mardi 15 novembre 2016

Les Résistants

« On est toujours prêt à dépenser plus d’énergie dans la négation d’une évidence que dans son acceptation, si celle-ci entraîne le deuil d’une illusion. »
Philippe Muray

23 avril 2017. Portée par plus d’un électeur sur trois, Marine Le Pen se qualifie pour le second tour de l’élection présidentielle.
Dans le camp de la Tolérance et du Padamalgam, l’incompréhension le dispute à l’effroi. Comment ? Un électeur sur trois est donc raciste ? Fasciste ? Nazi ? Nostalgique du IIIème Reich ? Mais où se cachent-ils donc, ces fumiers ? Ces brutes ? Ces salauds ? Un sur trois, merde, ça doit quand même finir par se voir !
Et pourtant. Pas le moindre fond d’écran à croix gammée sur les smartphones. Pas le moindre t-shirt « Je suis Hitler ». Ni le moindre hashtag « #JeSuisFacho ». Pas le moindre tatouage « Arbeit macht frei ». Ni même un petit discret pendentif stylisé « S.S. » autour du cou ou au poignet. C’est vraiment à n’y rien comprendre.
C’est que dans le camp de la Tolérance et du Padamalgam, qui est aussi le camp de la souplesse d’esprit, on n’envisage pas un instant de se remettre en question ; on n’envisage pas un instant que sa vision du monde puisse être un tout petit peu caricaturale… un peu stigmatisante, pour reprendre un terme à la mode… et pas très tolérante…
Non. Dans le camp de la Tolérance et du Padamalgam, qui est aussi le camp de la finesse d’analyse, on vit avec l’idée très subtile que tous ceux qui ne pensent pas comme soi sont racistes, fascistes, nazis.
C’est qu’on n’est pas simpliste, dans le camp de la Tolérance et du Padamalgam. Pas binaire pour un sou. Au contraire : on est fraternel, ouvert à la diversité d’opinions et au débat d’idées. Un débat de haut vol, évidemment. Riche et argumenté. Car on est éduqué, dans le camp de la Tolérance et du Padamalgam. Instruit et raffiné. La preuve : face à la contradiction, les seules armes dont on use sont l’insulte, la caricature et le mépris. Ceux qui constatent les effets délétères de l’immigration massive ? Tous des racistes. Ceux qui ouvrent les yeux sur l’enfer multiculturel ? Tous des fascistes. Ceux qui voudraient qu’on sévisse enfin contre la barbarie qui se déploie en toute impunité sur des pans entiers du territoire ? Tous des nazis. Ceux qui pensent qu’il y a peut-être un lien de causalité entre les centaines de Molenbeek français qui nous agressent de plus en plus fréquemment et de plus en plus sauvagement, et la politique d’immigration menée depuis quarante ans ? Des fascistes racistes populistes réacs fachos vichystes nazis nauséabonds. Des bas du front, des nostalgiques de la France rabougrie, ratatinée, recroquevillée sur elle-même, de l’infâme France du repli sur soi. Qui rappellent les heures les plus sombres de notre histoire.
Quelques esprits moqueurs pourraient voir dans ce réflexe d’insulte la marque d’une extraordinaire pauvreté argumentative. D’une totale vacuité argumentative, même. Ils pourraient également observer que la haine et l’intolérance ne sont pas tout à fait là où on nous l’indique… Mais — devinez quoi ? — ils se feraient aussitôt traiter de fascistes et de nazis. Par les chantres de la Tolérance et du Padamalgam, tous ces champions du « Faut pas stigmatiser » qui stigmatisent un électeur sur trois. Et se prennent pour de grands démocrates…
D’autres esprits, plus ironiques, pourraient faire remarquer que le collage d’étiquettes « Fasciste » et « Nazi », outre qu’il révèle une inculture abyssale, une ignorance crasse de la réalité du fascisme et du nazisme, relève de la banalisation de crimes contre l’humanité. Ils pourraient développer en expliquant que grimer Marine Le Pen en Hitler pour la diaboliser, c’est nier la monstruosité d’Hitler, minimiser la gravité de ses œuvres, et au final dédiaboliser le nazisme. Ce qui est très malin… Ils pourraient conclure que les grands humanistes qui s’adonnent à ce petit jeu piétinent la mémoire des vraies victimes du fascisme et du nazisme. Mais — devinez quoi ? — ils se feraient aussitôt traiter de fascistes et de nazis. Par les grands humanistes, les immenses résistants du camp de la Tolérance et du Padamalgam — qui, comme on le voit, n’ont jamais un combat de retard.
D’autres esprits, encore plus friands de paradoxes, pourraient s’amuser de voir tant de haine et d’intolérance se déchaîner au nom de la lutte contre la haine et l’intolérance. Ils pourraient trouver piquante cette propension à la stigmatisation et à l’amalgame chez des gens qui passent leur temps à bêler qu’il ne faut pas stigmatiser ni faire d’amalgame. Ils pourraient même pousser l’esprit de paradoxe jusqu’à rappeler que l’essence du fascisme, c’est précisément ça : stigmatiser son contradicteur plutôt qu’argumenter. Insulter plutôt qu’expliquer. Intimider plutôt que persuader.
Mais ce retournement de perspective demanderait trop d’efforts. Il ébranlerait trop de stéréotypes, il bousculerait trop d’idées reçues chez ces contempteurs des stéréotypes et des idées reçues. C’est que dans le camp de la Tolérance et du Padamalgam, on voit des fascistes partout, sauf dans son miroir.
Car dans le camp de la Tolérance et du Padamalgam, qui n’est surtout pas le camp de l'inculture, on connaît l’Histoire. On la connaît si bien qu’on a une seule référence historique en tête : les années 30. C’est qu’on est moderne, dans le camp de la Tolérance et du Padamalgam : on a seulement trois quarts de siècle de retard. On croit donc qu’il est perspicace d’éclairer la situation actuelle à la lampe des heures les plus sombres de notre histoire et de la menace fasciste.
Comme si depuis les années 30, il ne s’était rien passé. Comme si entre temps n’avaient pas eu lieu des phénomènes inédits et décisifs. Comme s’il n’y avait pas eu la mondialisation sauvage et ses bataillons d’esclaves, de chômeurs et d’immigrés. Comme s’il n’y avait pas eu les délocalisations, la désindustrialisation, la précarisation, le déclassement de millions de Français. Comme si, surtout, il n’y avait pas eu ce phénomène sans précédent dans l’histoire de l’humanité : l’immigration massive. Comme si la France n’avait pas reçu depuis quarante ans des flux migratoires colossaux en provenance du Maghreb, c’est-à-dire d’une terre d’islam, c’est-à-dire d’une aire culturelle marquée par un antagonisme millénaire avec l’Occident. Un antagonisme non seulement historique, mais structurel, inhérent à la nature profonde de l’islam, à l’anthropologie exprimée dans ses textes et révélées par ses mœurs. Comme si cet import massif d’une autre civilisation n’avait eu aucune conséquence ; comme si, à défaut d’être amorti par l’assimilation, ce télescopage entre deux systèmes de valeurs que tout sépare, entre deux visions de l’homme (et singulièrement de la femme) rigoureusement incompatibles n’avait pas provoqué un repli identitaire, puis l’émergence de contre-sociétés en sécession de la France. Comme si, il y a quarante ans, il était nécessaire d’implorer les Français de vivre ensemble
Comme si dans les « territoires perdus » prévalaient aujourd’hui la même culture, la même identité, la même civilisation qu’il y a quarante ans ; comme si aux Mureaux, les femmes s’habillaient encore en jupe ; comme si on croisait beaucoup d’homosexuels à Aubervilliers ; comme s’il y avait encore des Juifs dans les écoles de Seine-Saint-Denis ; comme si on pouvait boire de l’alcool à Vénissieux, et acheter du porc à Sevran ; comme si à Trappes, on pouvait manger pendant le mois du ramadan sans risquer pour sa vie.
Comme si, en quarante ans, certains quartiers n’avaient pas changé de continent ; et comme si ces enclaves communautaristes ne posaient aucun problème… Comme si l’explosion des incivilités (pour parler dans le langage châtré des faussaires médiatiques), comme si la violence inouïe déployée contre les sales céfrans, les faces de craie, les kouffars, les roumis, les flics, les pompiers, les enseignants, les médecins, comme si les atrocités du Bataclan, de Nice et de Saint-Étienne-du-Rouvray n’avaient aucun lien avec cette fragmentation communautariste ; comme si les poudrières islamistes qui gangrènent la France, et nous enverront de plus en plus souvent leurs combattants répandre le carnage et la terreur, n’étaient pas LE défi majeur du XXIème siècle.

Mais non. Dans le camp de la Tolérance et du Padamalgam, qui est aussi le camp de la lucidité et du courage, le problème n’est pas l’islam conquérant (pléonasme) qui, dans les « zones de non-droit », voue une haine inexpiable à la France. Le problème, c’est Marine Le Pen. L’insécurité, la haine des kouffars, les attentats, tout ça, c’est de sa faute.
D’ailleurs toutes les violences, toutes les horreurs, toute la cruauté qu’on impute injustement à l’islam conquérant, c’est la faute à Marine Le Pen. Mais oui, c’est l’évidence même ! L’attentat islamiste de la rue des Rosiers en 82 ! Signé Marine Le Pen ! Et celui de Saint-Michel en 95 ! Et de Port-Royal en 96 ! Et la prise d’otages islamiste de Marignane en 94 ! Tout ça, c’est des coups sournois de Marine Le Pen ! Ah, la perfide ! Et les talibans, en Afghanistan ! Des rejetons de Marine Le Pen ! Mais oui ! Et Molenbeek en Belgique ! Et le cauchemar du Kosovo ! Tout ça, c’est la faute à Marine Le Pen ! Et la charia, dis-donc ! La vie rêvée des femmes en Arabie saoudite, au Qatar, au Nigéria, au Yémen ! C’est encore l’œuvre de Marine Le Pen ! Comme Al-Qaeda, tiens ! Une création de Marine Le Pen ! Et Mohammed Merah, tirant à bout portant dans la tête d’une petit Juive de 8 ans ! Commandité par la monstrueuse Marine Le Pen ! Et le 11 septembre 2001 ! Et Charlie Hebdo ! Tout ça, piloté par Marine Le Pen ! Par pur électoralisme ! Pour faire monter l’islamophobie, puis surfer sur la vague islamophobe ! Mais voyons, c’est limpide, enfin !
Un peu de clairvoyance : c’est évidemment la faute à Marine Le Pen si le Coran regorge d’appels au djihad, d’injonctions de soumettre les infidèles par la force, la menace, la terreur et le meurtre — injonctions qu’appliquent à la lettre les terroristes islamistes, qui « combattent dans le chemin de Dieu : ils tuent et sont tués. » (sourate 9, verset 111).
C’est la faute à Marine Le Pen si la vie de Mahomet — le « beau modèle » que tout bon musulman se doit d’imiter — est une litanie de pillages, de massacres, d’égorgements, de décapitations d’infidèles.
C’est la faute à Marine Le Pen, 48 ans, si depuis 1 400 ans, l’islam utilise la terreur et le carnage pour étendre à toute la planète le Dar al-Islam.

Parce que dans le camp de la Tolérance et du Padamalgam, qui n’est pas du tout le camp de l’angélisme et du déni, on sait que ce n’est pas ça, l’islam.
C’est qu’on est islamologue, dans le camp de la Tolérance et du Padamalgam. Mieux, on est omniscient : on connaît le contenu du Coran et de la Sunna sans les avoir lus. On sait donc que ces textes n’appellent qu’à la paix, à l’amour, à la parité et au respect des différences. Et que ceux qui, ayant étudié ces textes, y ont vu de la misogynie, de l’homophobie, de l’antisémitisme et d’innombrables incitations à la violence — jusqu’au meurtre — sont islamophobes. Ou commettent des erreurs d’interprétation.
Ainsi Mahomet lui-même, en multipliant les sévices contre les infidèles, était islamophobe. Ou alors il commettait des erreurs d’interprétation. Des erreurs d’interprétation d’un texte qu’il avait écrit. Bref, Mahomet n’avait rien compris à ce qu’est l’islam. Mahomet, « l’homme parfait » que tout bon musulman doit prendre pour exemple…
Voilà, en toute logique, ce que pensent les grands spécialistes de l’islam qui peuplent le camp de la Tolérance et du Padamalgam… et s’imaginent ainsi s’attirer les faveurs des musulmans… ils vont être servis…
Bref, dans l’esprit subtil et cultivé des champions de la Tolérance et du Padamalgam, si depuis 1 400 ans les combattants d’Allah recourent à la violence pour enrôler l’humanité entière dans l’Oumma, ce n’est pas à cause des prescriptions du Coran et de la Sunna : c’est parce que Marine Le Pen est méchante.
Il faut donc combattre non pas l’expansionnisme de l’islam — qui n’est qu’un fantasme islamophobe —  , mais Marine Le Pen. C’est elle l’ennemie, c’est elle la menace : une fois Marine Le Pen écartée, l’islam ne nous posera plus aucun problème. Parole d’Alain Juppé.

D’autant plus que Marine Le Pen, c’est aussi l’incompétence économique. Une véritable calamité. Ah oui, oh là là, dites donc, Marine Le Pen est vraiment nulle, nulle, nulle en économie. Nullissime ! C’est les journalistes immensément talentueux et encore plus impartiaux de Challenges et des Echos qui l’affirment ! Oui, d’accord, mais pourquoi ? Bah… parce que. Non mais vraiment, c’est intéressant, expliquez-nous ? Ah, mais c’est comme ça, ne cherchez pas !
Eh oui, c’est comme ça : dans le camp de la Tolérance et du Padamalgam, on n’a pas toujours besoin d’argumenter. Parfois on sait, c’est tout. C’est comme pour l’islam : il y des sujets sur lesquels on est spontanément éclairé, sans jamais avoir fait l’effort de lire et de se renseigner. Un don… Et il faut bien avouer que dans le camp de la Tolérance et du Padamalgam, on a le flair pour détecter les compétents en économie. L’intuition. L’instinct.
6 millions de chômeurs ; 2 millions de personnes au RSA ; 600 000 stages abusifs ; 85% des embauches en CDD en 2015 ; 15% de pauvres ; uberisation galopante de l’emploi — ce qui, en bon français, se dit « précarisation ». Voilà le bilan des compétents. Voilà les résultats des sachants ; de ceux qui savent comment nous mener sur les chemins de la réussite. Voilà les conséquences de leur merveilleux libre-échange sans frontières, et de leur enchanteresse concurrence libre et non faussée avec la Chine, avec le Bangladesh, avec la Bulgarie.
Délocalisations. Désindustrialisation. Chômage de masse. Textile, sidérurgie, automobile… Des régions entières ravagées, sinistrées, déprimées… Et un coût du chômage toujours plus lourd pour les finances publiques, qui se répercute sur les impôts, les taxes, la dette… Aucune dette il y a trente ans, plus de 2 000 milliards aujourd’hui…
Mais comment peut-il en être autrement ? Comment, si l’on ne se protège pas avec des barrières douanières, peut-on faire jeu égal avec des pays où le salaire mensuel est de 50 euros ? Comment, sans protectionnisme, peut-on empêcher les délocalisations massives, et le chômage massif qui en résulte ?
Eh bien c’est fastoche, en fait ! Demandez donc à nos experts économistes de plateaux-télé, tout à fait neutres et indépendants ! Et à nos spécialistes de l’Elysée ! Et à nos bons maîtres de Bruxelles ! Et puis surtout à nos si compétents et si bien-nommés « partis de gouvernement », si crédibles avec leurs résultats épatants depuis trente ans ! Oyez la bonne parole de tous ces grands prêtres de l’Eglise ultralibérale : il suffit de faire des réformes. Et puis d’autres réformes. Et encore des réformes. D’œuvrer dans le sens d’une plus grande flexibilité de l’emploi. De mettre de la souplesse dans les conditions d’embauche et de licenciement. Autant de périphrases qui, en bon français, veulent dire « baisser les salaires » et « démanteler la protection sociale »… jusqu’à atteindre la condition si enviable des Bulgares, des Roumains et des Bengalis, pour être enfin compétitifs. Belle perspective, non ? Belle ambition pour l’homme — pardon, pour le facteur humain de production ? Non, ça vous plaît pas ? Pardon ? Ah, on vous l’avait pas dit que c’était ça, le bout du chemin ? Mais enfin ? Pourquoi pensez-vous que les emplois sont de moins en moins rémunérés ? De plus en plus précaires ? De plus en plus uberisés ? Vous croyez donc que c’est arrivé comme ça, par hasard ? Qu’une malédiction divine s’est abattue sur nous ? Que c’est à cause d’un mauvais alignement des planètes que les jeunes n’arrivent plus à trouver de boulot ? Que c’est seulement la faute à pas d’bol, s’ils multiplient les stages et les jobs sous-payés, et vivent encore à trente ans chez leurs parents ou en coloc ?
Eh bien non, c’est beaucoup moins aléatoire, et beaucoup moins énigmatique que ça : baisser les salaires et précariser l’emploi, c’est l’esprit de toutes les réformes engagées depuis le virage libéral de Mitterrand en 1983. C’est l’esprit de l’Acte unique de Jacques Delors en 1986 — la bible ultralibérale de l’Union européenne. C’est l’esprit de la si emblématique directive détachement imposée par les humanistes de Bruxelles qui, en faisant venir en France, en remplacement des Français, des bataillons de travailleurs bulgares, roumains ou polonais, permet d’opérer une délocalisation à domicile. De vrais magiciens, les commissaires européens… et de grands philanthropes. C’est l’esprit du modèle économique appliqué en France depuis trente ans, et qui n’a abouti qu’à sabrer les salaires, à précariser l’emploi et, malgré tous ces sacrifices, à faire monter le chômage à des niveaux stratosphériques… Il faut dire que dans le cadre enchanteur de la concurrence libre et non faussée, le seul moyen de faire baisser le chômage est de s’aligner sur le plus petit dénominateur commun en termes de salaire, de protection sociale et, au final, de respect de la dignité humaine. Et ça, c’est pas facile, comme dirait l’autre. Il est même à craindre que ce chemin de croix soit sans fin : qu’aucune réforme, aussi brutale, aussi cruelle soit-elle, ne soit susceptible de nous rendre aussi bon marché que les Bulgares ou les Chinois ; et que par conséquent le chômage n’est pas près de baisser, si nous persistons dans ce modèle de « développement »… Mais ce n’est pas une raison pour ne pas essayer, non ? D’ailleurs le jeuniste à tête d’œuf qui nous servira bientôt de Président s’y est engagé : il mettra le paquet, question réformes, pour que nous soyons enfin compétitifs. C’est-à-dire dociles et pas chers. De bons petits élèves de la mondialisation ultra-libérale. Capables nous aussi de nous vendre au moins-offrant. Merci Président !
La mondialisation ultra-libérale ne profite qu’à ceux qui l’organisent : grands patrons de multinationales, financiers, et surtout hommes et femmes politiques qui, par leurs lois complaisantes, font sauter tous les verrous à l’expansion de ce fléau. Ce n’est pas un hasard si la concentration des richesses atteint des niveaux sans précédent — 1% de la population détient 50% de la richesse mondiale. C’est la conséquence de l’ultra-libéralisme, qui consiste à exploiter des esclaves pour vendre à des chômeurs. Un gigantesque saccage social, à l’échelle mondiale, au profit d’une infime minorité…
C’est ce modèle répugnant auquel est acquise la quasi-totalité de la classe politico-experto-médiatique, qui nous martèle péremptoirement qu’il n’y a pas d’alternative, qu’on ne peut pas faire autrement dans un monde globalisé, que c’est le sens de l’Histoire, et que de toute façon si des millions de gens en souffrent c’est qu’ils sont trop cons pour réaliser à quel point ce modèle économique est efficace et humaniste… Comme l’a dit le président du Conseil européen, le bon Donald Tusk qui, lui, sait parfaitement ce que vivent les gens : « Le libre-échange et la mondialisation protègent, mais peu de gens le comprennent et le croient. » De la même manière que les esclavagistes, il y a trois siècles, expliquaient doctement qu’un modèle économique sans esclavage n’était pas viable… que c’était le sens de l’Histoire… qu’il n’y avait pas d’autre option… De la même manière que leur rhétorique de l’inéluctable, et leurs chantages au « sens de l’Histoire », visaient à défendre non pas la rationalité économique, mais leurs intérêts…
Au vu du chaos économique engendré par l’ultralibéralisme, des inégalités terribles qu’il produit, de la pauvreté qu’il répand en enrichissant une caste toujours plus restreinte, d’aucuns pourraient se dire qu’il est temps de se débarrasser de ce modèle. D’étudier sérieusement d’autres options. Par exemple celles proposées par Marine Le Pen : protectionnisme, barrières douanières, priorité nationale à l’emploi et dans les appels d’offres pour les marchés publics… Ah, ça alors, non ! Sûrement pas ! Tout ça c’est idiot ! C’est aberrant ! C’est insensé ! Le programme économique de Marine Le Pen est totalement farfelu, et puis en plus il n’existe pas ! Mettez-vous bien ça en tête : en économie, comme ailleurs, comme partout, Marine Le Pen est in-com-pé-tente !
Affirmations péremptoires auxquelles on pourrait rétorquer qu’entre l’incompétence supposée de Marine Le Pen, et la nocivité avérée des dévots de l’ultralibéralisme, il n’y a finalement pas grand chose à perdre à tester la première…
Mais ce n’est pas l’avis dominant, dans le camp de la Tolérance et du Padamalgam — qui est aussi le camp de la logique et de la raison. Pas du tout. Dans le camp de la logique et de la raison, qui n’est surtout pas celui du conservatisme, on est favorable à la perpétuation d’un modèle qui, depuis trente ans, a largement démontré sa toxicité. Un modèle qui a prouvé qu’avec lui, le pire est sûr. C’est que, voyez-vous, dans le camp de la logique et de la raison, on s’attache aux faits, rien qu’aux faits : on roule donc des calots épouvantés en évoquant la débâcle économique qui résulterait de l’application du programme de Marine Le Pen (sans jamais apporter le moindre début d’explication), mais on refuse tout examen de la débâcle économique qui se déroule là, sous nos yeux, et jette des millions d’individus dans la détresse, le désœuvrement et le mépris de soi.
On ne veut pas voir que le désastre économique, c’est maintenant. Et qu’il est l’œuvre de nos gouvernants depuis trente ans. On préfère s’enivrer d’ergotages sur le Code du travail, de pinaillages sur la fiscalité des entreprises, troufignoliser à n’en plus finir des broutilles microéconomiques pour ne pas voir que l’essentiel est ailleurs. Que le vrai problème est d’ordre macroéconomique. Que seul un changement de modèle économique peut nous sortir du chômage chronique et enrayer notre déclassement. Mais ça, on n’en veut pas du tout, dans le camp de la Tolérance et du Padamalgam. Ce n’est pas qu’on n’est pas ouvert au changement, bien sûr, puisqu’on est certifié progressiste. Mais bon, quand même, on y tient, à son petit confort intellectuel… A ses petites certitudes… A ses petits conservatismes… Ce qui fait que dans le camp de la logique et de la raison, qui n’est surtout pas le camp du gâtisme, on a un point commun avec les communistes : on s’agrippe de toutes ses forces à une idéologie dévastatrice en expliquant que si depuis plusieurs décennies elle n’engendre que ruine et désolation, c’est qu’on ne lui a pas laissé le temps de montrer à quel point elle est efficace et humaniste. Et tant pis pour ceux qui en crèvent… « La folie, c’est de faire encore et toujours la même chose en s’attendant à des résultats différents. », a écrit Einstein. Il faut croire qu’aujourd’hui, Einstein serait considéré comme pas assez logique, pas assez rationnel pour intégrer le camp de la logique et de la raison.
D’ailleurs, dans le camp de la logique et de la raison, qui est aussi le camp de l’argumentation béton, on ne manque pas d’arguments convaincants et raffinés pour contester le programme économique de Marine Le Pen : « programme d’extrême gauche », « planification de l’économie », « économie administrée à la soviétique », « elle a le même programme que Mélenchon ». Ce qui prouve, comme pour le Coran, qu’on a bien lu le programme de Marine Le Pen… que là encore, on maîtrise à fond son sujet… qu’on s’est bien informé avant de parler… Des caricatures, des collages d’étiquettes et des contrevérités ; aucun fait, aucune explication, aucune démonstration. Le camp de l’argumentation béton, on vous dit…
Mais là où on est encore le plus subtil et le plus percutant, dans le camp de la Tolérance et du Padamalgam, c’est pour discréditer les options protectionnistes de Marine Le Pen. Jugez par vous-même de la puissance argumentative, de la profondeur, de l’intelligence ; attention tenez-vous, ça décoiffe : « Avec ses délires protectionnistes, elle est carrément dingo, la facho ! Le protectionnisme, c’est une utopie d’un autre âge ! Le protectionnisme, c’est le repli sur soi, c’est le symptôme d’une France fermée, rabougrie, ratatinée, recroquevillée sur elle-même ! Le protectionnisme, c’est la France nauséabonde qui a peur de l’échange avec l’Autre ! » Nous sommes ravis d’apprendre que, pour le camp de la Tolérance et du Padamalgam, Barack Obama est un être rabougri, ratatiné, recroquevillé sur lui-même, un xénophobe nauséabond qui a peur de l’échange avec l’Autre. Barack Obama qui, en 2009, a instauré des mesures de préférence nationale — le fasciste ! — pour que les grands travaux publics profitent essentiellement aux entreprises américaines ; Barack Obama qui, toujours en 2009, a imposé des droits de douane de 35% sur les pneus chinois pour protéger les producteurs de pneus américains ; Barack Obama qui, en 2016, a appliqué des taxes douanières de 522% (vous avez bien lu) aux importations d’acier chinois pour protéger les aciéristes américains. Barack Obama, donc, qui pour protéger les intérêts nationaux a pendant tout son mandat — à raison de trois mesures de défense commerciale par mois — mis en œuvre l’utopie protectionniste… Vous savez, ce truc dépassé qu’on ne peut plus faire, sauf à être complètement ringard, déconnecté du monde moderne, à rebours du sens de l’Histoire
Mais ces faits n’ébranlent en rien les grands esprits du camp de la Tolérance et du Padamalgam qui, loin d’être obtus, ont au contraire un don pour sentir où souffle le vent de l’Histoire. Ainsi, pour ces esprits pas du tout dogmatiques, et encore moins sectaires, c’est décidé une fois pour toutes : Marine Le Pen et son incompétence économique ne passeront pas. Car ses propositions sont nulles et folles. Et folles et nulles. Et absurdes et délirantes. Et délirantes et absurdes. Et peu importe que ses options protectionnistes commencent à être implémentées dans de nombreux pays (et pas des moindres, Royaume-Uni et Etats-Unis en tête) dont les dirigeants ont enfin pris acte des ravages du libre-échange sauvage. C’est que dans le camp de la Tolérance et du Padamalgam, on vit avec son temps : on s’informe sur l’état du monde, sur les grands mouvements qui l’affectent, et on sent avec un instinct redoutable les perspectives qui se dessinent. Bref, le camp de la Tolérance et du Padamalgam est avant tout le camp des visionnaires.
C’est ainsi qu’il y a quelques mois, on s’y étranglait de rage quand les Anglais votèrent pour le Brexit. Furieux de ce vote totalement stupide, affreusement populiste, on annonçait un cataclysme, un avenir apocalyptique pour l’économie anglaise, un chaos inouï. C’était, prévenait-on gravement, un terrifiant saut dans l’inconnu… Eh oui, dans le camp de la Tolérance et du Padamalgam — et contrairement aux populistes — on ne joue pas sur les peurs, et on fait toujours appel à la sagesse et à la raison.
C’est pour cela, d’ailleurs, qu’on est toujours modéré dans ses réactions. On rivalisait donc de hurlements, de consternation, d’indignation, d’incantations vengeresses ; en revanche on était beaucoup moins inspiré, quand il s’agissait de donner des explications… Tout en continuant de fustiger, avec cet aplomb si caractéristique de l’inculte, les incultes faciles à manipuler qui ont voté pour le Brexit…
Depuis, la volonté de mettre en œuvre le Brexit a été confirmée. Les marchés, qui reflètent les anticipations pour l’avenir, se portent au mieux. Le chômage est historiquement bas. La confiance des consommateurs est historiquement élevée. Comme celle des entreprises. La baisse de la livre a donné un formidable coup de fouet aux exportations britanniques. Maintenant que l’hystérie médiatique est retombée, trois banquiers sur quatre estiment que la City ne sera pas affectée par le Brexit. Bref, c’est l’apocalypse.
Mais dans le camp de la Tolérance et du Padamalgam, qui n’est pas du tout celui des esprits bornés, on persiste à glapir que le Brexit est une terrible erreur ; et on assène pompeusement, en roulant des yeux effarés, que les nuages s’accumulent sur l’économie britannique… Toujours sans apporter la moindre explication... A part radoter que le Brexit est la victoire de l’ignorance, de l’intolérance et des préjugés. C’est ce qu’on appelle élever le débat… C’est, surtout, n’exprimer ni ignorance, ni intolérance, ni préjugés…
Pendant ce temps, Theresa May a annoncé les grands principes qui sous-tendront son action : relocaliser l’emploi ; réindustrialiser ; instaurer des frontières douanières ; faire du protectionnisme. Devant tant de chimères populistes, on ricane, dans le camp de la Tolérance et du Padamalgam. On ne s’est jamais avisé que les ricanements sont l’antithèse des arguments ; qu’ils sont tout ce qui reste, quand on n’a plus rien à dire… les révélateurs d’une consternante faiblesse argumentative…
Pendant ce temps, la Banque d’Angleterre vient de doubler ses prévisions de croissance pour 2017 — année où le Brexit sera effectif. La Banque d’Angleterre doit être populiste. Idiote. Incompétente. Qui sait, peut-être est-elle infiltrée par Marine Le Pen ?

D’ailleurs Marine Le Pen, non contente d’avoir un programme économique qui non seulement n’existe pas, mais est aberrant et dangereux, Marine Le Pen cette dingue veut sortir de l’euro. Sortir de l’euro, vous vous rendez compte ? Pure folie ! Elle est folle ! C’est de la folie !
Bon, sortir de l’euro, c’est aussi ce que préconisent pas mal de prix Nobel d’économie, et d’universitaires, et d’enseignants d’établissements prestigieux (par exemple HEC et Dauphine), et de membres éminents de la Banque de France. Bref, un ramassis d’écervelés, de bas du front et d’incultes. Des gens mal formés, peu éduqués et donc enclins à se laisser berner par des discours simplistes. Des fascistes en puissance, probablement. Secrètement à la botte, c’est le cas de le dire, de Marine Le Pen.
Ces rabat-joie à tendance fasciste expliquent donc que l’euro est sûrement la plus grosse aberration de l’histoire économique ; qu’imposer une même monnaie à des économies aussi dissemblables que celles de l’Allemagne et du Portugal contrevient aux principes économiques les plus élémentaires ; que la compétitivité d’un pays nécessite entre autres un réglage subtil entre niveau de la monnaie et niveau des salaires ; que si on impose à une économie une monnaie trop forte eu égard à sa vigueur, la seule possibilité qui lui reste pour espérer rester compétitive est de baisser les salaires ; que c’est précisément ce qui se passe avec l’euro, monnaie dont le niveau très élevé ne convient qu’à l’Allemagne, et écrase les autres pays.
Ils en concluent, ces salauds d’eurosceptiques, que l’euro n’est pas viable, sauf à accepter des déflations salariales vertigineuses et le démantèlement de toute protection sociale.
Et puisqu’en bons fascistes, ils sont également complotistes, ils affirment que tout cela n’est pas fortuit : que c’est précisément le dessein des concepteurs de l’euro, ces ultralibéraux forcenés, de bloquer le levier monétaire pour ne laisser activable que le levier des salaires, et ainsi contraindre les pays d’Europe à une fantastique déflation salariale. Que l’euro est l’une des armes les plus efficaces de l’arsenal ultralibéral européiste (en plus de l’abolition des frontières) pour transformer la « zone euro » en zone de travail à bas-coût.
Ils ajoutent même, décidément sacrément complotistes, que tout cela n’a rien d’étonnant quand on sait que l’Union européenne est l’Eglise de la concurrence libre et non faussée ; que le clergé bruxellois vise à déployer à l’échelle européenne le libre-échange le plus sauvage, le plus cruel, le plus impitoyable.
Mais dans le camp de la Tolérance et du Padamalgam, on n’est pas dupe : on sait que ceux qui développent ce genre de raisonnement ne peuvent être que des fumiers d’eurosceptiques. Des gens peu éduqués, qui ne disposent pas du bagage intellectuel suffisant pour apprécier les bienfaits de l’euro (qui sont pourtant flagrants). Et après tout, que valent des prix Nobel d’économie face aux technocrates de Bruxelles ? Que valent leurs arguments, leurs explications, leur démonstrations, face à l’excellent bilan de l’euro ? Que vaut le prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz, ce pseudo-z-intellectuel (comme dirait notre génie national Najat Vallaud-Belkacem), face à l’immense Jean-Claude Juncker, ce bienfaiteur des peuples aux résultats époustouflants ? Que valent 500 pages de démonstrations argumentées de Joseph Stiglitz face à cette profession de foi : « L’euro c’est l’Europe, et l’Europe c’est la paix » ? Que vaut la raison face à un slogan ?
Eh oui, il faut le dire et le répéter : on a des arguments puissants, dans le camp de la Tolérance et du Padamalgam. Contrairement aux prix Nobel qui, comme chacun sait, sont des esprits simples qui jouent sur les peurs et les passions les plus viles, on ne s’y contente pas de slogans, ni d’incantations : on raisonne, on argumente, on démontre. « L’euro nous protège » ; « Avec l’euro, on rit beaucoup plus » ; « Heureux avec l’euro » ; « L’euro, c’est une belle conquête des peuples ». Des arguments solides, on vous dit. Des explications consistantes, des démonstrations convaincantes. Et puis c’est vachement fastoche de les démentir, ces benêts de prix Nobel, puisqu’on a les faits pour soi. Eh oui, il suffit de se baisser pour ramasser à pleines mains les preuves de la bienfaisance de l’euro.
Après tout, c’est bien vrai que la zone euro détient des records de croissance : croissance économique la plus faible au monde (c’est un record comme un autre, après tout) ; croissance exponentielle de la pauvreté ; croissance à deux chiffres de la consommation d’antidépresseurs et de psychotropes ; croissance fulgurante du taux de suicide. Pas un seul pays à part l’Allemagne qui ne participe à cette avalanche de records. Performant, l’euro.
Ouvrez les yeux, et admirez : la Grèce se porte vachement mieux, depuis qu’elle a l’euro. Et le Portugal, alors, au top ! 20% des habitants y gagnent moins de 400 euros par mois. L’euro c’est la prospérité, on vous dit ! Et biglez donc du côté de l’Espagne : encore une preuve spectaculaire que l’euro nous protège. Que, comme nous l’annonçait le grand Jacques Delors, « l’euro nous apportera la paix, la prospérité, la compétitivité ». Et l’immense visionnaire Jack Lang : « Avec l’euro, on rira beaucoup plus ». Jugez par vous-même : en Espagne, un tiers des actifs touchent moins de 750 euros par mois ; 2 millions de foyers ont tous leurs membres en recherche d’emploi ; plus de la moitié des moins de 25 ans sont au chômage. Comme toujours, le prophète Jack Lang avait vu juste : ces gens passent leur temps à se tenir les côtes. Et en Italie ? Ah, là, là, euh aussi s’amusent comme des petits fous ! Beaucoup plus qu’avant l’euro ! Hi hi ! Ouh ouh ! L’insouciance, eh ! La dolce vita par l’euro ! Et puis si depuis l’introduction de l’euro, la production industrielle française a chuté de 12%, l’espagnole de 15% et l’italienne de 21%, tandis que la production industrielle allemande s’est envolée de… 34%, ça n’a évidemment rien à voir avec le fait que l’euro est taillé pour l’économie allemande — ça, c’est de la propagande de prix Nobel. C’est une simple coïncidence ; et il faut vraiment la mauvaise foi d’un prix Nobel pour y voir une relation de causalité. Bref, dans le camp de la Tolérance et du Padamalgam, la lucidité et la bonne foi sont aux commandes. On n’est pas obscurantiste, ni religieux, encore moins superstitieux (contrairement à nos abrutis d’ancêtres) ; on peut donc facilement démontrer que le bilan de Saint-Euro est merveilleux, et que s’en débarrasser mènerait à l’apocalypse. De la même manière qu’on savait très bien expliquer pourquoi le Brexit déclencherait un cataclysme… Décidément c’est indéniable : dans le camp de la Tolérance et du Padamalgam, on n’est pas un perroquet des médias, ni un moulin à propagande. D’ailleurs c’est bien connu : la propagande, c’est toujours chez les autres.

C’est donc en complète connaissance de cause, en se fondant sur un examen attentif des propos de Marine Le Pen — et non des relations médiatiques qui en sont faites — , qu’on s’apprête à faire barrage à Marine Le Pen.
C’est sur la base d’une analyse nuancée de la personnalité et de la pensée de Marine Le Pen, en s’interdisant les clichés et les caricatures, qu’on a décidé de mettre à bas cette femme toxique qui prône le fascisme et la haine de l’Autre.
C’est par héroïsme, et non par conformisme, qu’on a résolu d’entrer en résistance.
Ce choix glorieux — dont tous les historiens confirmeront la dimension héroïque — est un choix éminemment personnel. Libre de tout conditionnement, de tout endoctrinement. Un choix mûrement réfléchi, qui ne doit rien au suivisme ni à un quelconque mimétisme social.
Au contraire, c’est un choix qui dénote un courage et une indépendance d’esprit remarquables : il est soutenu seulement par la totalité des médias, des acteurs, des chanteurs, des sportifs, des présentateurs, des grands patrons et des politiques.
Face à une adversité aussi terrible, beaucoup auraient fléchi. Renoncé. Pas les immenses résistants du camp de la Tolérance et du Padamalgam. Ils sont faits d’un bois solide, le bois des Résistants. Et ils ont l’esprit de sacrifice : ils n’hésitent pas à risquer la mort sociale pour défendre ce en quoi ils croient. N’écoutant donc que leur courage, ils vont, lors de cet entre-deux-tours décisif pour l’avenir de la Démocratie et la République, multiplier les défilés fraternels contre la truie fasciste qui capitalise sur la haine et l’ignorance, et ses conards d’électeurs.
Il n’y aura dans ces défilés aucune trace d’hystérie collective, encore moins d’ivresse narcissique. Tous ces gens se prendront pour Jean Moulin, et ils auront raison. Il n’y aura pas non plus la moindre trace de haine ni d’intolérance. Oui, on aura beau chercher : on ne trouvera dans ces défilés humanistes aucune trace de ces détestables passions populistes qui agitent la France moisie du repli sur soi. Aucune trace d’ignorance, encore moins de préjugés ; seulement de l’intelligence, de la réflexion, de la raison. Et un profond respect de l’autre, au-delà des différences. Un sens aigu de la fraternité qui nous unit, nous, la grande famille humaine. Oui, ces défilés seront de poignants témoignages de ce que l’homme a en lui de plus beau, de plus grand, de plus noble. On n’y trouvera donc pas non plus la moindre trace de stigmatisation, puisqu’un des mots d’ordre de ces défilés fraternels sera justement : « Il ne faut pas stigmatiser. Ni faire d’amalgame. »
C’est donc dans un souci constant de ne pas stigmatiser, et de ne pas faire d’amalgame, qu’on traitera les électeurs de Marine Le Pen de racistes, de fascistes, de gros porcs nazis. En rugissant cela, on ne sera bien sûr sous l’emprise d’aucune propagande, contrairement aux électeurs de Marine Le Pen, ces ploucs qui, peu instruits et mal informés, sont extrêmement faciles à manipuler et à faire descendre dans la rue pour répéter n’importe quelle ânerie. Cette analyse — toute en nuance et en modération, ainsi qu’on peut s’y attendre de la part de gens instruits et informés — sera la première d’une longue série, toutes plus pertinentes les unes que les autres. Comme par exemple celle consistant à affirmer que les électeurs de Marine Le Pen sont misogynes et homophobes. Tellement misogynes, tellement homophobes qu’ils plébiscitent un parti dont le président est une femme et le vice-président un homosexuel. Et ainsi de suite : tout un tas d’analyses subtiles et irréfutables, car corroborées par les faits.
Puis, le jour J, ce jour déjà mémorable du 7 mai 2017, on ira poser l’acte de résistance suprême : on glissera son bulletin « Identité heureuse » dans l’urne. On ne tremblera pas. On se prendra même en selfie, pour immortaliser ce moment. Un geste pour l’Histoire.
Alors le jeuniste à tête d’œuf sera élu. Ainsi, on aura sauvé les générations futures de l’effroyable Marine Le Pen, et de son abominable programme fascisant. On aura bien travaillé. Nos enfants nous remercieront.
Nos enfants nous remercieront car, grâce à notre acte de Résistance, ils continueront d’ingurgiter les programmes scolaires crétinisants et culpabilisants concoctés par nos brillants idéologues et nos bienveillants pédagogistes. L’illettrisme sera leur lot commun. La haine de soi également. Contrairement à l’orthographe, la théorie du genre n’aura plus aucun secret pour eux. Ni le tissu d’horreurs que constitue l’histoire de la France et de l’Occident. Ni la chaîne ininterrompue de splendeurs qu’est l’histoire de l’islam. Bref, nos enfants recevront une éducation qui les élèvera, les épanouira, les accomplira. Ce sera l’identité heureuse.
Ce n’est d’ailleurs pas seulement leur identité qui sera heureuse, mais l’ensemble de leur existence : car s’ils se font agresser, racketter, tabasser ou violer (notamment nos filles, si elles ne portent pas le voile), nos enfants auront le bonheur de voir leur agresseur, leur racketteur, leur tabasseur ou leur violeur éviter la prison. Et récidiver. Une fois, dix fois, cinquante fois. Toujours en toute impunité. Car le jeuniste à tête d’œuf n’enrayera évidemment pas le laxisme pénal instauré par ses prédécesseurs via les lois Dati et Taubira. Il n’en a ni la force, ni l’autorité, ni l’envie.
Et puis, comme un bonheur n’arrive jamais seul, le jeuniste à tête d’œuf perpétuera l’immigration massive. Perpétuera, que dis-je ? Il l’intensifiera. Il la décuplera. Car en plus des flux migratoires colossaux que nous recevons déjà depuis des décennies, et qui nous ont apporté tant de joie et de sérénité, nous accueillerons désormais les fameux clandestins — pardon, les fameux « migrants » — pardon, les fameux « réfugiés ». La fracture communautariste se creusera. Encore. Et encore. Les contre-sociétés islamistes s’enhardiront. Deviendront de mieux en mieux armées. De plus en plus violentes. Elles nous enverront des équipées meurtrières de plus en plus dévastatrices. Et, comme l’annonce l’Etat islamique depuis plusieurs années, comme il l’a déjà mis à exécution pour les attentats du 13 novembre 2015, ces flux de « réfugiés » seront de plus en plus infiltrés par des djihadistes. Lesquels nous réservent des carnages dont nous peinons encore à imaginer l’atrocité, mais à côté desquels le bain de sang du Bataclan nous semblera un non-événement. Oui, décidément, nos enfants auront l’identité heureuse.
Mais ils auront mauvaise grâce de se plaindre : car nous les aurons sauvés du fléau Marine Le Pen. Du cataclysme Marine Le Pen. De l’apocalypse Marine Le Pen. Et s’ils sont sceptiques, s’ils ont l’impression que les fléaux, les cataclysmes et l’apocalypse, c’est plutôt ce qu’ils vivent, nous leur expliquerons que nous n’avions pas le choix. Qu’en ce jour terrible du 23 avril 2017, la République était en danger. La Démocratie menacée. Qu’une effroyable dictature menaçait de s’abattre sur la France. Qu’il était donc urgent, pour sauver la Démocratie, d’élire le jeuniste à tête d’œuf, afin qu’il transfère au plus vite nos derniers lambeaux de souveraineté à l’oligarchie bruxelloise. Cette oligarchie bruxelloise dont le patron Jean-Claude Juncker déclarait récemment : « Il ne peut pas y avoir de choix démocratique contre les traités européens. » Cette oligarchie bruxelloise dont le patron précédent, José Manuel Barroso, a récemment rejoint la banque d’affaires Goldman Sachs (ONG bien connue pour son attachement à la liberté et à la prospérité des peuples — les Grecs en savent quelque chose). Cette oligarchie bruxelloise qui, pour servir les intérêts des peuples, prend conseil auprès de 30 000 lobbyistes, et entretient un contact permanent avec les plus grandes multinationales. Cette oligarchie bruxelloise, dont les membres font une carrière en essuie-glace, alternant entre les institutions européennes et les multinationales ou les banques… Cette oligarchie bruxelloise, donc, garante de la démocratie et du respect de la volonté populaire.
Nos enfants réaliseront ainsi que, pour sauver la Démocratie, nous avons donné carte blanche à la lobbycratie et à la technocratie. Ils réaliseront que pour défendre la République, nous avons accordé les pleins pouvoirs aux dictateurs de Bruxelles.
Peut-être, alors, comprendront-ils mieux pourquoi ils sont au chômage. Ou sous-payés. Pourquoi ils sont de plus en plus pauvres. Car tout le monde aura compris, depuis le temps, que l’Union européenne a toujours eu pour but de se construire non pas comme un prolongement, mais comme un substitut des nations, pour faire régner en Europe l’ultralibéralisme le plus féroce. Au passage, ils trouveront étrange que nous ayons cru moderne de nous en remettre à des ultra-libéraux fanatiques au moment où les plus grandes puissances (Royaume-Uni et Etats-Unis), ayant pris acte des ravages du libre-échange sans frontières, amorçaient la démondialisation, signant le grand retour du protectionnisme et de la priorité nationale. Peut-être verront-ils dans notre anachronisme un signe de gâtisme précoce. Ou, tout au moins, d’une absence totale d’instinct. Mais nous leur expliquerons que nous n’avions pas le choix. Qu’il fallait à tout prix s’opposer aux délires fascisto-protectionnistes de Marine Le Pen.
Peut-être, aussi, nos enfants comprendront-ils mieux pourquoi ils vivent dans une anxiété permanente, une atmosphère étouffante de guerre civile larvée. Pourquoi ils sentent la civilisation millénaire de la France devenir chaque jour plus minoritaire, menacée d’enfouissement par une culture rétrograde, misogyne et ultra-violente. L’enfer communautariste que sera devenue la France, truffée de poudrières islamistes et autres territoires perdus, aura en effet pour eux une généalogie claire. Ils auront eu vent des projets de « migrations de remplacement » imaginés par l’ONU (et non par Renaud Camus) et approuvés par l’ensemble de nos élites. Projets de migrations de remplacement préconisant l’entrée en France de « 16 millions de migrants de 2020 à 2040, soit 800 000 personnes par an ». Ils auront lu également cette note officielle de l’INED, datée d’avril 2016 : « Alors que la crise économique va passer, la crise démographique va au contraire prendre de l’ampleur et sa résolution prendra du temps. Les migrations de remplacement pourraient faire partie des réponses de l’Europe à sa situation démographique. » Ils feront remarquer que nos experts en comptabilité démographique avaient juste oublié un point de détail : à savoir que les peuples ne sont pas interchangeables. Que le multiculturalisme mène immanquablement au communautarisme. Puis à la guerre. Ils en feront chaque jour l’expérience amère. Mais nous leur expliquerons qu’à l’époque, l’immigration était une chance pour la France. Que nous étions riches de nos différences. Et qu’en 2017, il était plus que temps d’être moderne, donc de plonger sans retour dans le grand bain de la société multiculturelle et de l’identité heureuse.
Peut-être nos enfants nous trouveront-ils à côté de la plaque. A rebours du prétendu sens de l’Histoire que nous ne cessons d’invoquer (à défaut d’arguments). Peut-être nous diront-ils qu’en élisant le jeuniste à tête d’œuf, nous nous croyions modernes, mais nous faisions en vérité le choix du conservatisme le plus figé. Qu’en imaginant sauver la démocratie, nous assurions un avenir en or à la lobbycratie, à la technocratie, à l’oligarchie. Peut-être, même, nous apprendront-ils qu’à l’ultra-libéralisme, au chômage de masse, à Schengen, à l’immigration massive, au communautarisme et au djihadisme, ils auraient préféré Marine Le Pen. Peut-être les plus cruels exhumeront-ils cette phrase de Lionel Jospin, en 2007 : « Avec le Front national, nous n’avons jamais été dans une situation de menace fasciste, et même pas face à un parti fasciste. Tout antifascisme n’était que du théâtre. » Peut-être, alors, nous demanderont-ils comment nous avons pu être si aveugles, si dénués d’esprit critique, si dociles aux propagandes ; comment nous avons pu si longtemps croire à la fable de la menace fasciste, et ne rien voir des menaces terribles et bien réelles qui se déployaient devant nos yeux. Comment nous avons pu si obstinément nous complaire dans des postures morales socialement avantageuses, tout en laissant le champ libre aux pires charognes. Parodier la résistance, pour mieux masquer notre collaboration au désastre…
Oui, peut-être nos enfants nous diront-ils qu’au lieu de nous boucher le nez, nous aurions mieux fait d’ouvrir les yeux. Qu’avec nos simagrées narcissiques de résistants de salon, nous avons été terriblement naïfs. Et qu’ils paient désormais très cher les conséquences de notre naïveté. Peut-être, même, nous en voudront-ils, de les avoir sauvés de la menace fasciste. Les ingrats.