mardi 16 février 2016

Bataclan



Enfin on décida d’allumer la lumière.

Des morceaux de cervelle étaient éparpillés,
Les cadavres gisaient, certains décapités,
D’autre juste égorgés, la plupart éventrés ;
Un océan de sang recouvrait le plancher.

Parmi les intestins et les têtes esseulées,
Des survivants épars gémissaient de douleur
Ou, par spasmes, émettaient de bien lugubres pleurs :
Pour beaucoup, sans attendre, il fallait amputer.

De cette nuit de feu, de sang et de terreur,
La plupart sortiraient pour toujours mutilés,
Dans leur chair et leur âme, à tout jamais marqués,
Brisés, anéantis, tenaillés par la peur.

Pendant que les brancards, dans les halos bleutés,
Charriaient les victimes en train d’agoniser,
Amandine, humaniste habitant le quartier,
Livrait ses impressions à BFM TV :

« Mes premières pensées vont naturellement
Aux premières victimes de ces atrocités,
A ceux qui vont encore être stigmatisés ;
Je parle bien sûr de ces pauvres musulmans.

Ils sont les vraies victimes de cette tragédie,
Et nous devrions tous hurler d’indignation
Devant les amalgames et les persécutions
Qu’endurent ces martyrs de la xénophobie.

Ils sont amalgamés, haïs, stigmatisés,
Mitraillés d’orduriers clichés nauséabonds,
D’amalgames odieux, de stigmatisations :
Ils sont stigmatisés, et même amalgamés.

D’ailleurs on ne sait pas qui sont les assaillants :
On ne peut écarter l’hypothèse frontiste,
Ni ne pas soupçonner les cathos intégristes :
Redoublons de prudence et de discernement

Sans céder à la peur, la haine ou l’ignorance ;
Méfions-nous des clichés et des idées reçues :
« Allah Akbar », qui sait, peut désigner Jésus,
Puisque le christianisme appelle à la violence.

Par ce discours poignant, frémissant d’émotion,
Amandine montrait sa belle humanité
Et son époustouflant sens des priorités ;
C’était un grand moment d’intense compassion.

Ces émouvants propos reflétaient un cœur d’or,
Tout en délicatesse et sensibilité ;
Une âme riche et noble, une immense bonté :
On n’aurait pu rêver plus grand respect des morts.

Elle disait aussi qu’en hommage aux blessés,
Il fallait sans délai se remettre à danser :
C'était un geste fort de solidarité
Pour ceux qui, désormais, ne pourraient plus marcher.

Face aux kalachnikovs, à la terreur armée,
Elle préconisait d’aussitôt riposter,
D’opposer nos valeurs de Citoyenneté,
Nos Droits de l’Homme et, comme Hessel, de s’indigner.

Contre les terroristes elle nous exhortait
A résister sur les terrasses de café,
A prendre l’apéro, pour les intimider ;
Résistante accomplie, elle nous l’assurait :

Commander une bière, c’est être Jean Moulin ;
Faire un happy-hour, c’est être Résistant ;
Rien n’est plus courageux, plus noble ni plus grand
Que de fumer un joint une pinte à la main.

Au mépris du danger, il faut prendre les armes :
Liker, poker, twitter, commenter, s’indigner,
Hurler « Je suis Charlie », et surtout consommer
Pour conjurer la peur, la souffrance et les larmes.

Il faut évoluer, vivre à deux cent à l’heure,
Défendre le progrès et la modernité,
Notre droit à rêver et à positiver,
Etre heureux, optimistes, et fiers de nos valeurs :

La Sainte Parité, l’Egalité sacrée,
Les valeurs de Progrès et de Modernité,
Les mesures en faveur de Sainte Mixité,
Sans oublier, bien sûr, la Citoyenneté

Et la lutte acharnée contre les amalgames
Et la dénonciation de tous les amalgames
Et la condamnation de ceux qui amalgament
Et enfreignent la règle : surtout, pas d’amalgame.

Ne pas stigmatiser, ni faire d’amalgame :
Voilà tout ce qui compte : éviter l’amalgame.
Construisons donc un monde pur de tout amalgame
Et nous serons heureux ! A mort les amalgames !

Amandine, païenne, et flamboyante athée,
Haïssait l’amalgame à l’égal du péché
Et, bien que tolérante, ne pouvait tolérer
Que certains se permettent de stigmatiser.

Cœur d'élite, elle avait toujours eu l’intuition
Que partout se nichaient des discriminations,
Des amalgames haineux, des stigmatisations,
Des idées rances et des propos nauséabonds,

Et des discours de haine, hostiles au vivre-ensemble.

Sans cesse elle attaquait, ne laissait rien passer :
Furieuse, elle exigeait qu’au vocable « islamiste »
On substitue le mot plus neutre « terroriste » ;
Eh oui : un amalgame est si vite arrivé !

Elle avait l’impression, sans être complotiste,
Qu’on en faisait beaucoup contre les islamistes
Tout en laissant voter ces salauds de frontistes ;
Elle y voyait de sourds relents colonialistes

Niant l’équivalence entre les extrémismes
En s’acharnant sur ceux entachés d’exotisme.
Or, pour elle, il fallait appliquer aux fascismes
Les principes sacrés de l’égalitarisme :

Qu’ils se nomment islamisme, haine ou nationalisme,
Les enfants du fascisme ont des effets égaux ;
Ne pas hiérarchiser entre tous ces fléaux :
Ils sont également les fruits de l’extrémisme.

Les extrêmes se valent, c’est un fait avéré,
Mais le repli sur soi, frileux, nauséabond,
Ruinant le vivre-ensemble, attisant les tensions,
Est quand même celui qui a tout déclenché :

La faute originelle est chez les populistes,
Ces franchouillards moisis, étriqués, rabougris
Se préférant à l’Autre, emplis de nostalgie ;
Ce sont eux les premiers et les pires fascistes.

Nous avons le devoir de les rééduquer,
De leur apprendre à ne pas caricaturer,
Ni faire d’amalgame, et de leur inculquer
Le respect et l’amour de la diversité.

Nous devons les guérir de leur sale arrogance,
Nous devons leur montrer ce qu’est la tolérance,
L’acceptation d’autrui, malgré les différences,
Et la fraternité et puis la bienveillance ;

A tous ces gens qui par défaut d’éducation,
Cèdent à la tentation des discours populistes,
Nous devons expliquer qu’ils sont bêtes et racistes,
Des moutons consentant aux manipulations,

Ce, bien évidemment, en toute bienveillance,
Dans un souci d’amour et de fraternité,
Pour que sans amalgame et sans stigmatiser,
Nous bâtissions ensemble une nouvelle France.

Amandine croyait beaucoup à cette idée
Que nous sommes avant tout des citoyens du monde
Voués à fusionner dans une immense ronde,
Un joyeux arc-en-ciel, plein de fraternité.

Mardi soir, lors de son atelier d’écriture,
Elle avait déclamé un beau texte émouvant
Invitant à céder notre place aux migrants :
Elle était réputée pour ses écrits qui durent.

Pour ses amis poètes, banquiers et écrivains,
Artistes et cadres sup, managers musiciens,
Guitaristes bohèmes et polytechniciens,
Nous devions accueillir tous nos frères humains :

« Dépassons les clichés et les discours de haine :
Aucune différence ne distingue un Syrien
D’un Français ou d’un Suisse, ou bien d’un Italien :
Nous faisons tous partie de la famille humaine ;

N’écoutons pas ceux qui cherchent à nous diviser,
Prônant repli sur soi, haine et ressentiment ;
Syriens, Erythréens, Français ou Allemands,
Nous sommes tous pareils, frères en humanité. »

Tel était le credo de ces grands généreux
Qui souhaitaient accueillir l’ensemble des migrants
Mais pas forcément dans leur arrondissement :
Il y avait bien assez de place en banlieue.

La banlieue, Amandine, elle connaissait bien
Par les très bons articles de Libération,
Les fact-checkings du Monde, riches en révélations,
Et par Télérama, le journal citoyen :

Enquêtes dissidentes, vérités dérangeantes,
Analyses objectives, infos sans concessions,
Journalistes impartiaux, et sans compromission :
Voilà ce qu’y trouvait cette fille exigeante.

Grâce à ces sources neutres, objectives, impartiales,
Exemptes de clichés, de désinformations,
De contrevérités, de manipulations,
Elle acquérait du monde une vision globale

Loin des stéréotypes et des caricatures,
De ces cons de Français, faiblement éduqués
Votant Front national, hostiles aux immigrés,
Stigmatisant autrui par manque de culture.

A rebours des fantasmes, Amandine savait
Que ces pauvres banlieues, souvent stigmatisées
Sont des lieux précurseurs, propres à faire émerger
Une autre société, porteuse de progrès.

Là-bas la parité est loin d’être un vain mot ;
L’égalité des sexes est un fait accompli
Le machisme a perdu, et la misogynie
N’existe pas plus que la haine des homos.

Là-bas l’homophobie n’a pas droit de cité
Tout y est gay-friendly, ouvert et fraternel ;
L’harmonieux vivre-ensemble de la France arc-en-ciel
Est d’ores et déjà une réalité.

Dans ces laboratoires du monde de demain
S’épanouissent à fond les valeurs citoyennes,
L’apothéose des valeurs républicaines ;
L’ambiance y est cordiale, on vit main dans la main

Dans le calme, la paix et la sérénité.
Regorgeant de talents, les banlieues et cités
Sont des lieux enivrants de créativité
Pleins de brillants esprits, de génies, de surdoués.

Dans ces quartiers bénis, pépinières à génies,
Règne une stimulante et fière impertinence,
Un frais et vivifiant parfum de dissidence :
On en ressort toujours quelque peu étourdi…

Cela tourne parfois à la très chaude ambiance :
Ce sont les excès de la fièvre créatrice,
Les grands élans propres à la pulsion novatrice :
Que serait le génie sans un brin d’insolence ?

Amandine, voulant voir de ses propres yeux,
Ces coins de paradis, ces havres de douceur,
Goûter la poésie de ces lieux enchanteurs,
Avait pris une fois un train vers la banlieue.

Lors de son beau trajet vers l’immense bonheur,
Elle avait rencontré de jeunes hommes à casquettes
(Soit à ses yeux une pléiade de poètes)
Qui, se rapprochant d’elle, lui avaient fait très peur.

Ils parlaient pourtant un langage raffiné
Sale tepu, céfran, roumi, face de craie,
Entre autres mots exquis, mais rien n’y avait fait :
Amandine s’était trouvée tétanisée.

Il est vrai qu’aussitôt qu’ils l’avaient repérée,
Les poètes à casquette l’avaient interpellée,
Puis en quelques secondes ils l’avaient encerclée
Avant de l’insulter, et puis de la gifler.

Par un bon coup de poing en plein dans les gencives
Ils lui avaient passé l’idée de résister ;
Tout en la saccadant de leurs mains intrusives,
Ils s’étaient empressés de la déshabiller

Puis avaient trois par trois testé ses orifices ;
Pendant que, rigolards, ils ravageaient son corps,
Certains lui assénaient des gifles bien sonores,
Et d’autres parlaient de la finir à la pisse.

Quand ses amis poètes en eurent terminé,
Elle gisait inerte et désarticulée ;
Trois d’entre eux la traitèrent de pute et de traînée
Puis sur son visage ils se mirent à uriner.

Coups de pieds dans les côtes et crachats sur les seins
Achevèrent ce beau moment de parité ;
Tout s’était passé comme expliqué dans Libé,
Loin des caricatures et des clichés malsains.

Les caméras du train, récemment installées,
Avaient enregistré et immortalisé
Cette heureuse plongée dans la diversité ;
Un policier zélé, voulant en témoigner,

Posta la vidéo sur les réseaux sociaux ;
Elle se répandit, eut des millions de vues ;
Très vite cependant, cette vidéo fut
Instrumentalisée par les réseaux fachos

Qui l’exploitèrent de façon nauséabonde,
La mettant au service de leurs obsessions ;
Pour contrer leurs mensonges et falsifications,
Amandine livra sa version dans Le Monde :

C’était, affirmait-elle, un simple acte isolé,
Qui eût pu se produire aussi dans son quartier ;
Il ne fallait surtout pas généraliser
Et réprimer ceux qui voudraient l’extrapoler ;

Si l’agression semblait très stéréotypée,
Opposant la bourgeoise à des jeunes immigrés,
Amandine tenait à faire remarquer,
Qu’un des dix agresseurs n’était pas si bronzé.

Quant aux propos racistes qu'ils avaient proférés,
Amandine assurait ne pas s’en rappeler ;
Et quand bien-même ils eussent été articulés,
Elle les excusait : ils étaient éméchés.

C’était un fait divers, une simple agression :
Amandine voulait qu’on cesse d’en parler ;
Elle refusait d’être instrumentalisée
Et s’opposait à toute récupération :

L’idée lui répugnait que soient incriminés
Les pauvres Jean Valjean qui l’avaient agressée ;
Que par sa faute ils puissent être stigmatisés,
Ca jamais elle ne pourrait le supporter.

Pour ses dix agresseurs, qui l’avaient dévastée,
Elle manifestait de la compréhension :
Ils souffraient d’exclusion, de stigmatisation :
Il était naturel qu’ils cherchent à se venger.

Il fallait donc, pour eux, avoir de l’indulgence :
Les vrais coupables, au fond, étaient l’intolérance,
Le refus d’accueillir ces chances pour la France :
Qui sème l’exclusion récolte la violence...

Six mois avaient passé, les oiseaux gazouillaient ;
Notre Amandine était en train de résister
En terrasse avec son iPhone et son Libé ;
Savourant l’édito, parfois elle twittait,

Ou prenait un selfie, hashtagé #JeanMoulin.
Soudain une voiture s’arrêta devant elle
Deux hommes en sortirent, semblant chercher querelle :
Ils portaient des cagoules, et tenaient dans leurs mains

De lourdes mitraillettes, qu’ils brandirent très haut ;
Quand ils se mirent à crier « Allah Akbar »,
Tout le monde, affolé, se rua vers le bar,
Sauf Amandine qui haranguait le troupeau :

« Prenez garde ! Attention ! Ne stigmatisez pas !
Surtout pas d’amalgame, ou je fais un malheur !
Ah ! Je vous interdis de surfer sur les peurs !
Comment ? Que faites-vous ? Vous n’obéissez pas ?

On entendit alors partir quelques coups secs
« Ah, que de préjugés encombrent vos cerveaux !
Que de stéréotypes et de clichés idiots !
Je vous le dis : cela n’a rien à voir avec… »

Amandine n’eut pas le temps de terminer :
Une balle tirée par ces messieurs courtois
Lui rompit la mâchoire ; une autre se logea
Dans sa gorge. Amandine finit par s’écrouler.

Elle était, sans conteste, en très piteux état.
Sa gorge palpitait, sa bouche glougloutait ;
De sourds gémissements, par moments, affleuraient ;
L’air, plein d’odeurs funèbres, apportait le trépas.

Amandine, sentant qu’elle allait rendre l’âme
Dans un suprême effort prit sa respiration
Et donna l’essentielle et ultime leçon :
Dans un dernier souffle elle hurla « Pas d’amalgame ! »

C’était tout ; on pouvait éteindre la lumière.

15 commentaires:

  1. Bravo pour ce "A la manière de" de Philippe Muray

    Je découvre votre blog... Un bonheur

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  2. Merci à vous. J'ai la prétention d'avoir "ma manière", mais va pour Philippe Muray! Et n'hésitez pas à partager votre bonheur…

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    1. Maximum respect ! eh oui ! Vous avez bien votre manière !

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  3. Moi, con de Français, faiblement éduqué, (mais ne votant pas pour autant Front national), j'ai eu beaucoup de plaisir à lire votre poésie tellement elle collait à la vérité et qu'elle était excellemment bien tournée. Je dois aussi vous dire que les amis de votre héroïne auraient bien du mal à me rééduquer. Je fais partie des récalcitrants. Je trouve quand même que vous avez fait preuve de beaucoup de cruauté vis à vis de cette héroïne ; lui faire tenir des propos pareils après ce qu'elle a subi, alors qu'on s'attendait à ce que ce soit le journaliste du Monde qui transcrive de cette façon l'agression, il fallait oser. Je ne sais pas si on trouve beaucoup de personnes, qui après avoir été confrontées à une telle réalité restent vouées jusqu'à la mort à défendre ainsi leur idéologie.

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    1. Merci. Aussi sidérant que cela vous paraisse je n'invente rien. Et surtout, je n'exagère rien ; la puissance du déni chez les idéologues est terrifiante. Cherchez donc "attaque bus sciences po"... Aujourd'hui même je suis tombé sur cet article, à lire jusqu'au bout. La nature imite l'art...
      http://www.lemonde.fr/attaques-a-paris/article/2016/02/22/aurelie-victime-du-13-novembre-vais-je-pouvoir-a-nouveau-m-exprimer-et-manger-normalement_4869696_4809495.html

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    2. Je doute qu'il faille prendre le monde comme un quotidien d'information. C'est, à l'instar de médiapart et d'autres, des quotidiens militants qui utilisent l'actualité pour endoctriner la population à leur idéologie et pour ce faire ils n'hésitent à déformer la vérité pour l'arranger à leur "sauce" afin de transmettre leurs messages.
      Ils ne respectent aucune déontologie et sous couvert d'information font du militantisme. Ils pratiquent l'escroquerie de l'information.

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    3. J'ajouterai qu'en l'occurence le monde n'a pas du cherché à questionner ni connaître la position de cette malheureusement Aurélie concernant ce qu'elle pensait du lien entre terrorisme et l'islam. Ce que le monde a uniquement retenu est le discours chrétien de cette personne, conditionnée à pardonner à ses pires ennemis. Ce journal imposteur a certainement déformé la réponse d'Aurélie pour la faire rentrer dans le message qu'il voulait faire passer : padamalgame. Je vous le dit ce sont des journalistes imposteurs qui pratiquent l'escroquerie de l'information.

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    4. De plus faire dire padamalmgam à cette pauvre Aurélie abominablement défigurée et blessée, c'est retirée toute velléité à qui que ce soit d'avoir l'outrecuidance de dire le contraire quand soit même on est sauf et épargné. Voilà une façon de faire passer un message dans une telle forme qu'elle censure déjà toute contradiction en stigmatisant "le raciste" qui oserait dire le contraire de la pauvre victime. Tout cela est très bien rodé pour interdire tout débat. Pauvre presse dont le but n'est plus l'information mais le militantisme caché et c'est en cela que c'est une escroquerie de l'information.

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  4. La lecture des deux articles que vous m’avez recommandés me laisse songeur. Quelque chose dans l’indulgence dont font preuve ces deux victimes vis-à-vis de leurs agresseurs m’échappe. Sans doute faut-il y voir là, l’effet de mon caractère ou mon éducation, ou les deux.
    Leurs propos empreints d’une grande mansuétude à l’égard de leurs persécuteurs et de leur culture — repris d’ailleurs très complaisamment par les deux quotidiens —, me laissent penser que ces deux victimes vivent dans un monde de bisounours. Serait-ce une marque de la boboïde parisienne ?
    Pour que des victimes soient capables de prendre, non seulement la défense de leurs agresseurs, mais aussi de leur culture et de l’idéologie qui les animent et à aller jusqu’à faire le sacrifice de leur vie au nom de leur croyance islamophile qui les a conduit à subir le martyre, on peut supposer que ces victimes ont dû subir depuis leur enfance un niveau d’endoctrinement intense leur faisant perdre, dans ce domaine, toute capacité d’analyses et de réflexions, au point même, de les rendre incapables d’ouvrir les yeux et se remettre en question. À ce stade, rien ne doit plus pouvoir les ramener dans le réel.
    Après cette lecture, je reconnais que la fin de votre poème, ne va pas au-delà de la dure réalité.

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  5. Eh oui, c'est hélas "la dure réalité", comme vous dites.
    Il m'a à moi-même fallu beaucoup de temps pour me résigner à ce que certaines personnes soient résolument, incurablement hermétiques au réel. C'est en m'intéressant au communisme, en observant les réactions nonchalantes de déni ou de dédramatisation face au récit des goulags, que j'ai compris la toute puissance de l'idéologie, et l'impossibilité de la lucidité chez certains êtres humains.
    Les mécanismes psychologiques à l'oeuvre chez l'idéologue sont exactement ceux du fanatisme : dogmatisme, sectarisme, aveuglement volontaire, indifférence de fer au réel, cruauté sans limite car inconsciente.
    Rien, aucun argument, aucun raisonnement, aucun événement, aucune souffrance - pas même la sienne - ne peut infléchir les dogmes de l'idéologue.
    Il n'y a pas plus déshumanisant que l'idéologie ; elle dessèche l'âme, abolit toute sensibilité, toute compassion. Un idéologue n'a aucune pitié. Pas même pour sa propre personne... Utopie über alles...

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  6. Je vois l’idéologie ainsi que vous la décrivez comme celle qui est arrivée au stade ultime. Celle qui a transformé l’individu en pantin, à la merci de ceux qui le manipule. Mais tous les idéologues n’arrivent à cette extrémité, me semble-t-il. C’est un vaste sujet que d’analyser et comparer les facteurs psychologiques qui animent un idéologue et un fanatique pour déterminer s’ils ont des points communs et lesquels. N’ayant aucune compétence en ce domaine je ne m’y aventurerai pas. Je me contenterai de dire, à mon humble niveau, que je vois le fanatisme, qui conduit au terrorisme (religieux ou profane), comme une forme extrême de l’idéologie. Mais pour arriver à être perméable à l’habile propagande répandue par les idéologues et se diriger sur la voie du fanatisme, il faut sans doute que l’individu ait des prédispositions naturelles, ait perdu tout sens critique, et qu’il se trouve en état de mal-être qui le pousse à la recherche d’une vérité. Ces « failles » habilement exploitées par les idéologues, arrivent à produire des marionnettes fanatisées et comme vous le dites ; complètement déshumanisées, sans âme, sans compassion ni sensibilité. Et j’avoue encore avoir beaucoup de mal à ajouter votre dernière phrase : "Pas même pour sa propre personne".

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  7. bonjour monsieur
    Evidemment tout ce que je lis sur ce blog est parfait et juste de vérité.
    La seule réflexion que je peux faire qui m'est personnelle et qui évite toute psychologisation : déni de réalité soit, mais pour moi cela relève davantage de l'orgueil: notre société est pétrie d'orgueil: nous sommes TELLEMENT meilleurs que l'autre que l'on en vient à pardonner à ses bourreaux, à juger un abdelslam alors qu'il devrait passer devant un peloton d'exécution ( c'est un guerrier : nous sommes en guerre, par conséquent pas de jugement: cf les américains avec Ben Laden).Cet orgueil est bien sur véhiculé par le cinéma: batmann begin: très intéressant pour lire entre les lignes de ce "a-chef-d oeuvre": ce héros comme tous les autres tente de sauver ce qui pourrait être encore bon dans l'humanité.
    Au fond il s'agit encore d'une mésinterprétation de l'Evangile, je vous laisse le soin d'y réfléchir ( ce sont mes perles). Le Pape François lui même est bouffi d'orgueil (je suis catholique)lorsque l'année dernière il a lavé les pieds de délinquants musulmans mineurs: Seul Jésus a lavé les pieds de SES APÔTRES et pas ceux de n'importe quels quidam:symboliquement pour qu'ils portent la Bonne Nouvelle et la Bonne Parole.Le pape le sait et est bien plus intelligent que moi.
    Aussi ce n'est à mon avis pas du déni mais de l'orgueil ou alors une réminiscence de statut de martyres: être martyre été à l'époque des premiers chrétiens un statut qui rapportait beaucoup d avantages.
    En tout cas merci pour cette pensée pure que je lis avec beaucoup de plaisir et que je n'hésite pas à transmettre.
    Bien à Vous
    VB

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    1. Merci pour vos réflexions pertinentes et vos encouragements. Bien à vous,
      NL

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  8. Amandine me fait penser à Zoé dans le bouquin de Obertone, "Guérilla" . Même profil, mêmes convictions, même mésaventure finale.
    Bravo pour ce texte tragiquement hilarant et dramatiquement réaliste.

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