidiens… Ca ferait du buzz, comme on dit… Ca bougerait bien dans les banlieues… A raison, pour le coup… A ce petit jeu de remplacement d’« Eglise » par « islam », vous pouvez aussi vous amuser avec cette déclaration, non pas de Jean Jaurès, celle-là, mais d’une figure encore plus sacrée : Saint Jules Ferry. Eh bien Saint Jules Ferry a dit : « La République est perdue si l’Etat ne se débarrasse pas de l’Eglise. » Déclaration marquée, comme chacun le constate, du sceau de la modération et de la tolérance, et qu’il est toujours divertissant de mettre en regard de celle formulée quelques décennies plus tard, en 1989 exactement, par un homme de la même famille de pensée, le coton-tige Lionel Jospin : « Que voulez-vous que ça me fasse, que la France s’islamise ? ».
Paradoxe ? Deux poids-deux mesures ? Inégalité de traitement ? Laïcité à géométrie variable ?
Tout cela, oui, si l’on croit encore à la fable de la laïcité = neutralité ; parfaitement cohérent, en revanche, pour qui a compris que le catholicisme était le seul ennemi de nos classes dirigeantes ; que la soi-disant « laïcité » à la française était une arme élaborée pour anéantir le catholicisme, et lui seul.
Mais nous y reviendrons. Pour l’instant, continuons notre petit jeu. Allez ! Transposez donc à l’islam cette déclaration entendue en 1905 dans la belle enceinte républicaine, fraternelle et tolérante qu’est l’Assemblée nationale : « Il y a incompatibilité entre le christianisme et tout régime républicain. Le christianisme est un outrage à la raison, un outrage à la nature. ». C’est bon ? Vous imaginez bien un député fustiger avec la même férocité l’islam, religion de paix et d’amour ? Figurez-vous maintenant l’un de ses chers collègues prendre le relais pour vitupérer les mosquées en ces termes (cette phrase fut véritablement prononcée à l’Assemblée en 1905) : « Nous prendrons d’assaut vos églises et vos chapelles pour les faire disparaître. » Puis un autre expliquer que « l’Etat doit protéger l’enfant, au besoin contre ses propres parents, des perversions de l’enseignement religieux », avant d’asséner : « Tout homme religieux est un malade ».
Oh, je sais, vous me direz que tout cela est daté. Que depuis, les choses se sont apaisées. Raté. Les soldats anticatholiques se sont seulement faits plus discrets ; ils n’ont de toute façon plus besoin d’être aussi virulents, tant le catholicisme est affaibli. Mais ils veillent… Ils lui maintiennent gentiment la tête dans l’eau… Qu’il ne s’avise pas de trop bouger… Qu’il respire juste assez pour qu’on ne les accuse pas de meurtre… Mais ça les démange…
Si elle s’exprime moins ouvertement qu’il y a un siècle, la haine du catholicisme persiste chez l’immense majorité de nos « élites ». Pour ne prendre qu’un exemple, voyez Peillon, Vincent Peillon, ministre de l’Education (pesez bien ce mot, je vous prie) de nos chères têtes « blondes » entre 2012 et 2014. Eh bien que pense-t-il, ce brave homme qui fut il y a peu en charge de définir ce qui devait entrer dans le crâne de nos enfants ? Eh bien premièrement qu’« on ne pourra jamais construire un pays de liberté avec la religion catholique » (oui, un ministre de tous les Français a déclaré cela il y a moins de deux ans). Et puis ensuite que « l’école doit opérer ce miracle de l’engendrement par lequel l’enfant, dépouillé de toutes ses attaches pré-républicaines, va s’élever jusqu’à devenir le citoyen, sujet autonome. C’est bien une nouvelle naissance, une transsubstantiation qui opère dans l’école et par l’école, cette nouvelle Eglise, avec son nouveau clergé, sa nouvelle liturgie, ses nouvelles tables de la Loi. »
Vincent Peillon n’est pas drôle : il vend la mèche, platement. Il nous frustre du plaisir de lire entre les lignes, de deviner l’esprit religieux à l’œuvre derrière la comédie de la Raison et du Progrès. Il avoue tout, frontalement et sans réserve, il révèle sans ambages la nature religieuse de l’esprit républicain. Ce qui présente néanmoins l’avantage que grâce à lui, ceux qui haussaient les sourcils quand on leur parlait de religion républicaine se retrouvent d’un coup un peu gênés… légèrement à court d’arguments…
Voilà donc, en tout cas, comment s’expriment nos grandes consciences républicaines ; voilà ce que pensent nos chantres de la tolérance, nos amoureux de la diversité, nos champions du padamalgam.
Il faut lire Peillon, ce grand givré, cet archétype de « la race écrivassière qui sacrifie un peuple entier à des idées de cerveau malade » (comme disait joliment Delacroix des hommes politiques de son temps). Il faut ouvrir ses bouquins, endurer son ivresse verbeuse, ses baratins ronflants, ses bafouillages grandiloquents, ses bouffées extatiques, pour mesurer le niveau de difformité mentale de ceux qui président aux destinées de la France. « Il faut inventer une religion républicaine. Cette religion républicaine, qui doit accompagner la révolution matérielle, mais qui est la révolution spirituelle, c'est la laïcité » (oui, le pitre Peillon aurait aussi pu être artiste contemporain ; il en a le style morne et ampoulé, le parler boursouflé et inconsistant). « La laïcité elle-même peut alors apparaître comme cette religion de la République recherchée depuis la Révolution » ; « L’opération consiste bien, avec la foi laïque, à changer la nature même de la religion, de Dieu, du Christ, et à terrasser définitivement l’Église » ; « C’est au socialisme qu’il va revenir d’incarner la révolution religieuse dont l’humanité a besoin » ; « D’où l’importance de l’école au cœur du régime républicain. C’est à elle qu’il revient de briser ce cercle, de produire cette auto-institution, d’être la matrice qui engendre en permanence des républicains pour faire la République, République préservée, république pure, république hors du temps au sein de la République réelle ».
Ce qu’il faut bien comprendre, c’est qu’au-delà de son lyrisme pompeux et de ses inimitables tortillages de phrases, Peillon est un dévot anticatholique parmi d’autres. Un clone. Loin d’être le premier à « penser » — ou plutôt à « prêcher » — ainsi, il ne fait en réalité que paraphraser un Emile Combes par exemple qui, un siècle plus tôt, considérait les instituteurs comme les « ministres d’un culte nouveau », ayant « pour révélation d’en haut la conscience et la raison humaine ». Toutes choses rassurantes quand on sait, comme Jean Macé l’avait bien dit, que « qui tient les écoles de France, tient la France »… Jean Macé, anticlérical fanatique dont le nom honore des centaines de rue de France… Comme celui de Léon Gambetta, figure tutélaire de la gauche qui déclarait en 1880 : « La lutte est contre tout ce qui reste du vieux monde, entre les agents de la théocratie romaine et les fils de 89 » (substituez donc « musulmane » à « romaine », agitez bien et admirez le résultat). Un autre nom également assez répandu dans nos villes est celui de Paul Bert, député de l’Yonne, qui annonça en 1879 vouloir « sauver la France » de l’Eglise et œuvrer à sa « destruction » en l’attaquant avec « un insecticide ». Tout en douceur, donc, et sans stigmatiser… Dans la même veine, il aurait pu fulminer cette diatribe contre l’Eglise et les prêtres : « Je les rendrai ridicules et méprisables. Je ferai tourner des films qui raconteront l’histoire des hommes en noir. Alors on pourra voir de près l’entassement d’égoïsme sordide, d’abrutissement et de tromperie qu’est leur Eglise. » Ah, non, pardon, cette phrase n’est pas d’un Français. Elle est d’un Autrichien. Un dénommé Adolf Hitler. Comme quoi l’Eglise anticatholique attire du beau monde… Les beaux esprits se rencontrent, n’est-ce pas… L’élite de l’humanisme, par delà les frontières… Tous contre l’Eglise… L’union sacrée des vrais philanthropes pour écraser l’Infâme…
En parlant d’union sacrée, n’oublions pas d’y inclure la longue cohorte des médiocres, des graphomanes illettrés, des plumitifs ratés, des perroquets aigris, des esprits sans ampleur qui se vengent de leur médiocrité en salissant autant qu’ils peuvent ce qui est grand, ce qui est beau, ce qui est noble. Je veux bien sûr parler des flics médiatiques, des larbins journalistiques, de ces agents zélés du terrorisme intellectuel qui pilonnent de mensonges, de mots d’ordre et d’intimidations les cerveaux du peuple. Sans surprise, nous allons voir que la haine du catholicisme est la compagne naturelle de ces esprits mesquins.
« Nous ne pouvons espérer la société nouvelle de joie, de liberté et de beauté que lorsque l’Eglise sera définitivement anéantie ». Voilà ce qu’on peut lire en 1901 dans l’hebdomadaire La Raison. Déclaration marquée du sceau de la raison, en effet, et du discernement le plus cristallin : un siècle plus tard, nous pouvons tous constater que l’anéantissement de l’Eglise a provoqué une explosion de joie, de liberté et de beauté… De sacrés visionnaires, ces dévots de la raison… La clairvoyance de La Raison, en somme…La Raison a toujours raison… C’est encore dans La Raison qu’on peut lire cet émouvant article qui, débordant de raison — et de la modération qui en résulte —, ne stigmatise pas ni n’incite à la haine : « Le prêtre, par la honte de son état, par la hideur infamante de son costume, vit en dehors de la loi commune, de la solidarité. Contre lui, tout est permis, car la civilisation a un droit de légitime défense. Elle ne lui doit ni ménagement, ni pitié. C’est le chien enragé que tout passant a le droit d’abattre. » Imaginez le même texte publié aujourd’hui avec « imam » à la place de « prêtre »…
Quant au quotidien L’Action, il annonce en 1903 qu’il « brisera l’ennemi de toute vérité, de toute justice, de toute vie : l’Eglise. »
Inutile de préciser que ces journaux paraissent sans la moindre condamnation par les pouvoirs publics ; pas de « discours de haine » ni de « stigmatisation » qui tienne… Une fois de plus, il faut se figurer de tels propos transposés à l’islam, et paraissant dans la presse actuelle…
Mais n’insistons pas, pour ne pas navrer ceux qui croient encore à l’impartialité des médias, à leur respect de la déontologie, à l’équilibre dans le traitement de l’information. N’attristons pas ceux qui n’ont pas compris que les rédactions ont toujours pullulé et pulluleront toujours de missionnaires anticatholiques, et d’ennemis irréductibles de la vérité (mais les deux se confondent, fatalement…).
Oh et puis si, insistons. Allez, examinons un peu le traitement médiatique réservé en France aux différentes religions. Faisons une petite analyse comparée. Y a-t-il égalité des temps de parole ? Mieux, le temps de parole dédié à chaque religion est-il proportionnel à sa représentativité ? A l’inverse, certaines religions sont-elles injustement, scandaleusement ignorées, et d’autres outrageusement favorisées ? Quand chacune d’elles est évoquée, quelle est la tonalité dominante ? Y-a-t-il un parti pris réprobateur pour les unes, louangeur pour les autres ? Les éclairages péjoratifs sont-ils plus récurrents pour certaines que pour d’autres ? Les turpitudes de certaines sont-elles délibérément occultées, minimisées, quand celles des autres sont amplifiées, dramatisées ? Voyons cela.
En 2014, en France, 83% des atteintes aux lieux de cultes et aux sépultures concernaient des sites chrétiens. Qui le sait ? Combien de gens, induits en erreur par la distorsion médiatique de l’information (car ce qui n’est pas amplifié par les médias n’existe pas), pensent à l’inverse que les édifices et cimetières juifs et musulmans se partagent le triste palmarès des lieux confessionnels les plus visés par des attaques ?
Plus généralement, qui est au courant que les chrétiens sont le groupe religieux le plus discriminé au monde, et ce de très loin ? Que 75 % des cas d'atteintes à la liberté religieuse dans le monde les concernent ? Que les 131 pays de culture chrétienne ont une législation irréprochable en termes de liberté religieuse, tandis que sur 49 pays de culture musulmane, 17 ne tolèrent aucune autre religion, et 19 reconnaissent théoriquement la liberté religieuse mais la bafouent continuellement ?
Comment se fait-il qu’en France, où près de deux lieux de culte chrétiens sont attaqués chaque jour, tout le monde a le sentiment que l’islam est la religion la plus stigmatisée ? Que signifie ce silence médiatique assourdissant autour de la haine qui, quotidiennement, se déchaîne en France contre le christianisme ? Pourquoi faut-il écumer les sites internet les plus confidentiels pour trouver ce témoignage du Père Lucien Zomahoun, prêtre de la paroisse de Maisse, en Essonne : « Dans le bus ou ailleurs, on entend souvent des jeunes menacer de brûler des églises » ? Pourquoi personne ne se souvient-il de l’église de ce brave prêtre saccagée en mars 2014, des décorations fracassées au sol, des nappes souillées d’excréments, des chaises brisées, des bancs amoncelés et brûlés, « un vrai champ de bataille » ? De même, pourquoi personne n’a-t-il entendu parler de cette attaque d’une église de la Courneuve par des hommes cagoulés, armés de fusils à canon scié ? Alors qu’à la moindre égratignure d’un mur de mosquée (et ne parlons pas des synagogues), le président de la République, qui n’a sans doute rien de plus urgent à faire, se rend toutes affaires cessantes sur les lieux du forfait pour faire part de sa terrible indignation et condamner gravement l’islamophobie, comme s’il s’agissait d’un fléau majeur ? Pourquoi nos journalistes télégéniques prennent-ils des airs de deuil pour évoquer, chiffres à l’appui, l’inquiétante progression de l’islamophobie en France, ou déplorer la hausse exponentielle des actes antisémites, mais ne disent rien, strictement rien, du nombre pourtant incommensurable d’actes antichrétiens ? Précisons au passage que l’expression « hausse préoccupante des actes islamophobes » qu’ils nous assènent avec leur tronche d’enterrement fait référence à 226 faits constatés en un an. Soit moins que le nombre de viols perpétrés en France en un jour. Au passage, on peut s’étonner que personne n’ait en tête ce dernier chiffre, alors qu’on ne cesse de nous seriner avec les violences faites aux femmes… Mais peut-être craint-on que la connaissance de ce chiffre attise la curiosité ? Que les gens souhaitent alors en savoir plus sur le profil des violeurs ? Qu’ils découvrent qu’un viol sur quatre est commis par un mineur ? Et que ces violeurs ne s’appellent pas tous Jean-Eudes ? Passons, je sens de drôles de crispations… D’ailleurs si un lecteur de Libé a atterri ici, je lui conseille de s’arrêter maintenant ; il s’épargnera une grave crise de nerfs. Moi en tout cas, je continue.
Comment se fait-il qu’aucun journaliste n’ait été surpris que le plan de lutte contre le racisme et l'antisémitisme présenté cette année par notre immense Premier ministre, digne successeur de Richelieu, n’évoque pas les actes anti-chrétiens (lesquels, répétons-le, représentent la quasi-totalité des outrages aux religions) ? Comment faut-il interpréter cette complicité dans l’occultation ? Que traduit-elle ? Doit-on comprendre que ces désinformateurs professionnels ont tellement martelé que l’antisémitisme et l’islamophobie étaient les plus grandes plaies que la France ait jamais connues qu’ils ont fini par y croire eux-mêmes ? Qu’ils sont victimes de leurs propres manipulations ? Intoxiqués par leurs propres mensonges ? Que malgré les faits qu’ils ont devant les yeux, leur aveuglement idéologique les empêche de voir ce qu’ils voient ?
Peut-être, pour certains d’entre eux. L’hypothèse la plus vraisemblable reste cependant celle d’une collaboration délibérée, en toute connaissance de cause, aux opérations de propagande du gouvernement, mue par un anticatholicisme féroce et insatiable. Le même militantisme anticatholique qui anime les petites vieilles de 30 ans « travaillant » chez Madame Figaro ; comment, en effet, expliquer autrement qu’aucune de ces rombières précoces n’ait bondi de sa chaise en relisant avant publication un article assimilant les catholiques de la « Manif pour tous » aux terroristes de Daech, au motif que les uns et les autres seraient également des « extrémistes » ? A la décharge de ces grognasses, elles ne sont pas les seules à faire cet amalgame aussi abject que ridicule : combien de fois n’a-t-on pas entendu des bourriques médiatiques déroger à leurs propres leçons de padamalgam pour décréter l’équivalence entre « tous les extrémismes », mettant ainsi dans le même sac les cathos tradis et les salafistes les plus barbares ? Comme si un amateur de messe en latin était susceptible de faire un carnage au Bataclan. Comme si on entendait les mêmes prêches haineux dans les mosquées salafistes et les églises traditionnalistes. Comme si un catholique attaché au rite Saint Pie V allait s’envoler vers la Syrie pour violer des gamines et égorger des infidèles. Comme si un catholique soucieux des valeurs traditionnelles (comme disent les progressistes ringards en se bouchant le nez) était travaillé par l’idée de sulfater les roumis à la kalachnikov.
Mais il ne faut pas trop en demander à ces toutous du système que sont les journalistes : la « réussite » de leur carrière est conditionnée par la répétition du catéchisme anticatholique, par l’approbation et le martèlement de ces caricatures grotesques et ignobles, par l’ignorance obstinée de ce qui sépare un père de famille catholique, pratiquant, conservateur et sans histoire, d’un djihadiste-racaille camé jusqu’à l’os, psychopathe, violeur et égorgeur. Et puis, ce genre d’analogies permet de dédramatiser le danger islamiste, de le ramener à quelque chose de connu et de finalement plutôt débonnaire, presque folklorique (car quelles que soient les simagrées qu’on fait autour des cathos tradis, personne ne pense sérieusement qu’ils représentent un quelconque danger). Eh oui, il ne faudrait pas que les gens, prenant acte de la spécificité de l’extrémisme islamiste, comprennent ce qui les attend…
C’est également pour endormir notre vigilance, et éviter toute extrapolation prémonitoire à la situation française, que les rares fois où nos moulins à propagande professionnels évoquent les exactions de musulmans à l’égard de chrétiens, ils en escamotent ou du moins minimisent la dimension religieuse. Quand au Nigeria, Boko Haram égorge à la machette des centaines de chrétiens en déclarant « Nous avons attaqué simplement parce que ce sont des chrétiens », nos grands médias neutres, impartiaux et objectifs évoquent un conflit social. Vous savez, le genre de locutions qui évoque la CGT brûlant des pneus et gueulant ses slogans gâteux… Très honnête, donc, comme choix lexical…
De même, quand les radasses écervelées de Madame Figaro (encore elles) nous pondent des articles larmoyants sur la recrudescence des viols en Inde, elles omettent soigneusement d’en expliquer les causes… « société patriarcale », avancent-elles pudiquement… « vision archaïque de la femme »… « misogynie »…. Evidemment, elles se gardent bien de préciser que tous les Indiens ne sont pas hindouistes… que nombre de régions indiennes comptent énormément de musulmans… que ces régions coïncident comme par hasard avec celles où sont constatées ces explosions du nombre de viols… Elles, si volubiles quand il s’agit de fustiger le conservatisme catholique et de faire l’amalgame entre catholicisme, patriarcat et oppression des femmes, ont subitement le verbe bien court. Elles pleurnichent, elles couinent, elles se scandalisent, elles caquettent d’indignation, c’est entendu, mais pour ce qui est de l’intelligence de la situation, on repassera. C’est en vain, en effet, qu’on attendrait de ces idiotes hautaines qu’elles lèvent l’énigme qui naît dans le cerveau du lecteur lambda ; qu’elles nous éclairent sur l’identité des ces mystérieux violeurs, et sur l’étrange sentiment d’impunité qui les habite… On peut attendre longtemps avant qu’elles nous expliquent que dans la loi traditionnelle islamique, le viol ne peut être prouvé que lorsque quatre hommes (musulmans) affirment avoir été témoins de la scène (Sourate 24:4,13). Autrement dit, qu’une femme violée en terre d’islam n’a quasiment aucune chance d’obtenir réparation ; qu’a contrario, une femme qui déclare avoir été violée mais échoue à faire témoigner en sa faveur quatre témoins masculins est sévèrement punie pour avoir commis l’ignoble crime de rapport sexuel pré-mariage ou adultérin. Il est étonnant que cette explication documentée, incontestable, ne soit jamais produite par ces ardentes féministes, quand on voit leur empressement à insinuer que la pédophilie de certains prêtres aurait un lien avec leur qualité de prêtre (et par ricochet avec leur religion), et non avec un détraquement psychique indépendant de la religion.
Pourquoi ces sorcières font-elles un usage symétrique de leurs talents de faussaires pour dans un cas inculper abusivement la religion (catholique), et dans l’autre cas disculper abusivement la religion (musulmane) ? Qu’est-ce qui motive de telles manipulations de l’information ?
Plus stupéfiante encore est la façon comminatoire qu’elles ont de mettre hors de cause l’islam quand elles relatent les abominations commises par l’Etat islamique (avec force atténuations, bien sûr, sinon personne ne pourrait lire leurs récits sans s’évanouir). Dans un article intitulé « Daech incite au viol collectif pour convertir les femmes », l’intellectuelle de service finit en affirmant que ces djihadistes « ne représentent en aucun cas la religion dont ils se réclament ». Pourquoi ? On ne le saura pas. Fin de l’article. Affirmez, c’est prouvé.
Dans un autre article évoquant les viols de petites filles de 12 ans par les combattants de l’Etat islamique, et où il est question de prières avant et après le viol (avec de vrais versets du vrai Coran, il convient de le préciser car manifestement ce n’est pas clair pour tout le monde), la radasse inepte devenue d’un seul coup islamologue conclut péremptoirement — et obligation de la croire sur parole — que ces « fanatiques » (de quoi ?) sont « loin, très loin d’une quelconque religion ». Alors là c’est un strike. Guinness des records de l’aveuglement volontaire. 10/10 sur l’échelle du déni. Cette sotte se ferait violer par cinq islamistes criant Allah Akbar et « On va te tuer, sale chienne d’infidèle » que pendant tout son calvaire, elle glapirait à ceux qui viendraient la sauver « Reculez ! Ne leur faites pas de mal ! Ce n’est pas ce que vous croyez ! Il ne faut pas stigmatiseeeer ! ». Puis dans un dernier soupir, juste avant de se faire égorger, elle hurlerait : « Padamalgam ! ». Couic. On en rirait presque si l’enjeu n’était pas aussi grave.
A ce sujet, on peut s’étonner qu’on entende toujours évoquer les victimes kurdes et yézidies de l’Etat islamique, mais jamais les chrétiennes. Est-ce à dire que les enlèvements de chrétiens et leur exécution par égorgement, décapitation ou crucifixion n’intéressent aucun de nos philanthropes parisiens ? Est-ce à dire que certaines victimes sont moins émouvantes que d’autres ? Ou ont moins de valeur ? Mystère…
Dans le même ordre d’idées, pourquoi les roquets journalistiques qui passent leur temps à japper sur Poutine et sa prétendue homophobie (quand il souhaite en réalité juguler le militantisme gay et son exhibitionnisme tapageur, lesquels exaspèrent d’ailleurs bon nombre d’homosexuels), deviennent-ils muets quand il s’agit de parler de l’Arabie saoudite, et de tous ces pays musulmans où l’homosexualité est passible de la peine de mort ?
Pourquoi ces fiers pourfendeurs du harcèlement, du machisme et des violences faites aux femmes sont-ils si discrets sur le fait qu’en Égypte, en Irak, en Arabie saoudite et au Yémen, plus de neuf femmes sur dix déclarent être victimes de harcèlement sexuel ? Craignent-ils que les gens fassent le lien entre ces horreurs et le substrat religieux de ces pays ? Et comprennent que cela préfigure ce qui se passera sous peu en France si l’islam impose son hégémonie (et a d’ailleurs déjà cours dans les territoires perdus de la République, pour reprendre les somptueuses circonlocutions langagières de nos élites analphabètes) ?
Pourquoi ne nous disent-ils pas nettement que les clandestins — et non les « réfugiés », selon l’entourloupe sémantique consacrée — qui déferlent sur l’Europe par centaines de milliers, et bientôt par millions, sont presque exclusivement musulmans ? Et qu’ils ont de grands projets pour nous ? En effet, il faut aller chercher la réalité derrière les caricatures lénifiantes que colportent les enfumeurs des médias, tous ces journalistes énamourés de ces réfugiés innocents, doux comme des agneaux ; il faut écouter ces émouvants réfugiés déclarer sans vergogne, face caméra, que pour nous remercier, ils se marieront avec nos filles et leur feront porter la burqa. Et que demain, grâce à eux et avec l’aide d’Allah, nous serons tous musulmans. Welcome refugees, comme disent les masochistes au grand cœur… Nietzsche demandait déjà : « Qu’est-ce qui a créé plus de souffrance dans le monde que les sottises des compatissants ? »…
Ces « migrants » vont hâter le dénouement. Ils sont le renfort inattendu, la divine surprise qui va donner à l’islamisation de l’Europe un bon coup de fouet, c’est le cas de le dire. Ils sont le catalyseur fou, l’accélérateur en délire qui va régler définitivement la question du catholicisme. Se souvenir de la prophétie de Boumediene…
Les dévots de l’anti-catholicisme se frottent les mains. Ils jubilent, ils pâment, ils exultent. Les ennemis de leurs ennemis sont leurs amis. Ils en demandent plus, toujours plus. Venez, chers migrants, venez donc ! Vous êtes ici chez vous ! N’écoutez pas les fachos ! Les immondes partisans du repli sur soi ! Arrivez par millions ! Ensevelissez-nous ! Que notre foutue civilisation judéo-chrétienne si conne et arrogante disparaisse enfin, pour de bon !
Le but est proche. Deux siècles de guerre au catholicisme vont enfin trouver leur accomplissement.

Je l’ai déjà dit, en effet : le saccage des fondations catholiques de l’Europe est la grande affaire des deux siècles passés. Le principe qui sous-tend le prétendu progressisme est un principe de haine du catholicisme. C’est le moteur essentiel. L’enjeu principal. Anéantir le catholicisme, voilà le ressort fondamental de l’Histoire récente. Elucubration délirante ? Je déconne à plein tube ? Non, là, vraiment, on ne peut plus me suivre ? Réaction normale, pour qui se trouve invité à changer brusquement d’angle de vue… Le nez sur l’actualité, le cerveau rempli de poncifs médiatiques, de bavardages journalistiques et de débats factices, il nous est difficile d’envisager le monde avec d’autres concepts que ceux dont nous bombardent les journalistes, ces pauvres en esprit à 90% incultes et analphabètes. Accepter de voir bousculer son référentiel de pensée est toujours un effort. Mais cela vaut le coup ; faisons donc cet effort : prenons de la hauteur. Dépêtrons-nous du prêt à-penser médiatique, jetons aux orties nos grilles de lecture obsolètes, nos réflexes de « pensée », et tâchons d’identifier les contrevérités qu’on nous a tellement martelées que nous ne les interrogeons même plus.
La sacro-sainte loi de 1905, par exemple. Quand le lecteur saura de quelle matrice idéologique elle est issue, quand il connaîtra les intentions qui ont présidé à son élaboration, il ne s’étonnera plus des « entorses à la laïcité » qui se multiplient actuellement en faveur de l’islam. Quand il aura lu le récit effarant des 25 années qui ont précédé la promulgation de cette loi, quand il aura pris connaissance de la violence anticatholique qui s’est alors déchaînée, il comprendra que ces « entorses » font partie du programme. Que la « laïcité » à la française fut une arme forgée dans l’unique but de détruire le catholicisme. Que la « laïcité » à la française n’a jamais eu pour objectif la neutralité religieuse, mais la neutralisation du catholicisme. Dès lors, ce qui lui apparaissait comme des incohérences, des contradictions scandaleuses, deviendra logique. Et il comprendra que la « laïcité à géométrie variable » qu’il dénonçait avec candeur est en réalité un pléonasme…
Le moment est venu de démystifier la loi de 1905. De voir, aussi, ce qui se cache derrière les fameuses « associations loi 1901 »… De faire tomber le masque de nos icônes humanistes, de nos champions des droits de l’homme, d’examiner de plus près l’action et les propos des grandes consciences de gôche qui donnent leur nom à nos écoles, à nos boulevards, à nos rues, à nos places… Nous allons bousculer les idées reçues, pour parler comme un vendeur d’émission de télé. Nous allons raconter l’Histoire ; mais nous allons pour cela mettre d’autres lunettes. Aborder les choses sous un autre angle…
Bien sûr, il ne s’agit aucunement de contester l’Histoire telle qu’on nous l’enseigne ; celle-ci est passionnante, sa connaissance indispensable. La gloire de la France après le coup de maître de Richelieu, qui exploite avec un doigté prodigieux les rivalités entre les protestants et les Habsbourg pour affaiblir ces derniers et imposer la suprématie de la France ; la déliquescence de la France au XVIIIème siècle, avec la diffusion des « Lumières » et la montée en puissance de baratineurs pontifiants qu’on appelle alors « philosophes », et qui sont en vérité les premiers idéologues ; le bain de sang de la Révolution, le génocide des Vendéens, les décapitations façon Daech, Louis XVI enfoui la tête entre les jambes, la victoire finale de la bourgeoisie ; les exploits admirables et inutiles de Napoléon, la lente érosion de l’hégémonie française après 1815 au profit de la Prusse (1871), de l’Angleterre (1918), puis des Etats-Unis (1945), et enfin d’une oligarchie apatride et inculte promouvant un modèle socio-économique inégalitaire et communautariste (de Sarkozy à Obama en passant par Juncker, Barroso et l’ensemble des « élites mondialisées »), cette histoire là — politique, géopolitique, géostratégique, économique — est palpitante, éclairante, incontournable. Elle fournit des clefs de compréhension dont on ne saurait se passer.
Mais en même temps s’est écrite une autre histoire. Plus souterraine. Plus décisive. D’autres dynamiques moins connues se sont déployées, qui ont façonné les mœurs, les mentalités, les psychologies, les psychismes même. On ne peut pas expliquer la laideur et l’inconsistance de notre civilisation, ni sa fierté qui n’a d’égal que son ridicule, on ne peut pas comprendre l’immense détresse qui la ronge, ni sa démence qui grandit jour après jour, si l’on s’en tient aux évènements abondamment documentés de ces deux derniers siècles. On ne peut pas expliquer les formidables déstructurations anthropologiques en cours, comprendre pourquoi les gens s’abaissent à exhiber leur vacuité sur Facebook alors que personne ne le leur demande, pourquoi ils regardent Canal+ alors que personne ne les y oblige, pourquoi leur compassion est totalement atrophiée, pourquoi ils violent, tabassent, mutilent, assassinent, se droguent, se prostituent, se suicident dans des proportions aussi terrifiantes, si l’on s’en tient aux analyses dérivées de l’histoire géopolitique et économique.
C’est donc une autre histoire qu’il faut écrire. Une histoire parallèle. En distinguant l’essentiel de l’accessoire. En discernant, dans le bruit et la fureur, dans le tumulte de l’Histoire, les grandes dynamiques à l’œuvre.
C’est cette histoire que nous allons raconter. L’histoire de l’assèchement spirituel de l’Europe, puis de sa destruction. L’histoire de la mort de Dieu, de l’étouffement du catholicisme par la religion du Progrès, puis de son achèvement par l’islam.
Il ne s’est au fond passé que cela, depuis deux siècles : une guerre sans merci contre le catholicisme. Un acharnement hystérique contre ce qui constitue, qu’on le veuille ou non, l’âme de l’Europe, son essence profonde, en a forgé les paysages, les rues, les villes, les miracles architecturaux, les chefs-d’œuvre de la peinture, de la sculpture, de la musique et surtout la sublime vision de l’homme, des rapports humains et des relations entre les sexes. Une ivresse de destruction, une rage nihiliste de remplacer le plus haut degré de civilisation jamais atteint par la laideur, la tristesse et le chaos : voilà le fil rouge des deux siècles passés. Avec, bien sûr, des pics (1793, 1880-1905, 1968) et des accalmies (une bonne partie du XIXème), des victoires et des défaites. De Gaulle ne croyait pas si bien dire quand il déclarait que « la décadence française a débuté au milieu du XVIIIème siècle. Depuis, il n’y a eu que des sursauts. »… Milieu du XVIIIème siècle : début des prétendues « Lumières », venant nous sauver du prétendu « obscurantisme catholique »… Beau bilan, deux siècles plus tard… Vachement lumineux, en effet … Très brillantes, ces lumières, y a pas à dire… Mais l’autre nom du diable n’est-il pas « le prince des contrefaçons » ?… En conséquence de quoi il faut prendre l’habitude de détecter les contrefaçons… d’entendre des antiphrases dans la bouche de nos maîtres… de traduire tout ce qu’ils affirment en son contraire…
Les premiers symptômes apparaissent donc au milieu du XVIIIème siècle. Peu à peu, nous nous laissons séduire par l’idée de « nous libérer » du catholicisme, le principe moteur de notre Histoire, le substrat de notre civilisation. Ce qui lui donne sa grandeur, a fait tous ses succès. Nous nous laissons envoûter par les baratins pompeux d’une nouvelle espèce de graphomanes, de petits marquis bavards et prétentieux qui se décrètent « philosophes » et affirment qu’ils savent, eux, comment mener l’Homme au Bonheur. Séduisant… Le charme de la nouveauté… Sous leur influence, nous croyons entrevoir d’autres moteurs, d’autres relais de croissance. Puis en 1793, nous coupons le moteur. Assez brutalement, à vrai dire… Destructions d’églises, décapitations de statues, réduction en cendres de dizaines de milliers de tableaux, éventrements de prêtres, viols collectifs de religieuses, explosions de cartouches dans les vagins, « mariages républicains » (qui consistent à attacher un curé et une religieuse, nus et dans une position obscène, puis à les jeter à l’eau), et encore toute une kyrielle d’actions fraternelles et citoyennes contre le clergé et les fidèles.
En 1799, après six ans de persécutions d’une brutalité sans précédent, Bonaparte devient Premier Consul, et s’emploie à rétablir la paix religieuse. Moins par conviction que par intérêt. Le Concordat, accord entre l’Eglise et l’Etat définissant le cadre institutionnel du catholicisme français, est promulgué en 1802. Ensuite, sous la Restauration, le catholicisme est décrété « religion de l’Etat » ; la liberté des cultes est assurée pour les juifs et les protestants. Après la monarchie de Juillet, qui se révèle relativement indifférente à la question religieuse, le règne de Napoléon III voit les congrégations placées sous la protection de l’administration impériale.
Ainsi, par la grâce du Concordat et, plus généralement, du climat de bienveillance qui entoure la question religieuse à partir de 1800, le clergé parvient en quelques décennies à reconstituer ses effectifs décimés par la Révolution : en 1878, la France compte 30 000 religieux et 130 000 religieuses.
Des centaines de milliers de pauvres, de malades et d’enfants bénéficient alors de la charité de l’Eglise. Un enfant sur deux est instruit par du personnel religieux. Depuis la moitié du XIXème siècle, la très grande majorité des Français est alphabétisée. L’enseignement prodigué dans les collèges catholiques est d’ailleurs souvent « en avance sur l’enseignement d’Etat », note l’historien Christian Sorrel. En outre, alors que le Code civil assigne aux femmes un statut inférieur, la condition religieuse leur permet d’accéder à des responsabilités qu’elles ne pourraient sinon exercer. De 1852 à 1901, 43 des 73 femmes décorées de la légion d’honneur sont des religieuses. C’est dire si le catholicisme est misogyne et obscurantiste.
Ainsi, contrairement au mythe colporté jusqu’à aujourd’hui, l’école gratuite et obligatoire, ainsi que l’excellence éducative, préexistent à l’action de Jules Ferry.
Quoi qu’il en soit, oins d’un siècle après les horreurs de la Révolution, l’Eglise a pansé ses plaies et retrouvé une belle vigueur. Mais cette accalmie de quelques décennies est trompeuse. Tapis dans l’ombre, ruminant leur aigreur, les anticléricaux attendent leur heure.
1879. Après la démission de Mac-Mahon, le franc-maçon Jules Grévy devient président de la République. Il confie à Jules Ferry, franc-maçon comme lui, le portefeuille de l’Instruction publique. Comme on l’a dit plus haut, Jules Ferry ne va pas inventer l’école gratuite et obligatoire. Non. Son unique dessein est de retirer à l’Eglise la tâche de l’éducation, pour en faire un monopole d’Etat. Et il ne perd pas de temps : six semaines après son entrée en fonction, ce chantre de la tolérance et de la fraternité dépose un projet de loi qui, s’il était appliqué, priverait des milliers de religieux et de religieuses du droit d’enseigner. « Nul n’est admis à diriger un établissement d’enseignement public ou privé, de quelque ordre qu’il soit, ni à y donner l’enseignement, s’il appartient à une congrégation non autorisée », stipule l’article 7. Il s’agit donc d’une loi d’exclusion — de discrimination, pour employer un terme à la mode — en ce qu’elle retire un droit à une certaine catégorie de citoyens. Cette loi ségrégative, proposée par une grande conscience de gôche, est adoptée par la Chambre, mais heureusement rejetée par le Sénat. Les religieux l’ont échappé de peu… Mais ils ont senti le vent du boulet… Et ils ne sont pas au bout de leurs peines… Car simultanément, Jules Ferry a déposé un autre projet de loi qui, lui, est ratifié, et débouche en 1880 sur deux décrets (qui seront pendant trente ans appelés « les décrets »). Le premier ordonne la dissolution des Jésuites (ordre dont les prédécesseurs, au XVIIème siècle notamment, ont promu des artistes comme Rubens et permis à l’Europe, mais aussi à l’Amérique du Sud et à l’Asie, de se couvrir de splendeurs baroques…). Le second conditionne l’existence des congrégations à la présentation d’une demande d’autorisation (certaines de ces congrégations sont présentes en France depuis des siècles…).
A l’échéance du premier décret, le 29 juin 1880, le préfet et des policiers se rendent à la maison-mère de la Compagnie de Jésus, à Paris. Ils lisent l’arrêté préfectoral ordonnant la fermeture de l’établissement. Le supérieur déclare : « Nous ne céderons qu’à la violence. » Le lendemain, à 4 heures du matin — en toute courtoisie, donc — ils se présentent de nouveau ; un arrêté d’expulsion est lu aux Jésuites, qui annoncent qu’ils résisteront. Un serrurier force le portail puis, une par une, les cellules des Jésuites sont crochetées ; on leur ordonne de décliner leur identité. « J’ai 78 ans. Je suis asthmatique et impotent. Il m’est impossible de marcher. C’est dans les établissements de Cayenne que j’ai contracté, au service de la France, toutes ces douleurs. » ; « Je suis l’abbé de Guilhermy, citoyen français, électeur et prêtre. ». Ils sont emmenés par les policiers. Dans ses mémoires, le préfet relatera sa gêne devant la disproportion entre la force publique déployée et la douceur des Jésuites : « Il fallait pousser des prêtres sans défense. Leur attitude de prière, leurs physionomies méditatives et résignées, et jusqu’à la bénédiction donnée en sortant aux fidèles agenouillés, contrastaient péniblement avec l’emploi de la force publique. »
L’application du second décret ouvre la longue liste des actes de bravoure qui scanderont ces 25 ans d’oppression. Des magistrats sont en effet requis pour mettre à exécution les décisions de dissolution des congrégations. Mis en demeure par le ministère de la Justice, 400 d’entre eux remettent leur démission, choisissant de briser leur carrière plutôt que de se déshonorer en appliquant des mesures qui violent leur conscience. Ces sacrifices, témoignages d’une époque où l’honneur et la dignité signifiaient encore quelque chose, resteront longtemps dans les mémoires.
Cela n’empêche pas la machine infernale de poursuivre son œuvre, bien sûr : entre le 16 octobre et le 9 novembre 1880, soit en moins d’un mois, le gouvernement fait fermer 261 couvents et expulser 6 000 religieux. Lors de certaines expulsions, les portes des couvents sont défoncées à la hache ; dans la plupart des cas, des centaines de soldats sont réquisitionnés pour attaquer des établissements dont les effectifs s’élèvent tout au plus à quelques dizaines de moines ; à Bellefontaine, 500 soldats et six brigades de gendarmerie chassent 70 moines trappistes ; en Avignon, 2 000 hommes de troupe sont mobilisés pour chasser 37 moines… La démesure entre la virulence du gouvernement, la brutalité des moyens qu’il emploie, et le caractère symbolique de la résistance qui lui est opposée, scandalise alors de nombreux Français. Mais qu’est-ce que cela change ? Une grande partie des 6 000 religieux à qui l’on vient de retirer ce qui donnait sens à leur vie, prend le chemin de l’exil… Et ce n’est qu’un début…
L’échec de Jules Ferry, en 1880, à retirer aux religieux le droit d’enseigner, est effacé 6 ans plus tard par la loi Goblet, tout au moins en partie. Celle-ci interdit en effet aux religieux d’enseigner dans les écoles primaires publiques. Elle institue donc une discrimination entre citoyens, une citoyenneté à deux vitesses qui exclut 3 400 Frères et 15 000 religieuses du régime commun : ils seront chassés et remplacés par du personnel « laïc », de bons petits dévots de la religion des droits de l’homme qui, depuis, sont devenus la norme… Ferry, d’ailleurs, ne cherche même pas à camoufler le dessein d’endoctrinement qui sous-tend cette loi de « laïcisation » de l’enseignement : « Nous avons promis la neutralité religieuse, nous n’avons pas promis la neutralité philosophique, pas plus que la neutralité politique. » De cette époque date le matraquage aux valeurs républicaines, la propagande selon laquelle avant l’avènement de la République divine, la France était une terre de désolation, un pays cauchemardesque, l’antre du malheur, de l’obscurantisme et de la bêtise.
Dans le même temps, comme dans tout mouvement mû par la haine du catholicisme, les pulsions iconoclastes se déchaînent. Les crucifix sont retirés des classes. Des municipalités anticléricales font démonter des statues, des croix et des calvaires installés sur la voie publique. Le maire de Grenoble fait remplacer dans les écoles communales les crucifix par des bustes de Marianne, cette parodie de Marie… Deux religions qui s’affrontent… C’est également pendant cette période de fureur anticatholique qu’en 1885, l’église Sainte-Geneviève, érigée par Louis XV en reconnaissance d’une guérison miraculeuse, est par décret ôtée au culte et devient le Panthéon, mausolée des grands hommes de la République. Louis XV, ce petit homme, peut aller se faire voir…
Tous ces efforts, pourtant, ne suffisent pas à briser le catholicisme : en 1900, on compte encore 30 000 hommes et 150 000 femmes qui appartiennent aux congrégations catholiques, et assurent l’instruction de deux millions d’enfants, donnent l’asile à plus de 100 000 vieillards, et viennent en aide à 250 000 déshérités.
Le gouvernement va donc passer à la vitesse supérieure. Tout le monde a déjà lu ou entendu la locution « association loi 1901 ». Tout le monde a même une vague idée de ce que ce vocable recouvre : une association fondée très facilement, grâce à quelques règles et procédures extrêmement simples. Ce que beaucoup ignorent, en revanche, c’est que la « loi 1901 » est née en pleine tempête anticléricale. Et qu’elle a été conçue comme une arme pour détruire les congrégations catholiques. Ce que beaucoup ignorent, c’est que la loi sur les associations de 1901 est avant tout une loi de combat.
Toutes les congrégations, en effet, n’ont pas été dissoutes par « les décrets » de Jules Ferry de 1880 ; certaines d’entre-elles se sont même discrètement reconstituées. La loi de 1901 va permettre de remédier à cela.
Quel est son principe ? Cette loi a vocation à donner une base légale au droit d’association, et à préciser ses modalités pratiques. Aux termes de cette loi, la liberté d’association est totale pour les citoyens « ordinaires » : une simple déclaration en préfecture, dont les formalités sont élémentaires, suffit à fonder une association. Pour les congrégations religieuses, en revanche, la loi multiplie les entraves : l’existence de ces « associations » nécessite une autorisation non pas administrative, mais législative ; autrement dit, elle dépend d’un vote au Parlement ; ce qui, quand on connaît l’orientation majoritaire de ce dernier, laisse peu de place au suspense… Plus fort encore, l’ouverture d’un nouvel établissement nécessite un décret du Conseil d’Etat ! Et pourquoi pas une gâterie au président de la République ? Drôle de contraste, en tout cas, avec la façon dont aujourd’hui, nos maires si attachés à la laïcité vont ramper devant la communauté musulmane de leur commune pour lui proposer des conditions avantageuses pour l’érection d’une mosquée, en échange des quelques voix qui leur permettront de reconduire leurs mandats de traîtres à la nation…
La loi de 1901 sur les associations est donc une nouvelle loi discriminatoire (ce qui explique sans doute pourquoi nos socialistes traquent aujourd’hui avec autant d’ardeur les discriminations : ils ont beaucoup à se faire pardonner). Une loi libertaire pour les uns, liberticide pour les autres. Une nouvelle loi d’exception, qui confirme le principe d’une citoyenneté à géométrie variable. En « vertu » de la loi de 1901, certains citoyens n’ont plus les mêmes droits d’association que les autres. Et les conséquences vont être terribles. Des dizaines de milliers de tragédies humaines vont découler de cette loi, que nous évoquons aujourd’hui avec légèreté, sans soupçonner ni ses sombres ressorts, ni ses funestes effets…
La loi paraît au Journal officiel en juillet 1901. Toutes les congrégations sont tenues de déposer une demande d’autorisation dans un délai de trois mois, en sachant pertinemment quelle réponse y sera faite…. Toutes s’interrogent sur l’attitude à adopter. Toutes, surtout, se demandent ce qu’il adviendra des écoles, des hôpitaux, des foyers d’assistance sociale dont elles ont la charge. Qui, en effet, remplacera ces milliers de religieux et de religieuses ? Ces questions ne semblent pas tourmenter le gouvernement, lui d’ordinaire si soucieux d’action sociale envers les déshérités…
En octobre 1901, à l’échéance des trois mois, 300 congrégations ont opté pour l’exil ou la sécularisation ; 455 d’entre elles ont déposé une demande d’autorisation, sans nourrir de grandes illusions sur l’issue de celles-ci. Les choses se passeront cependant encore plus mal qu’escompté.
En effet, en 1902, le président de la République Emile Loubet a fait appel à Emile Combes pour succéder à Waldeck-Rousseau comme chef du gouvernement. Anticlérical fanatique (pléonasme), Combes consacrera tout son temps, son énergie et son pouvoir à détruire le catholicisme. En Conseil des ministres, on le voit esquiver des dossiers majeurs, expédier des affaires de la plus haute importance pour se concentrer sur sa marotte : la lutte contre l’Eglise et les congrégations. Quand le républicain modéré Alexandre Ribot, remarquant avec inquiétude cette obsession qui confine à la monomanie, lui objecte qu’« on ne peut pas enfermer la politique d’un grand pays dans la lutte contre les congrégations », Combes a cette réponse glaçante : « Je n’ai pris le pouvoir que pour cela. ». Et en effet, avec Combes, le laïcisme atteint son apogée.
Le 27 juin 1902, trois semaines seulement après son accession au pouvoir, Combes invoque la loi de 1901 sur les associations — dont il fait une interprétation très rigoriste — pour faire fermer 135 écoles de filles. A l’Assemblée, certains députés catholiques dénoncent une « persécution religieuse » ; Combes leur répond en se vantant de « faire triompher en matière religieuse l’esprit de le Révolution », et finit par cet avertissement solennel : « C’est le premier acte, et cet acte sera prochainement suivi d’autres actes ». En effet. Au cours de l’été 1902, des milliers d’établissements scolaires tenus par des religieuses sont forcés de fermer définitivement. Non sans que la population exprime sa vive réprobation. Le 27 juillet 1902, une foule gigantesque envahit la place de la Concorde pour défendre la liberté de l’enseignement (toute ressemblance avec des évènements plus récents, notamment le déferlement d’1,5 million de manifestants le 24 juin 1984 à Paris, n’est pas fortuite). En Bretagne, la résistance vire quasiment à l’insurrection : dans les bourgs, les volets sont fermés, les charrettes renversées au travers des routes ; les paysans patrouillent armés de faux et de fourches (on est loin des résistants émasculés de 2015 qui se battent à coups de slogans, d’apéros en terrasse et de hashtags « #JeSuisCharlie » ou « #PrayForParis »)… Devant une telle détermination, l’armée est réquisitionnée ; des affrontements ont lieu, qui font des centaines de blessés. Un Etat contre son peuple… Quinze ans avant le communisme… A Crozon, deux compagnies d’infanterie sont nécessaires pour expulser cinq religieuses et leur supérieure, impotente et âgée de 80 ans ; à Saint-Méen, 475 fantassins sont réquisitionnés pour expulser quatre sœurs ; l’intervention laisse 22 blessés…
Rien de tout cela n’empêche la loi, inexorable, de produire ses effets délétères : fin août 1902, soit trois mois après l’arrivée d’Emile Combes aux affaires, 3 000 établissements catholiques ont dû fermer leurs portes. Ils assuraient l’éducation de 30 000 élèves…
Revenons maintenant aux congrégations qui, pour se conformer à la loi sur les associations de 1901, ont déposé une demande d’autorisation auprès du gouvernement, pour examen au Parlement. En août 1902, elles sont au nombre de 615. Elles vont faire les frais de la férocité du Petit Père Combes. Celui-ci fait en effet pression sur le Conseil d’Etat pour modifier la loi, afin qu’un avis négatif du gouvernement n’ait quasiment aucune chance d’être renversé par le Parlement. Séparation des pouvoirs…
La quasi-totalité des demandes d’autorisation est ainsi rejetée ; en quatre mois, de mars à juin 1903, 430 congrégations sont dissoutes. Des dizaines de milliers de religieux et de religieuses, qui ont consacré leur vie au service des enfants, des pauvres, des malades, sont chassés de leurs couvents et de leurs écoles. L’œuvre de toute leur vie est brisée. Ils se retrouvent sans activité, sans logement, sans ressource. Quel crime ont-ils commis pour mériter cela ? Celui d’être catholiques. D’avoir choisi de vivre pour servir leur prochain. Pour certains, l’incompréhension devant une telle absurdité, et une telle cruauté, engendrera des traumatismes profonds et durables. Pour d’autres, les conséquences seront plus dramatiques encore. Quand le directeur d’une annexe des chartreux, s’occupant d’enfants sourds-muets — quelle activité criminelle, en effet —, apprend que l’œuvre à laquelle il a consacré sa vie doit fermer, il perd connaissance et s’écroule. Il ne se relèvera pas. « Les cons vous l’ont tué », constatera le médecin appelé pour l’examiner.
Mais ces tragédies ne semblent pas émouvoir les humanistes, les tolérants, les champions des droits de l’homme qui, au gouvernement, organisent froidement ce carnage. Au contraire. Les congrégations qui refusent de quitter la maison qui a donné sens à leur vie sont expulsés par la force, et leurs supérieurs traduits en justice. A chaque expulsion, une foule nombreuse vient manifester son soutien aux religieux, et s’oppose violemment à la force publique. Charges de cavalerie et d’infanterie contre la foule, arrestations, poursuites, blessés par dizaines : voilà le scénario banal et récurrent de ce printemps 1903.
Devant le fanatisme du gouvernement, de nombreuses congrégations, qui avaient d’abord cru avoir une chance d’être épargnées, choisissent l’exil. Elles rejoignent celles qui, ayant compris dès 1901 qu’il n’y avait aucune pitié à attendre de ce gouvernement, avaient fui sans attendre. Ces ordres religieux émigrent en Angleterre, en Belgique, en Espagne, en Italie, en Suisse, aux Etats-Unis ou au Québec.
En 1903, le Pape Pie X adresse au président de la République une lettre qui résume bien la situation (et restera sans réponse !) : « Durant ces derniers mois, Nous avons dû assister avec une profonde douleur aux évènements qui se déroulèrent en France, le pays classique de la liberté et de la générosité. Des milliers de religieux et de religieuses ont été chassés de leurs pacifiques demeures et réduits souvent à la plus dure misère ; et puisque leur propre patrie leur enlevait le droit, que les lois garantissent à tous les citoyens, de se choisir le genre de vie à leur convenance, ils se sont vus contraints à chercher un asile en des terres étrangères. […] Nous laissons à tout homme éclairé et impartial de juger si d’enlever un droit commun, sanctionné par les lois, à toute une classe de citoyens soumis à toutes les charges — uniquement parce qu’ils sont religieux —, ce n’est pas en même temps une offense à la religion, une injustice au détriment de ces citoyens et une violation de ces principes de liberté et d’égalité qui sont à la base des constitutions modernes. »
Certains, cependant, estiment que Combes est trop modéré. Contre le poison catholique, ils préconisent et mettent en œuvre une action plus énergique. Des socialistes, des « libre-penseurs » (dont nous avons encore droit en 2015 aux manifestations de leur sottise, à propos des interdictions de crèches de Noël notamment) interrompent des messes, perturbent des sermons, attaquent des processions, défoncent à coups de bélier les portes des églises où prient les fidèles. Cela, en toute impunité. Avec la complaisance du gouvernement. Quand les catholiques se défendent, en revanche, l’armée ou la gendarmerie sont déployées, et sévissent avec une extrême rigueur (si dans les phrases qui précèdent vous réussissez à remplacer certains mots par « Manuel Valls », « antifas »et la « Manif pour tous », ce n’est pas fortuit). Ne trouvant pas d’obstacle, la violence anticléricale est entraînée dans une spirale de surenchère. En octobre 1903, l’attaque d’une procession par des socialistes fait 450 blessés et 6 morts.
C’est ce moment d’apaisement que choisit le gouvernement pour présenter un nouveau projet de loi. Certaines congrégations, en effet, ont été épargnées par la loi de 1901 ; par ailleurs, la loi Goblet de 1906 interdit certes aux religieux d’enseigner, mais uniquement dans les établissements primaires. Or « l’Etat doit protéger l’enfant , au besoin contre ses propres parents, des perversions de l’enseignement religieux. », comme le proclame en toute modération l’exposé des motifs du nouveau projet de loi, qui prévoit l’interdiction, pour les religieux, de toute forme d’enseignement, primaire, secondaire ou supérieur. Autrement dit, le coup de grâce.
Lors des débats parlementaires qui s’ensuivent, le grand humaniste Jaurès prononce cette phrase déjà évoquée plus haut : « Nous combattons l’Eglise et le christianisme parce qu’ils sont la négation du droit humain et renferment un principe d’asservissement intellectuel qui doit être banni de toute œuvre d’éducation. » Attaque en miroir, imputation à l’adversaire de ses propres turpitudes : méthode classique des esprits totalitaires. Car s’il y a bien un asservissement intellectuel à déplorer, c’est celui des enfants d’aujourd’hui, ces perroquets crétinisés par des méthodes d’apprentissage toxiques, formatés par un pilonnage incessant d’idéologie, de propagande, de mensonges, et vidés de tout sens critique par le ministère de la Rééducation nationale.
Quoi qu’il en soit, l’Assemblée vote cette loi scélérate. Le 8 juillet 1904, le Journal officiel proclame : « L’enseignement de tout ordre et de toute nature est interdit en France aux congrégations. » Dans les six jours qui suivent, 2 200 écoles sont fermées…
En septembre 1904, Combes présente le glorieux bilan de son mandat : par l’action conjointe de la loi sur les associations de 1901 et de cette nouvelle loi de 1904, ce sont pas moins de 14 000 établissements d’enseignement tenus par des congrégations qui ont fermé. Soit plus des quatre cinquièmes. Entre 30 000 et 60 000 religieux, citoyens français exclus du droit commun, ont été contraints à l’exil. Autant de drames humains et spirituels…
Mais le harcèlement ne s’arrête pas là. Car la haine du catholicisme est inextinguible.
L’hystérie anticatholique va ainsi se répandre jusque dans l’armée. Les livres d’histoire sont peu diserts sur le sujet, et pour cause : l’hécatombe du début de la Première guerre mondiale (130 000 morts entre le 20 et le… 22 août 1914) est en partie la conséquence de ce fanatisme anticatholique. Un peu gênant, quoi… ça la fout mal, comme on dit…
Expliquons-nous. Dès 1894, le Grand Orient de France (dont sont issues les principales figures des gouvernements anticléricaux depuis 1880 : Jules Ferry, Léon Gambetta, Jules Grévy, Jean Macé, Paul Bert) a fondé un secrétariat dédié à la collecte d’informations sur les militaires candidats à l’initiation. En 1901, le ministre de la Guerre, ardent républicain, envisage de « républicaniser l’armée » : dans le plus grand secret, il va recourir à ce système de fichage pour décider de l’avancement des officiers. On va le voir, les critères de sélection sont originaux, surtout pour promouvoir des hommes dont les décisions engagent la vie de milliers de soldats… « Va à la messe », « A assisté à la messe de première communion de sa fille », « Reçoit La Croix chez lui », « Avale son hostie tous les dimanches », « Rallié à la République, n’en porte pas moins un nom à particule », « Clérical fanatique, a débuté dès son arrivée à Bruyères en allant communier solennellement en famille », « Sa femme fait le catéchisme [mots soulignés trois fois] », « Sa femme s’occupe beaucoup d’œuvres pieuses » : voilà le type d’annotations qu’on peut lire sur ces fiches. Ou à l’inverse : « Bon républicain, ne met jamais les pieds dans une église », « Officier remarquable, d’opinion franchement républicaine. A demandé une place d’instructeur à Saint-Cyr. A toutes les aptitudes à cet emploi ». A la fin de chaque fiche, une recommandation : à promouvoir, à barrer…
Répétons-le, ce système de fichage est piloté par le ministre de la Guerre, avec la bénédiction du chef du gouvernement, Emile Combes. 20 000 officiers (sur 27 000) seront fichés selon cette méthode.
La révélation de ces nobles pratiques intervient fin octobre 1904. Le député Jean Guyot de Villeneuve, une liasse de fiches à la main (que le secrétaire adjoint du Grand Orient, pris de remords, lui a livrées), en révèle la teneur. Les députés de l’opposition dénoncent un « code de la délation » ; d’autres ironisent sur la « théorie de la délation honorable » ; Ribot se scandalise : « Il s’agit de savoir si un officier a assisté à la première communion de son enfant. Voilà où nous en sommes ! Vous avez la prétention, pour faire une armée républicaine, d’en exclure tous ceux qui ne partagent pas vos idées, vos passions, vos étroitesses d’esprit. Vous n’oubliez qu’une chose, c’est que l’armée de la République est aussi l’armée de la France, et qu’elle doit comprendre tous les Français ».
Ce « scandale des fiches » ne prend cependant pas fin après sa divulgation : les procédures de surveillance des opinions politiques et religieuses dans l’armée ne sont supprimées qu’en 1912. Ce qui n’est pas sans lien avec le fait que dans les premiers mois de la Grande Guerre, Joffre doive en urgence limoger pour incompétence près d’un général sur deux (180 sur 425)… Entre temps, des milliers de militaires, massacrés sur les champs de bataille en pure perte, auront fait les frais de cette « républicanisation » de l’armée… Mais quand l’idéologie est aux commandes, les bains de sang ne sont jamais loin… D’autres officiers, en revanche, évincés à l’époque pour leurs opinions, sont rappelés et connaissent un avancement rapide, fondé sur leur valeur militaire…
Cette affaire des fiches a cependant un effet positif : elle pousse Emile Combes à la démission, non sans qu’il se soit jusqu’au bout accroché au pouvoir, et ait même redoublé de hargne anticatholique : dans les semaines qui suivent les révélations de Guyot, loin de faire profil bas, il adresse une circulaire aux préfets les enjoignant d’étendre ces pratiques à tous les candidats à la fonction publique ! La délation dans l’armée ne lui suffisait pas, il exige désormais la délation dans l’administration. Finalement récusé par la Chambre, il démissionne en janvier 1905.
Aristide Briand parachèvera son œuvre, en faisant triompher la séparation de l’Eglise et de l’Etat. Aristide Briand, cofondateur avec Jean Jaurès du Parti socialiste, en 1901, qu’un de ses collègues évoque en ces termes : « Il n’a jamais touché un papier, étudié un dossier, écrit un télégramme. » On comprend mieux pourquoi ce cher Aristide est devenu une référence pour la classe politique… Qu’on essaie en effet d’imaginer la vie intellectuelle de Manuel Valls, François Hollande, Marisol Touraine, Benoît Hamon, Christian Estrosi, Nicolas Sarkozy… Qu’on essaie de se les représenter travaillant un dossier… S’asseyant plusieurs heures d’affilée, et étudiant…
Mais revenons à la Séparation. Cela fait des années que le parti républicain en général, et Gambetta en particulier, dénoncent le Concordat que Bonaparte a conclu avec l’Eglise en 1802. En 1903, un avant-projet de loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat, autrement dit d’abolition du Concordat, est communiqué à la presse. Aristide Briand en est le rapporteur.
« Détacher de l’Eglise la nation, les familles et les individus, la démocratie, poussée par un merveilleux instinct de ses besoins et de ses devoirs prochains, s’y prépare » frétille tout guilleret Ferdinand Buisson, député socialiste, cofondateur de la Ligue des droits de l’homme, président de l’Association nationale des libres-penseurs de France.
Les discussions autour du projet de loi sont vives. Fiévreuses. Enflammées. Jusqu’au vote de la loi, le 6 décembre 1905, à aucun moment les représentants de l’Eglise n’ont été sollicités : la séparation de l’Eglise et de l’Etat, rupture décisive dans l’histoire de la France, a été une décision unilatérale ; non pas négociée, mais imposée.
Que dispose cette loi ?
Premièrement, elle supprime le budget des cultes. Depuis la Révolution, les édifices cultuels (cathédrales, églises, chapelles) et les bâtiments utilisés par l’Eglise étaient la propriété de l’Etat, des départements et des communes ; en échange, l’Etat s’engageait à pourvoir aux frais du culte. Avec cette loi, le personnel ecclésiastique se retrouve sans traitement.
Deuxièmement, la loi prévoit l’attribution des biens de l’Eglise à des associations cultuelles, qui doivent être constituées dans un délai d’un an. L’idée est de fragmenter la communauté catholique en organismes autonomes, qui se soustrairaient à la hiérarchie ecclésiastique et en définitive ruineraient l’unité de l’Eglise. Sans compter, bien sûr, le rabaissement sémantique des paroisses induit par le vocable « associations »…
L’article 3 de la loi de Séparation prévoit d’établir un inventaire des biens de l’Eglise. Sont à recenser les églises et leur mobilier, ainsi que tous les autres bâtiments du clergé. En janvier 1906, une circulaire ordonne explicitement l’ouverture des tabernacles, endroit sacré où sont conservées les hosties qui, selon la doctrine catholique, contiennent la présence du Christ. Autrement dit, cette circulaire ordonne une profanation. Les esprits s’échauffent. La tension monte. A Paris, les premiers inventaires donnent lieu à de nombreux incidents entre les fonctionnaires et les fidèles. L’inventaire de l’église Sainte-Clotilde, en février 1906, est particulièrement animé. Le préfet Lépine a fait boucler tout le quartier. A leur arrivée, les responsables de l’inventaire trouvent l’église en état de siège, portes cadenassées. 2000 manifestants sont retranchés dans l’église, d’autres font barrage à l’extérieur. Les fonctionnaires essuient jets de pierres et coups de poings. Ils parviennent cependant aux portes latérales, que les sapeurs-pompiers brisent à la hache. En pénétrant dans l’église, les forces de l’ordre se retrouvent face à des montagnes de chaises, et à des fidèles qui ont détruit le mobilier pour s’en faire des armes. Un âpre combat s’engage, qui dure une demi-heure. « Pompiers, agents et gardes municipaux sont allés franchement à la besogne, et ont cogné sur, sans s’occuper ni du sexe, ni de l’âge, ni de la qualité des manifestants. » témoignera un informateur de la Sûreté générale.
A l’église Saint-Pierre-du-Gros-Caillou, les manifestants retranchés ont érigé des barricades de chaises. Ils sont attaqués à la lance à incendie, avec un zèle remarquable : l’affrontement final, d’une extrême violence, se déroulera dans dix centimètres d’eau… Qu’on imagine un instant cette scène transposée aujourd’hui à une mosquée… Dans les heures qui suivraient, la France serait à feu et à sang…
Mais c’est en province qu’ont lieu les affrontements les plus brutaux — et les plus dramatiques. Excédés par 25 ans de persécutions, les catholiques laissent enfin exploser leur colère. Dans le Tarn, les soldats sont obligés d’attaquer les églises sous la protection d’un canon. Dans une commune de l’Ariège, on a placé des ours devant le sanctuaire… En Vendée, des nuées d’abeilles ont été lâchées dans l’édifice, qui accueillent comme il se doit les gendarmes et les militaires en charge de la profanation. Dans les Deux-Sèvres, des troncs d’arbre cimentés ont été posées en travers de la route qui mène à l’église. Dans le Morbihan, le maire s’interpose juste avant que les gendarmes ne tirent… En Haute-Loire, quatre manifestants sont blessés par des tirs de gendarmes. Lors d’un autre inventaire, toujours en Haute-Loire, les gendarmes ouvrent le feu sur André Régis, un paysan récalcitrant : il mettra trois semaines à mourir de ses blessures. Trois jours plus tard, dans le Nord, une bagarre éclate entre les gendarmes et les fidèles, dont aucun n’est armé. Coups de poing, coups de pied, coups de chaises. Soudain, plusieurs détonations retentissent. Un homme s’écroule, mort. Gery Ghyseel, boucher de 35 ans, laisse une veuve et trois orphelins…
Pour Aristide Briand et ses clones, c’est un triomphe. Après les « décrets » de 1880, après la loi sur l’enseignement de 1886, après la loi sur les associations de 1901, après la deuxième loi sur l’enseignement de 1904, la loi de 1905 vient couronner 25 ans d’une guerre sans merci au catholicisme. C’est fini. Une page se tourne. « La loi veut faire de notre pays une exception unique et monstrueuse, inconnue de l’histoire, inconnue de la géographie : un pays sans Dieu » dénonce l’hebdomadaire La Croix. Dans le camp adverse, on ne dit pas autre chose, même si c’est pour s’en réjouir ; un député socialiste déclare ainsi, avant de voter la loi de 1905 : « Mon vote sera une déclaration d’athéisme, et la manifestation du désir de voir disparaître de nos lois et de nos coutumes l’idée de Dieu. » Tout est résumé dans ces deux phrase. 1905 : un nouveau siècle s’ouvre, fondé sur une nouvelle conception de l’homme. « L’humanité sans Dieu » qu’attendait Jules Ferry va enfin s’élancer. L’homme nouveau est arrivé. Il s’ébroue. Il entre en piste. Il est prêt pour le Bonheur. Enfin débarrassé du catholicisme, il s’engage sur les chemins enchantés de l’émancipation et de la Liberté. Aucun doute, l’avenir radieux lui tend les bras. Fini l’obscurantisme à front de taureau, son siècle sera celui de l’intelligence, de la douceur et de la paix ! Le siècle le plus grandiose que l’humanité ait jamais vécu ! En effet, comme l’a dit avec clairvoyance le grand Paul Bert, « avant 1789, il n’y avait ni grandeur, ni prospérité, ni civilisation, ni justice. »

Effectivement. Avant 1789, il n’y avait que des fronts bas. Des esprits arriérés. Des fanatiques obtus. Avant 1789 il y avait Michel-Ange, Raphaël, Mozart, Beethoven, Rubens, Léonard de Vinci, Le Corrège, Titien, Tintoret, Botticelli, Le Bernin, Saint Thomas d’Aquin, Sainte Thérèse d’Avila, Laurent de Médicis, Richelieu, Molière, Corneille, Racine, Rabelais, Christophe Colomb, Newton, Galilée, Erasme, Machiavel, Montaigne, Pascal, le Saint-Empire romain germanique, l’humanisme de la Renaissance, la construction de Rome, Florence, Venise, Vienne, Prague. Bref, le désert. La stérilité la plus déprimante. L’obscurantisme dans sa forme la plus rabougrie et la plus barbare. Une non-civilisation, pour paraphraser Paul Bert.
Mais maintenant que l’esprit de 1789 a pleinement triomphé, que l’Amour de l’Humanité, le vrai, l’authentique, s’est enfin libéré des chaînes de l’infâme catholicisme, tout va beaucoup mieux. Nous ne remercierons jamais assez Paul Bert et ses prédécesseurs de nous avoir délivrés de l’épouvantable emprise du catholicisme, de ses quinze siècles de bêtise, d’aridité, de stagnation conservatrice, comme en témoignent ces créations sordides et mal foutues, les cathédrales, les basiliques, les églises baroques, la musique sacrée, l’avalanche de tableaux, le torrent de sculptures, les millions de pages d’écrits philosophiques et théologiques. Après ces siècles d’oppression de l’Homme, de guerre inlassable à sa grandeur, de productions hideuses et insipides, voici enfin les vrais humanistes à l’œuvre. En conséquence de quoi nous nageons dans le bonheur : nous avons nos magnifiques tours en béton, nos radieuses cités HLM, nos splendides éoliennes (qui valent bien les clochers), nos éco-quartiers durables (qui s’écroulent une semaine après livraison), nos surpuissants artistes contemporains (et leur œuvres intemporelles), nos trajets en trottinette, nos jobs légers comme l’air, nos pimpants centres commerciaux, nos épanouissants réseaux sociaux, nos idolePhone qui rendent heureux et intelligent (il suffit de voir nos têtes quand nous les utilisons), nos séries télé qui rendent encore plus heureux et encore plus intelligent. Nous avons BHL, qui vaut Saint Augustin. Nous avons Marc Lévy, notre Saint Thomas d’Aquin. Et puis Christine Angot, qui surclasse aisément Sainte Thérèse d’Avila. Et le grand P. Diddy, à côté duquel Mozart est un nain.
Ah ! Que d’émotions ! Oui, que d’émotions quand nous pensons à l’émerveillement des touristes qui, dans huit siècles, viendront admirer les tours de La Défense, les HLM de la Courneuve (et leur belle histoire non-obscurantiste, pleine d’émancipation), les caves de Sevran, la cité des Tarterêts, le centre commercial Créteil-Soleil, et tous les prestigieux témoignages de notre immense civilisation ! Exactement comme les touristes d’aujourd’hui sont éblouis par les cathédrales érigées il y a huit-cents ans ! Mais oui, c’est exactement la même chose ! Tout se vaut, ne l’oubliez pas ! Répétez-le cent fois, au besoin !
Oui, quelle fierté nous emplit, par anticipation, quand nous imaginons les foules qui dans deux siècles se bousculeront à l’opéra pour entendre interpréter Lady Gaga et Rhianna, ces génies de notre temps ! Et les lectures de Yann Moix, alors ! Et de Bernard-Henri Lévy ! Qui feront salle comble ! Prolongations ! Les foules en délire, époustouflées par la qualité littéraire, l’agilité d’esprit, la hauteur de vue de ces grands créateurs ! Et que dire des films qui seront tournés — par les plus grands réalisateurs — sur la vie héroïque de Marisol Touraine, de Valérie Pécresse et de Nicolas Sarkozy, ces grands serviteurs de la France, ces défenseurs acharnés de la civilisation occidentale ! Car il ne fait aucun doute que dans six siècles on parlera encore de ces géants, comme aujourd’hui de Jeanne d’Arc et de Saint Louis ! Mais oui, toutes les époques se valent ! Nous manquons simplement de recul pour réaliser à quel point la nôtre est grandiose ! Et les statues de Cambadélis, alors ! Et de Harlem Désir ! Et de Yannick Noah ! Dans toutes les villes de France ! Sur les places et dans les mairies ! Et je ne parle pas des rues François Fion et Benoît Disparu ! Mais oui, ils les méritent !
Ah oui, décidément, comme notre époque débarrassée de Dieu est féconde en grands hommes !
Nous pouvons donc mourir tranquilles : la postérité sera fière de nous. Admirative de nos somptueuses réalisations. Et plus encore de nos mœurs. Ah, nos mœurs ! Nos modes de vie ! Nos us et coutumes ! D’un raffinement suprême, nos us et coutumes ! Nous envoyons des poke ! Nous twittons sans entrave ! Nous gazouillons comme des bébés ! Les bébés, notre référence suprême ! Et nous nous selfistons ! En toute humilité ! Nous laissons des commentaires ! Nous donnons notre avis, notre passionnant, notre indispensable et incontournable avis à la suite des articles de presse ! Et nous sommes si polis ! Si débordants de civilité ! Si respectueux d’autrui ! La preuve nous lui livrons tous les détails de notre vie dans le métro ou le TGV ! Nous gueulons dans nos smartphones aussi fort que possible, que personne n’ignore le contenu de notre palpitante existence ! Ah oui, décidément, quel raffinement ! Quelle élégance ! Quel sens exquis du vivre-ensemble !
Merci, merci, merci aux Paul Bert passés, présents et à venir ! A tous ces vrais amis de l’humanité ! Ces bienveillants ! Ces philanthropes ! Débordants d’amour et d’estime pour l’humain ! Qui ne cherchent qu’à nous élever ! A nous faire grandir ! A nous épanouir ! Merci ! Grâce à eux, à leurs belles idées, à leur magnifique conception de l’homme sans Dieu, nous avons atteint les plus hauts sommets de l’intelligence et de la beauté. Et du Bonheur.
L’Eglise nous aliénait ; ces humanistes nous ont délivrés. Emancipés. Nous sommes libres ! Drogués à Facebook, à la cocaïne, au cannabis, au narcissisme, à l’exhibitionnisme, aux écrans, aux smartphones, aux tablettes, à Internet, au Petit journal, au prêt-à-penser, aux slogans, aux hashtags, aux valeurs républicaines. Conditionnés comme jamais, saturés de préjugés, d’idées reçues, de stéréotypes, de pensées courtes, de dogmes, de croyances superstitieuses (le sens de l’Histoire, Mère Nature qui souffre par nos péchés, le Temps qui passe apporte nécessairement le Progrès, c’était moins bien avant, l’euro nous protège) et d’impératifs moraux (boire c’est mal, fumer tue, manger du bœuf c’est égoïste et odieux, il faut être antiraciste, écolo, tolérant, féministe, à fond pour la parité, exalter la diversité, ne pas douter une seule seconde que nous sommes tous égaux, professer sans hésiter que toutes les cultures se valent, ne plus rien critiquer pour ne blesser personne, ne jamais engueuler un homo car c’est être homophobe, ne jamais s’en prendre à un Noir car c’est être raciste, ne jamais contredire une femme car c’est être macho, ne jamais se prendre le chou avec un handicapé car c’est être handiphobe). Nous nous croyons libres et autonomes, depuis que nous avons détruit l’Eglise ? Rarement, en vérité, l’humanité a été aussi dogmatique. Aussi sectaire. Aussi religieuse. L’étroitesse d’esprit, la haine du sens critique, l’intolérance à l’égard de ceux qui refusent de réciter le catéchisme progressiste — traités en véritables hérétiques — trouvent peu d’équivalents dans l’Histoire. C’est aujourd’hui, en vérité, et plus que jamais, que l’obscurantisme vit son heure de gloire, drapé dans le « Progrès » technique que tout le monde considère comme la preuve de notre supériorité sur les autres époques. « Les imbéciles trouvent ce monde raisonnable parce qu’il est savant », disait déjà Bernanos en 1947, pressentant l’avènement du « paradis de confort pour animaux perfectionnés » dans lequel nous barbotons aujourd’hui…
On juge l’arbre à ses fruits. Les fruits de notre temps sont technologiques. Scientifiques. Exclusivement. Hypertrophie de la science, atrophie de tout le reste. Atrophie de l’art, atrophie de la spiritualité, atrophie de l’amour de l’homme. Atrophie de la beauté. Mais peu nous importe : nous avons nos iPhone, nos voitures électriques et nos réseaux 4G, et cela nous suffit. Nous en sommes même très fiers. En bons scientistes, nous sommes incapables de voir qu’en parallèle de nos progrès techniques se déroule une terrifiante régression anthropologique, qui nous amène à des stades inédits de barbarie. Même si, à la faveur des évènements récents, et malgré l’épaisseur d’arrogance et de sottise qui entoure nos maigres ressources de lucidité, nous finissons quand même par sentir que quelque chose ne tourne pas rond… qu’il y a peut-être quelques grains de sable dans la vaseline… Mais bon, de là à comprendre ce qui s’est passé… à parvenir au bon diagnostic… C’est une véritable révolution mentale, psychologique et spirituelle qui serait nécessaire…

S’il est vrai que, comme je le disais, on juge l’arbre à ses fruits, alors le catholicisme est le plus bel arbre qu’ait jamais fait fructifier l’humanité. C’est l’arbre aux mille splendeurs, abondantes, inépuisables, inégalables. Inégalées. Les esprits « rationnels », « cartésiens », « logiques » qui nous expliquent doctement qu’on ne peut pas prouver l’existence de Dieu sont peut-être très intelligents ; mais ils sont aveugles et sourds. Car enfin, je ne sais pas ce qu’il leur faut de plus pour ressentir l’intuition de Dieu que ce déluge de cathédrales, d’églises, de basiliques, de couvents, d’abbayes, de sculptures, de chefs-d’œuvre de la musique et de la peinture suscités par le catholicisme, c’est-à-dire par l’homme avec Dieu. Je ne sais pas ce qu’il leur faut de plus, pour croire aux miracles, que ce tourbillon enchanteur de beautés suprêmes, qu’on ne produira plus jamais… Le catholicisme, la plus grande épopée de l’art qui ait jamais été… Ces êtres de raison, très rigoureux et attachés aux faits, n’ont peut-être pas bien observé de quoi est faite l’Europe ; pas bien réfléchi à ce qui a forgé l’Europe. Ils ignorent sans doute que pendant des siècles, l’Europe s’est appelée la Chrétienté. Ils n’ont peut-être jamais réalisé qu’Europe et catholicisme sont indissociablement, inextricablement liés. Jamais pris le recul nécessaire pour s’aviser que sans le catholicisme, l’Europe ne serait rien. Que si l’Europe n’avait pas été fécondée par le catholicisme, il n’y aurait ni Venise, ni Florence, ni Rome, ni Vienne, ni Prague, ni les millions de tableaux qui remplissent nos musées, ni les Requiem de Mozart et de Verdi, ni les messes de Mozart, ni l’Ave Maria de Schubert, ni aucun de ces adorables villages que l’on admire quand on parcourt la France, l’Espagne ou l’Italie…
Ces époques grandioses, où a été édifié ce qui fait aujourd’hui notre émerveillement et rend ce monde vivable malgré tout, ces époques grandioses, dis-je, bouillonnaient d’une fièvre, d’une fougue, d’une énergie que nous ne pouvons même pas imaginer. Elles avaient une âme, un souffle, un esprit. Un Esprit… C’est cela, et seulement cela, qui a engendré cette fertilité, cette créativité inouïes ; tous ces miracles ne furent possibles que parce que les hommes, à ces époques, ne s’étaient pas encore lancé le défi absurde et suicidaire de vivre sans Dieu, mais consentaient au contraire à être ses instruments, à la fois humbles et grands (et plus ou moins dociles ; nous ne sommes pas des anges, Dieu le sait et ne sollicite pas que les bons garçons lisses et polis qui ne cassent rien, au contraire…). C’est l’âme du catholicisme qui confère à ces merveilles leur beauté intemporelle, et fait que quatre, cinq ou huit siècles plus tard, dans un contexte qui n’a plus rien de commun avec celui de leur naissance, elles continuent de nous toucher spontanément et puissamment. Ces œuvres s’adressent à la part d’éternel qu’il y a en tout homme… à la part divine…
Si tant est qu’elle ait un sens, la comparaison avec nos créations « modernes », aussi vite démodées qu’un homme politique, est accablante. Déjà obsolètes, has-been, pas regardables après dix ou vingt ans, quand des cathédrales âgées de 800 ans nous éblouissent encore… Pourquoi ? Mais c’est bien simple : les premières reposent sur du vent, quand les deuxièmes ont un souffle. Une âme. C’est le secret. Toute la différence réside là, dans la densité d’âme.

On ne le répétera jamais assez : l’art que suscite une époque est sa signature. Il est le reflet de son système de pensée, de sa vision de l’homme, de son amour pour l’homme. La traduction matérielle de ses conceptions anthropologiques. Le témoin implacable de son estime pour l’humanité. Il révèle ses ambitions pour l’être humain, les projets qu’il nourrit pour lui, s’il souhaite l’avilir, le rabaisser ou au contraire le grandir, l’accomplir, l’épanouir…
Oui, les formes artistiques et architecturales qu’engendre une époque sont intimement liées à sa définition de l’homme. Il n’y a rien de fortuit, et rien de contingent. Rien d’humain ne se fait par hasard. Chaque civilisation produit ce qu’elle peut. Ni plus, ni moins.
Ainsi, ce n’est pas un hasard si le XIIIème siècle donne naissance aux cathédrales gothiques, le XIVème siècle à Giotto, le XVème à Botticelli, le XVIème à Raphaël, le XVIIème à Rubens, le XVIIIème à Mozart, le XIXème à Delacroix, et le XXème siècle aux corps mutilés et aux « visages » déstructurés de Picasso, puis au grand n’importe quoi de l’art contemporain où se récapitulent si bien l’impuissance, la fatuité et la nullité de notre époque. Cet étalage de laideur prétentieuse est la traduction artistique de notre temps. Vacuité, stérilité, arrogance, mocheté : tout y est. C’est pour cela que l’art contemporain, aussi répugnant et risible soit-il, doit être considéré avec le plus grand intérêt : il révèle notre époque.
De la même manière, ce n’est pas un hasard si l’architecture suscitée par le communisme est si fade, si morne, si aride. Si désespérément triste. Comme si une étrange malédiction empêchait le communisme de produire des formes harmonieuses, joyeuses, inspirées. Comme si seule la désolation pouvait sortir de ce système. Comme si, malgré la mégalomanie dévorante de ses potentats et leurs dépenses faramineuses, le communisme était condamné à la stérilité et à la laideur. A révéler la noirceur de ses intentions par la disgrâce de ses productions.
Un exemple moins extrême, mais tout aussi éclairant, est celui du sinistre Le Corbusier, inventeur de « l’architecture d’autopunition », comme l’a si bien exprimé Dali. C’est exactement ça, en effet : ce genre d’architecture procède de masochisme. Et de sadisme. C’est de l’architecture sado-masochiste. « Je suis dépressif, et je refilerai ma dépression à tout le monde. » : voilà ce qu’on peut lire, quand on observe attentivement ces édifices. « Soyez malheureux, comme moi ! » : voilà le message de ces bâtiments lugubres, qui sont avant tout des chefs-d’œuvre de haine de l’homme. Et de rejet de Dieu. L’architecture communiste, celle de Le Corbusier, et tous les étrons architecturaux dont la modernité a recouvert la planète, sont des manifestes de l’homme sans Dieu. A vous de juger… Enfin bon, si ces trucs secs et hideux vous font vibrer… Après tout chacun prend son pied comme il veut, hein… Y en a bien qui peuvent jouir qu’en se faisant conchier...
Quant à l’architecture catholique… Ou plutôt les architectures catholiques… Il y en a tellement… Tant d’innovations architecturales à travers les âges… Une variété, une créativité sans égales dans l’histoire de l’humanité… Et jamais une fausse note. Pas un raté. Tous les langages architecturaux inventés par le catholicisme sont sublimes. Grandioses. Epoustouflants. Tous produisent des émotions surpuissantes, que ce soit l’émerveillement devant la majesté d’une cathédrale gothique, l’attendrissement face à une petite chapelle romane, l’ivresse de volupté qui vous emplit dans une église baroque, la sérénité qui s’exhale d’un cloître Renaissance… D’une diversité, d’une richesse incomparables avec ce qu’ont pu susciter toutes les autres civilisations (ce qui n’enlève d’ailleurs rien au respect et, dans bien des cas, à l’admiration qu’on doit à ces dernières), les formes architecturales du catholicisme ont, dans leur variété étourdissante, un point commun : elles sont habitées. Les bâtisseurs leur ont insufflé une âme. Ces miracles de pierre sont l’accomplissement de la prophétie selon laquelle si tout le monde se tait, les pierres elles-mêmes crieront. Ils sont la démonstration par la pierre du catholicisme. Et l’un des plus bouleversants plaidoyers pour le catholicisme que je connaisse. Il faut prendre le temps de contempler ces chefs-d’œuvre, la basilique Saint-Pierre de Rome, I Gesuiti, San Giorgio Maggiore, Gli Scalzi, Santa Maria della Saluta à Venise, l’église du monastère San Jeronimo à Grenade, Notre-Dame et la Sainte Chapelle à Paris, la cathédrale de Malaga, la Karlskirche à Vienne, la Chiesa del Gesu à Rome, Sant’Ignazio di Loloya à Rome, Santa Maria Del Fiore à Florence, Saint-Jacques à Prague, ouvrir grand les yeux, puis se poser la question : quel autre système a donné naissance à de telles splendeurs ? Pourquoi est-ce le catholicisme, et lui seul, qui a fait ça ? Pourquoi aucun autre « système de pensée » (si tant est qu’on puisse enfermer le catholicisme dans une notion aussi étroite) n’a-t-il pu, malgré toute la volonté, toutes les dépenses, tous les efforts de ses zélateurs, atteindre le dixième de la beauté catholique ? Qu’a le catholicisme que les autres n’ont pas ? Qu’est-ce qui différencie le catholicisme de tout le reste ? Enigmatique, n’est-ce pas… Quoi qu’il en soit les faits sont là, éblouissants, incontestables. Ce qui, évidemment, n’empêche pas un certain nombre d’enragés de les contester. De les minimiser. De déprécier la beauté flamboyante du catholicisme, de l’attribuer à la vanité du clergé, à la mégalomanie des prélats, et de fustiger cette exubérance, cette avalanche d’opulence, ces dépenses inutiles alors qu’il y avait tant de bouches à nourrir (on pourrait leur répondre que l’humanité d’alors travaillait non pas pour elle, mais pour la postérité — pour l’humanité ; mais puisque ces notions sont définitivement inintelligibles à ces esprit utilitaristes, et qu’il faut donc aller sur leur terrain, qui est celui du matérialisme le plus étroit, on attirera leur attention sur le nombre de gens qui ont vécu, vivent et vivront de l’existence de ces chefs-d’œuvre, sur le sacro-saint chiffre d’affaires généré par la fréquentation touristique des villes sublimées par le catholicisme ; on pourra également leur faire remarquer que tout cet argent consacré aux lieux de culte n’allait donc pas dans la poche du clergé, mais profitait à la collectivité ; sans grand espoir, cependant, d’ébranler leurs dogmes anticatholiques). Mais comprenons leur entêtement à débiner le catholicisme : concéder que les fruits artistiques du catholicisme sont saturés d’intelligence et de beauté, ce serait remettre en cause toute leur routine de dénigrement du catholicisme, tout le prêt-à-penser anticatholique qui s’est greffé sur leur cerveau depuis si longtemps. Reconnaître que les artistes qui ont servi le catholicisme sont des hommes d’exception, qui ont poussé l’esprit de dépassement vers des sommets jamais atteints, résolu les défis techniques les plus ardus, inventé les formes artistiques les plus audacieuses et les plus grisantes, ce serait pulvériser la fable de l’« obscurantisme » de l’Eglise, de sa prétendue aversion pour les sciences et la raison (pour ne prendre qu’un exemple, on ignore encore aujourd’hui comment Brunelleschi, au 15ème siècle, a pu réaliser la coupole de Santa Maria del Fiore à Florence ; et ne parlons pas des travaux sur la perspective et les proportions engagés à la première Renaissance…). Constater, simplement constater que le catholicisme, prétendument obscurantiste et ennemi de la raison, a enrôlé à son service les plus grands génies de tous les temps (Rubens, Mozart, Michel-Ange, Raphaël, Le Corrège, Le Pérugin, Titien, Tintoret) et leur a offert le plus vaste, le plus enivrant terrain de jeu dont un artiste puisse rêver, ce serait saccager tout l’édifice de stéréotypes qui constitue leur vision du monde. Admettre que le catholicisme est la plus grande aventure de l’intelligence et de la beauté qui ait jamais été serait pour eux un cataclysme cérébral, un choc intellectuel dont ils ne se remettraient pas. C’est la clef de voûte de leur « pensée » qui s’effondrerait. Tout serait à revoir. Table rase dans leur crâne, on repart de zéro… Il n’en est donc pas question. A l’effort de la vérité, ces conservateurs qui s’ignorent préfèreront toujours leurs petites habitudes anticatholiques, leurs bonnes petites idées reçues, la perpétuation ad vitam des poncifs cathophobes les plus odieux et les plus faux. Quand le conformisme, la paresse et la fierté se donnent la main pour faire obstacle à la vérité, il n’y a pas grand chose à faire…
Enfin si, il reste une chose à essayer, quand même. Mais si celle-ci ne marche pas y a vraiment plus aucun espoir…
Il est une œuvre, en effet, qui à elle seule résume et justifie le catholicisme. Une œuvre miraculeuse, que seul le Messie de la musique pouvait concevoir. Une création prodigieuse, emplie d’une grâce infinie, qui prouve sans aucun doute possible que Dieu existe, je veux dire Le seul, L’unique, Le Dieu du catholicisme ; Le seul à avoir permis cela.
Ce miracle, c’est le Kyrie de la messe en ut mineur de Wolfgang Amadeus Mozart. Aucun être humain ne peut entendre le Kyrie de la messe en ut mineur de Mozart sans être bouleversé à jamais. Foudroyé par la grâce. Converti sur le champ. Le Kyrie de la messe en ut mineur de Mozart est LA preuve de Dieu. Il n’y en aurait pas besoin d’autres — même s’il y en a tant d’autres. A lui seul le Kyrie justifie tout le catholicisme, il absout toutes ses erreurs, rachète tous les péchés commis par les membres indélicats de l’Eglise.
Oui, s’il ne fallait qu’une justification au catholicisme, ce serait le Kyrie de la messe en ut mineur de Mozart. Avoir rendu possible un tel miracle suffit à prouver la bienfaisance essentielle du catholicisme ; car une religion qui suscite le Kyrie ne peut pas être mauvaise.
En conséquence ce quoi ceux qui s’attaquent au catholicisme sont ridicules et injustes, mais pardonnés. Car ils ne savent pas ce qu’ils font. En effet, ils n’ont pas entendu le Kyrie de la messe en ut mineur de Wolfgang Amadeus Mozart. L’arme de conversion massive. Le miracle parmi les miracles. Ce ne sont pas les pitreries des JMJ, ce ne sont pas les pleurnicheries humanitaires de nos évêques émasculés (plus inspirées par Stéphane Hessel que par Jésus Christ), ce ne sont pas leurs sermons misérabilistes à la Eva Joly, ni leurs homélies écœurantes de pathos qui semblent écrites par SOS racisme ou France terre d’asile qui sauveront l’Eglise. C’est le Kyrie de la messe en ut mineur de Mozart. Ecouter le Kyrie de la messe en ut mineur de Mozart, prendre conscience que cette merveille n’aurait jamais existé sans la liturgie catholique, ni sans Mozart — qui est lui-même évidemment un envoyé de Dieu, un Messie de la musique, mais un Messie qui a mal tourné en mettant ses talents surhumains au service de la franc-maçonnerie, ce qui lui a valu un rappel prématuré auprès du Père — c’est la garantie de tomber amoureux du catholicisme. Et de ressentir avec certitude l’existence d’une transcendance… Cette entrée sombre… Ces chœurs implorant le pardon… cette humilité, ces longs soupirs… ces sanglots déchirants… Et à 2’21… où commencent les deux minutes trente les plus bouleversantes de votre vie… Qui n’est pas liquéfié à chaque écoute du solo de la soprano, qui n’en ressent pas instinctivement la dimension surnaturelle, qui n’y entend pas sans le moindre doute possible la voix de Dieu, est sourd comme un pot. Mais qu’il se rassure : s’il n’est pas aveugle, il lui reste le torrent de chair, la déferlante de volupté, le tourbillon des tableaux de Rubens, Titien, Tintoret, Pérugin, Raphaël, Corrège pour se laisser interpeller. Pour se demander pourquoi toutes ces splendeurs sont nées sous le catholicisme… Le plus grand, le plus inspiré mécène qu’il y ait jamais eu… qu’il y aura jamais…
Qu’on me comprenne bien : je ne dis pas que tous les artistes qui ont eu l’honneur de servir le catholicisme étaient des culs-bénits, des bigots, de fervents dévots. Je ne dis pas que ces géants étaient des parangons de piété. C’était pour beaucoup d’entre eux tout le contraire. Rubens, par exemple, n’était pas exactement un modèle de chasteté… Ni Raphaël, dont certains expliquent sa mort précoce — à 37 ans — par un goût très prononcé pour les orgies… Et ne parlons pas des appétits sexuels de Mozart, dont certaines de ses créations sont des coïts mis en musique (je pense notamment aux finale de ses dernières symphonies, à l’ouverture des Noces de Figaro, au finale molto allegro — de la sérénade « Gran Partita », ou encore à celui de Cosi fan tutte). En effet, contrairement au stéréotype largement répandu, l’artiste n’est pas du tout un pur esprit, un « intellectuel » façon France culture. L’artiste, c’est l’anti-Sartre, c’est l’anti-BHL, c’est l’antithèse de ces cerveaux sur pattes ternes et sans saveur ; c’est celui qui recourt le plus à fond et avec le moins de complexes à toutes les dimensions de sa nature humaine. Or la dimension sexuelle n’est pas la moindre… C’est même peut-être la seule dimension véritablement indispensable à l’artiste…
Comme d’habitude, Freud n’avait pas tort quand il parlait de la nature sexuelle de l’énergie créatrice ; de l’art comme sublimation de la libido, comme détournement de l’énergie sexuelle vers des finalités grandioses. Quant à Nietzsche, qui était beaucoup plus catholique qu’il ne le croyait lui-même (tous ses griefs envers le christianisme — esprit de troupeau, abolition de l’individualité au profit d’une dilution dans la masse, haine jalouse envers les êtres supérieurs — visent en vérité le protestantisme), il a eu cette formule magnifique pour exprimer le lien inextricable entre sublime et pulsions, entre harmonie et dérèglements, entre aspiration au grandiose et consentement aux turpitudes : « Il faut porter en soi quelque chaos pour donner naissance à une étoile qui danse. » Ou encore : « Il en va de l’homme comme de l’arbre. Plus il veut s’élever vers les hauteurs et la clarté, plus ses racines plongent dans le terre, vers le bas, dans les ténèbres et les profondeurs — dans le mal. » En quoi Céline le rejoignait : « Il faut de tout pour faire un monde, et plus que tout dans le même être… »
Je ne dis donc pas que la pléiade d’artistes qui a fait la gloire du catholicisme était constituée de bigots, se saintes-nitouche, de puritains — bref, de protestants. Je dis simplement qu’à l’époque où vivaient ces génies, le catholicisme imprégnait tous les aspects de l’existence, qu’il était pour ainsi dire l’air qu’on respirait, créant un climat, une atmosphère extraordinairement stimulants… C’est cette effervescence de chaque instant qui a poussé ces géants à se dépasser, leur a donné le souffle nécessaire à la réalisation de leurs chefs-d’œuvre. En effet, à l’inverse du protestantisme, dans lequel le salut est donné et non pas gagné (ce qui explique la pauvreté, ou plus exactement la quasi-inexistence de l’art protestant, cet oxymore), le catholicisme est une doctrine du dépassement de soi, qui exhorte l’homme à donner le meilleur de lui-même, à s’accomplir pleinement, à épanouir et porter le plus loin possible les talents dont il a été doté. A sa façon. Une religion résolument individualiste, non pas dans le sens réprobateur que les analphabètes contemporains ont donné à ce adjectif, mais en ce qu’elle vise à l’épanouissement de chacun dans son unicité, selon ses grâces, son potentiel et ses talents. Tout le contraire, en somme, de la religion égalitariste qui sévit aujourd’hui, ce fanatisme niveleur qui n’est lui-même qu’une version caricaturale du protestantisme, religion par excellence du collectif et de la haine des hiérarchies. Le protestantisme n’aurait jamais accepté de lâcher la bride à des génies comme Rubens ou Raphaël, il n’aurait pas supporté qu’ils s’envolent vers les hauteurs qu’ils méritaient d’atteindre, et vexent par contraste le narcissisme du commun des mortels. Je le disais plus haut : il n’y a pas d’art protestant. Ce sont les Jésuites qui ont financé Rubens, c’est le pape Jules II qui a embauché Raphaël et Michel-Ange, c’est Joseph II, empereur du Saint-Empire romain germanique, qui a permis à Mozart de se déployer. Bref, c’est le catholicisme qui a soutenu l’accomplissement de ces destins exceptionnels. Le progressisme, lui, a pour grand mécène François Pinault. Notre Jules II à nous. Notre Jules II version 2015. Eh bien, notre Jules 2.0 ne finance pas Raphaël ni Michel-Ange. Non. Il finance leurs dignes successeurs, ces grands novateurs qui font dialoguer les époques, s’interrogent sur le sens de l’art, questionnent le processus de création artistique, débattent sur ce qui définit une œuvre d'art, dénoncent la société de consommation, conçoivent des utopies urbaines dichotomiques et éphémères, invitent à des visites de leurs collections les yeux bandés, donnent naissance à des tableaux noirs, des amoncellements de parpaings, des tas de fer rouillé, des chiottes Leroy Merlin et des excréments en boîte. Y a pas à dire ça a de la gueule le progressisme. On sent le truc consistant, inspiré, durable. Qui nous épatera encore dans cinq siècles. Le catholicisme n’a qu’à bien se tenir.
Je l’ai déjà dit : on juge l’arbre à ses fruits. Sans catholicisme, pas de Pietà de Michel-Ange, pas d’Ave Maria de Schubert, pas de Requiem de Verdi, pas d’Ave verum corpus, ni de Requiem, ni de Kyrie de la messe en ut mineur de Mozart. Sans progressisme, pas de Merda d’Artista, pas de plug anal géant place Vendôme, pas de concert citoyen avec Yannick Noah pieds nus au Stade de France.
Yannick Noah pieds nus au Stade de France : voilà le visage du progressisme. Voilà la personnification ultime de nos valeurs. Un crétin lyrique sautillant sur scène et bafouillant littéralement n’importe quoi, voilà l’incarnation suprême de la Modernité.

Mais il ne pouvait en être autrement. Nous devions en arriver là. Nous devions aboutir à cette tragi-comédie qu’est notre époque, à ce curieux mélange de bouffonnerie, de démence et de sauvagerie, où les plus froids psychopathes côtoient les utopistes les plus niais, où les minets émasculés de centre ville déambulent à quelques kilomètres des plus sadiques barbares, où l’angélisme et la barbarie cohabitent si harmonieusement, s’entremêlant dans une obscure complicité…
C’était écrit. La conception de l’homme qui sous-tend la religion progressiste repose sur un déni de nature humaine. Sa mise en œuvre implique donc un viol des fondements anthropologiques les plus élémentaires. Ce qui ne peut aller sans causer des traumatismes profonds et ravageurs. L’ultraviolence, les addictions de toutes sortes — antidépresseurs, psychotropes, écrans —, l’abolition de la compassion, l’exhibitionnisme façon Facebook, le narcissisme sans limite, l’infantilisme décomplexé, l’angélisme forcené, le culte du déni, la haine fanatique de la lucidité sont les révélateurs des terribles déstructurations anthropologiques qu’engendre la religion du « progrès ». Toutes ces monstruosités sont les pathologies d’une « civilisation » en phase terminale.

La voie dans laquelle nous nous sommes engagés il y a un siècle et demi est une impasse. Nous commençons tous à le sentir. A percevoir qu’au bout, il n’y a rien. Pas d’issue. Pas de sens. Rien que la détresse, la cruauté, le déchaînement des instincts les plus brutaux. Qui sème l’utopie récolte le chaos ; qui sème l’angélisme récolte la barbarie…
Il nous manque le recul et les outils conceptuels pour l’exprimer clairement, mais l’absurdité criminelle de nos idéologies devient chaque jour plus palpable, plus évidente. Un nombre croissant de gens sent bien que quelque chose d’anormal se passe. Prescience d’une tragédie… Le malaise se répand. Nos prétendus droits de l’homme (qui ne sont qu’un droit à célébrer sa subjectivité tout en se vautrant dans la médiocrité), nos « valeurs républicaines » ronflantes et sans contenu ont fait illusion quelques décennies. C’est déjà pas mal, pour une telle escroquerie. Mais le soufflé retombe. Tout cela est creux, faux, sans épaisseur, sans âme. Et laisse l’homme sans repères. Dans ces cas-là, la barbarie n’est jamais loin…
Les évènements du siècle dernier auraient pourtant dû nous mettre en garde. Les génocides qui ont accompagné l’entrée triomphale de l’humanité dans l’ère de la Modernité auraient dû nous avertir. La concomitance entre les plus terribles abominations que la Terre ait jamais connues, et l’avènement du Progrès, auraient dû nous interpeller.
Pourquoi Staline se réclamait-il des assassins républicains de 1793 ? Pourquoi Lénine, quand il exterminait les Cosaques, les assimilait-il aux Vendéens pendant la Révolution ? Pourquoi Trotski dressa-t-il l’éloge de « la guillotine, cette remarquable invention de la Grande Révolution française » ? Pourquoi Pol Pot fit-il du psychopathe Robespierre son modèle ? Pourquoi l’apothéose des « Lumières » et de la « Raison » fut-elle immédiatement suivie du premier génocide de l’Histoire ? Pourquoi ces têtes arrachées, ces mâchoires fracassées, ces pénis coupés puis mis en bouche, ces seins sabrés, ces crânes enfoncés, ces enfants égorgés, ces femmes violées par cents républicains puis éventrées, au moment où nous entrions dans l’ère enchanteresse de la liberté, de l’égalité et de la fraternité ? Pourquoi ces tortures, ces supplices, pourquoi ces hurlements accompagnant la musique guillerette de l’avenir radieux et du progrès en marche ? Pourquoi la « Grande Révolution » du XVIIIème siècle et son cortège d’ignominies ont-ils servi de référence explicite aux plus féroces tyrans du XXème siècle ? Egorgeurs révolutionnaires, violeurs républicains, éventreurs des Lumières et génocidaires communistes, quelle filiation relie ces créateurs de chaos ? Au-delà des mots, des distinctions sémantiques, des catégorisations historiques, quel est le principe commun à tous ces assoiffés de sang ?
Eh bien tous ces amis autoproclamés du genre humain partagent la même matrice idéologique. La même conception de l’homme. Aussi variées soient-elles en apparence, leurs belles idées humanistes ont le même substrat anthropologique. Celui qui mène toujours, et immanquablement, aux grandes catastrophes… Il faut bien comprendre qu’entre les « Lumières » et le communisme, la différence est de degré, pas de nature. Le communisme, ce sont les « Lumières » poussées dans leurs plus extrêmes conséquences. Le communisme, c’est ce qu’on obtient quand on va au bout du postulat de Jean-Jacques Rousseau selon lequel « L’homme est originellement bon, innocent et partageur ». En effet, si l’homme est originellement bon, innocent et partageur, c’est que quelqu’un, ou quelques uns, ont ruiné ces belles dispositions. Que quelqu’un, ou quelques uns, ont perverti l’homme. Souillé son innocence naturelle. Et que sans ces salopards, nous serions tous heureux. Dès lors il devient normal, et pour tout dire moral, de traquer ces coupables puis de les supprimer, afin que l’humanité ait une chance de recouvrer sa pureté originelle. Le supplice des Vendéens de 1792 à 1794 n’est que ça : l’extermination d’ardents défenseurs de la religion catholique, considérée par nos grands philosophes des Lumières — et par leurs épigones révolutionnaires — comme la cause essentielle du malheur de l’humanité. Les génocides du communisme, c’est également cela : les koulaks, puis les « riches », puis finalement n’importe qui se retrouve désigné comme responsable. Résultat : plus de 100 millions de morts… Parmi lesquels les « débris cléricaux » occupent évidemment une place de choix…
Les historiens ont coutume de dire que les totalitarismes ont perpétuellement besoin d’ennemis et que, s’ils n’en ont plus, ils s’en inventeront. C’est vrai ; à condition toutefois de préciser que « s’inventer » des ennemis ne leur demande aucun effort, leur est pour ainsi dire naturel : que les soubassements idéologiques des totalitarismes font que, par principe, tout homme se retrouve tôt ou tard désigné comme leur ennemi. Car aucun homme ne correspond à la vision chimérique de l’être humain qui sous-tend les totalitarismes : aucun homme n’est originellement innocent. Chacun est donc susceptible d’apparaître comme un traître, un obstacle sur le chemin du progrès de l’humanité vers l’innocence retrouvée. Tout homme, par ses actes, ses défauts, et sa simple existence, est un démenti vivant du fantasme de pureté originelle. Une insulte à l’avenir radieux. Il apparaît donc, tôt ou tard, comme un saboteur d’utopie contre lequel il convient de sévir. Voilà pourquoi idéalisation de l’homme et haine des hommes réels sont inextricablement liées. Voilà pourquoi l’angélisme mène toujours à la barbarie. Pourquoi les utopies débouchent sur les carnages. Qui fantasme l’homme immaculé, finit toujours par le tâcher de sang…
Toutes les saloperies idéologiques qui pourrissent l’humanité depuis deux siècles — les prétendues « Lumières », le socialisme, l’existentialisme, le progressisme, le communisme, l’égalitarisme — sont des déclinaisons de cette conception chimérique de l’homme. A divers degrés, et sous diverses formes, ces idéologies exercent une violence sur l’humain, le rabaissent, l’avilissent, le nient, tout en le flattant… Comme le diable…
Elles se développent à rebours de la conception catholique de l’homme, laquelle se fonde sur l’acceptation du péché originel, c’est-à-dire sur la conscience que l’homme est né non pas innocent mais « marquis pour le mal » (Baudelaire) et qu’il doit, pour triompher de ses dispositions au vice et s’élever vers la beauté, livrer un combat intérieur de chaque instant. Le catholicisme ne flatte pas l’homme, il ne l’enduit pas de miel, il ne lui susurre pas de discours sirupeux sur sa belle pureté originelle. Non. Il lui casse net le morceau, il lui explique qu’il est boiteux, dissonant, mal foutu de naissance, mais que s’il se prend en main et arrête de se masturber le narcissisme il pourra devenir quelqu’un de bien. Sans, pour autant, écarter le risque de rechute. Le catholicisme est une blessure narcissique. Un outrage à Sa Majesté le Nombril, le vrai roi de notre époque. C’est aussi, c’est surtout pour cela qu’il est tant haï. Céline, bien que pas vraiment croyant, l’avait très bien compris : « La supériorité pratique des grandes religions chrétiennes, c’est qu’elles doraient pas la pilule. Elles essayaient pas d’étourdir, elles cherchaient pas l’électeur, elles sentaient pas le besoin de plaire, elles tortillaient pas du panier. Elles saisissaient l’Homme au berceau et lui cassaient le morceau d’autor. Elles le rencardaient sans ambages : "Toi petit putricule informe, tu seras jamais qu’une ordure… De naissance tu n’es qu’une merde… Est-ce que tu m’entends ?… C’est l’évidence même, c’est le principe de tout ! Cependant, peut-être… peut-être… en y regardant de tout près… que t’as encore une petite chance de te faire un peu pardonner d’être comme ça tellement immonde, excrémentiel, incroyable… C’est de faire bonne mine à toutes les peines, épreuves, misères et tortures de ta brève ou longue existence. Dans la parfaite humilité… La vie, vache, n’est qu’une âpre épreuve ! T’essouffle pas ! Cherche pas midi à quatorze heures ! Sauve ton âme, c’est déjà joli. Peut-être qu’à la fin du calvaire, si t’es extrêmement régulier, un héros de fermer ta gueule, tu claboteras dans les principes… Mais c’est pas certain… un petit poil moins putride à la crevaison qu’en naissant… et quand tu verras dans la nuit plus respirable qu’à l’aurore"… » Oui, ce n’est pas tout à fait du Jean-Jacques Rousseau… Mais c’est paradoxalement cette vision de l’homme, que les bipèdes contemporains s’empresseront de qualifier de « pessimiste » ou de « dévalorisante », qui a poussé l’Homme au dépassement et lui a permis de prouver sa grandeur. son infinie noblesse (et a au passage inondé la planète de joie et de beauté). Si le catholicisme fut si fécond, s’il donna naissance à tant de splendeurs, c’est qu’il avait compris l’homme, et qu’il sut jouer de toute la complexité, de toute l’ambiguïté de la nature humaine pour en tirer la quintessence. La finesse, la justesse de la vision catholique de l’homme, sa relation d’une extraordinaire subtilité aux faiblesses, aux vices, aux pulsions qui affectent l’être humain, en font la religion par excellence de la création et de la beauté. Car on obtient rarement le meilleur de l’Homme en flattant son narcissisme… Pour le mettre au travail et l’aider à s’accomplir, il faut souvent doucher sa vanité… « Il est des reproches qui louent, et des louanges qui médisent » disait La Rochefoucauld… Penser à cette phrase quand on se trouve face à une publicité… à un antiraciste… à un égalitariste… ou quand on va sur Facebook…

L’Histoire de l’Europe fut celle du catholicisme ; l’histoire du XXème siècle est celle du progressisme. Comparons… Comparons l’état dans lequel était l'humanité européenne en entrant dans le XXème siècle, et celui dans lequel elle en sort… Il aura suffi d’un siècle, un petit siècle… Un tout petit siècle sans Dieu… L’heure des premiers bilans est venue. Nous pouvons admirer « l’humanité sans Dieu et sans rois » qu’appelait de ses vœux le grand visionnaire Jules Ferry… (« Mais pas sans patron », lui répliquait son ami Jean Jaurès, je me demande bien pourquoi on ne le dit jamais…) Un des ces amis de l’humanité comme il en pullule aujourd’hui… Y a pas à dire l’expérience est vachement concluante… L’humanité va beaucoup mieux, c’est sûr… Enfin libérée de ses chaînes… Emancipée, y a pas à dire… Libre et heureuse…
Il faut le dire, au risque de navrer un certain nombre de mes contemporains, : ne sont pas les « droits de l’homme » à se vautrer dans la vanité et à se célébrer sans raison qui ont fait l’Histoire. C’est le catholicisme. C’est avec lui, grâce à lui que nous avons atteint les plus hauts sommets de la civilisation. Le catholicisme fut, pour parler trivialement, le moteur de notre civilisation. Il y a un siècle, nous avons décidé de couper le moteur. Depuis, nous n’avons vécu que sur l’élan, sur l’inertie du catholicisme. On n’arrête pas comme ça une telle locomotive, lancée du fond des âges… Cela nous a abusés. Nous avons cru que les quelques réussites de ce siècle validaient notre choix. Nous avons attribué nos succès à l’excellence de la religion du Progrès et des Droits de l’Homme, alors qu’ils devaient tout au catholicisme résiduel qui, tant bien que mal, continuait d’agir. Tout en ralentissant … Pour paraphraser Bernanos, nous étions « coupés de nos racines spirituelles, mais vivions encore de leur sève ». Cette rémanence de catholicisme a persisté pendant les cinq, six premières décennies du XXème siècle. L’ardeur, la fougue, l’amour passionné de la beauté qui sont la marque du catholicisme ont continué à infuser, dans un nombre d’esprits toujours plus restreint. Mais la locomotive devait finir par s’arrêter. Nous y sommes. Depuis cinquante ans, le catholicisme ne fait plus l’Histoire. Et le résultat est terrible La régression vers la barbarie est fulgurante. Vertigineuse. Effroyable.
Sans l’armature de la religion, une civilisation s’effondre. Voilà la leçon de notre époque. Leçon terrible, car elle sape tout l’édifice conceptuel sur lequel est fondé de notre pseudo-civilisation de Progrès et de Modernité. Leçon terrible, et à vrai dire inaudible pour un « esprit » du XXIème siècle, pataugeant depuis sa naissance dans le magma des droits-de-l’homme et des glorieuses valeurs républicaines, n’imaginant pas de plus haut sommet de civilisation que les valeurs de citoyenneté, d’égalité et de parité. Leçon terrible, car elle signifie le deuil de toutes nos illusions, le désaveu de tout le fatras de poncifs, de clichés, de prêt-à-penser dans lequel croupissent les cerveaux contemporains. Leçon terrible, car elle nous mène à l’impasse : personne aujourd’hui n’envisage de réhabiliter le catholicisme comme cela serait nécessaire pour empêcher la tragédie qui vient. Pour tout le monde, même et surtout pour les catholiques contemporains, ces protestants, l’affaire est entendue : le catholicisme est ringard, bourgeois, réac, misogyne, inégalitaire, obscurantiste, arriéré, pédophile, homophobe, responsable des Croisades, de l’Inquisition, de la Saint-Barthélemy, et de tous les maux de la Terre. Cependant nous n’avons pas peur des contradictions : face aux coups de boutoir de plus en plus violents de l’islam, nous brandissons fièrement en rempart notre civilisation judéo-chrétienne, sans nous apercevoir que c’est un cadavre puisqu’en détruisant le catholicisme, nous lui avons arraché le cœur.
A coups de laïcité et de neutralité, nous avons saccagé le moteur, et nous nous étonnons d’être rattrapés… C’était pourtant prévisible… « Dieu se rit de ceux qui déplorent les conséquences dont ils chérissent les causes » disait l’évêque de Meaux, Bossuet.

On le voit bien : le combat est très mal engagé. L’effort intellectuel, conceptuel et surtout spirituel nécessaire pour enrayer l’effondrement de l’Occident et mettre en échec l’islam conquérant est largement hors de portée de l’humanité occidentale, endoctrinée sans retour dans la religion anticatholique.
Rousseau, Ferry, Jaurès, Combes, Gambetta, ont gagné. Eux et leurs innombrables clones ont en deux siècles obtenu l’assèchement spirituel de l’Europe. Avec leurs idées de givrés, ils ont engendré la tristesse, la désolation, l’apathie, la laideur et la sauvagerie. Ils ont réussi à faire du catholicisme un objet de répulsion et de dérision, quand il devrait faire notre fierté et notre admiration. Tant pis pour nous. Le moment est venu de passer le relais à Mahomet. La prophétie de Chateaubriand se réalise.
Tout espoir est-il perdu pour autant ? J’ai bien conscience de ne pas être l’incarnation de l’optimisme ; d’avoir égrené tout au long de ce texte d’innombrables raisons de désespérer. C’est que je répugne à l’optimisme niais, qui est dans bien des cas le masque souriant de la lâcheté, de l’esprit de soumission, et au final une sourde complicité avec les forces du désastre. J’ai trop conscience que les grandes catastrophes sont presque toujours les conséquences du déni, de l’aveuglement volontaire, de la pleutrerie. De la peur de dire ce qu’on voit.
Et pourtant, je ne peux me résoudre au scénario qui s’annonce. Il est trop affreux. Cela ne peut pas, cela ne doit pas arriver. Après tout, l’avenir n’est pas écrit. L’Histoire fournit maints exemples de situations où tout semblait perdu et où, par des biais et des détours dont seule la Providence a le secret, l’espoir renaissait et la victoire survenait. Il faut s’accrocher à cela pour espérer, malgré tout. « La plus haute forme d’espérance est le désespoir surmonté » a écrit Bernanos… Et puis l’honneur impose de résister, à la mesure de ses moyens, même si cela semble en pure perte. Qui ne dit mot consent ? Eh bien il faut dire, alors. Dire sans relâche. Pour ne pas donner son consentement. C’est une question de dignité. Et l’une des plus belles raisons de vivre que je connaisse.
Certains rétorqueront que cela revient à hurler dans le désert. Si c’est vrai, qu’importe ? « C’est à l’écart du marché et de la gloire que se passe tout ce qui est grand : c’est à l’écart de la place du marché et de la gloire qu’ont, de tout temps, habité les inventeurs de valeurs nouvelles » a écrit Nietzsche. Cela suffirait à nous (ré)conforter, si nous ne trouvions une justification encore plus forte dans cette exhortation de Jésus-Christ : « C’est par votre persévérance que vous obtiendrez la vie ». Il faut persévérer, donc. Malgré le chaos, malgré la laideur, malgré la tyrannie, malgré la barbarie, refuser la résignation. Refuser de se taire. Pour ne pas être complice du désastre. Ainsi, à défaut de vaincre, ne mourrons-nous pas vaincus. Et puis, qui sait, de cette persévérance sortira-t-il peut-être quelque chose de bon. Après tout, « il suffit d’une poignée pour être le sel de la terre ».