samedi 25 mars 2017

Vivre à crédit ou vivre libre ?

« Il y a deux façons de conquérir et d’asservir une nation : l’une est l’épée, l’autre la dette »
John Adams

Il paraît qu’il ne faut pas jouer sur les peurs. Ni mentir aux Français. Que c’est une insulte à leur intelligence.
Si nous sortons de l’euro, nos créanciers vont se fâcher tout rouge. Et les taux d’intérêt vont exploser. Et nous ne pourrons plus emprunter. Et la France sombrera dans le chaos.
Ainsi parlent nos experts accrédités. Je ne sais pas s’ils jouent sur les peurs ; chacun jugera, selon son goût pour la comédie. Ce qui est sûr, en revanche, c’est qu’ils mentent. Au moins par omission.

Car si l’on peut effectivement s’attendre à ce qu’une sortie de l’euro provoque une hausse des taux, s’obnubiler sur cette perspective est fallacieux. Car ce qui compte, dans la sortie de l’euro, ce n’est pas un de ses effets isolé : c’est la résultante de tous ses effets. C’est en examinant cette résultante que nous saurons s’il est opportun de sortir de l’euro ; comme le meilleur moyen de savoir s’il fut opportun d’y entrer est d’observer, 17 ans plus tard, sa résultante sur notre économie, notre industrie, notre chômage…
« Avec l’euro, on rira beaucoup plus » nous annonçaient ceux qui, aujourd’hui, nous annoncent l’apocalypse en cas de sortie de l’euro. « L’euro nous apportera la paix, la prospérité, la compétitivité » prédisaient-ils. « L’euro, ce sera moins de chômeurs et plus de prospérité », prophétisaient-ils. « L’euro est la réponse d’avenir à la question du chômage », promettaient-ils.
17 ans plus tard, nous avons 6,5 millions de chômeurs. 85% des embauches se font en CDD. 15% des Français vivent sous le seuil de pauvreté. Depuis l’introduction de l’euro, la production industrielle française a chuté de 12% ; l’espagnole de 15% ; l’italienne de 21%. En Espagne, la moitié des jeunes sont au chômage ; 1 salarié sur 3 gagne moins de 750 euros par mois. Au Portugal, 1 salarié sur 5 gagne touche moins de 400 euros. En Grèce, le taux de suicide, longtemps un des plus bas du monde, atteint des sommets terrifiants. La zone euro affiche la croissance économique la plus faible au monde.
Mais répétez avec les dévots de Saint Euro : la vie avec l’euro, c’est le paradis ; et la vie sans l’euro, ce serait l’enfer. Allez, reprenez en chœur : la désindustrialisation, le chômage de masse, ce n’est pas aujourd’hui, depuis que nous avons l’euro ; ce sera demain, quand nous n’aurons plus l’euro. Amen.

Outre qu’elle est profondément malhonnête, puisqu’elle occulte le bilan désastreux de l’euro, et cache obstinément les effets positifs d’une sortie de l’euro, la rhétorique des adorateurs de l’euro est révélatrice de la vision glaçante qu’ils ont de la France — de «  ce pays », comme ils disent avec mépris. Leur discours est en effet un discours de renoncement. Et de servitude. Hors de la Dette, point de salut : voilà leur slogan. Par quoi l’on voit que des eurolâtres sont avant tout des défaitistes. Ils apparaissent en effet incapables d’envisager que la France se finance autrement que par l’endettement. La création de richesse ? Vous n’y pensez pas ! C’est dépassé, enfin, dans la France de 2017 ! Ce n’est pas moderne ! Et bien trop fatigant ! D’ailleurs regardez comme les taux sont bas ! Ce serait dommage de ne pas en profiter, non ?
L’obsession des fanatiques de l’euro pour les conditions d’emprunt en dit long sur la (non-) ambition qu’ils nourrissent pour la France ; elle traduit leur résignation à ce que « ce pays » soit une sorte de chômeur surendetté, léthargique, croulant sous les engagements, harcelé par une nuée d’organismes de crédit à la consommation pour honorer des emprunts qu’il ne remboursera jamais, faute de pouvoir un jour retravailler.
Dans cette logique, l’euro est effectivement indispensable : quand on ambitionne de vivre à crédit, le seul paramètre économique qui importe est le niveau des taux. C’est la voie qu’ont choisie les eurolâtres. La vie sous perfusion. Leur discours les trahit, qui se concentre exclusivement sur la question des taux d’emprunt. C’est-à-dire du prix de la perfusion.

Mais il existe une autre voie. Une voie suivie avec constance pendant des millénaires, par tous les peuples du monde. Une voie qui repose sur une idée révolutionnaire : vivre de son travail.
Cette voie, c’est celle de la création de richesse.

Si l’on choisit cette voie, les taux d’intérêt deviennent un paramètre économique parmi d’autres. Pas négligeable, bien sûr : il semble illusoire, tout au moins à court-terme, de ne plus du tout s’endetter. Mais d’autres paramètres entrent alors en compte, bien plus décisifs que les taux d’intérêt. Parmi eux, la force de la monnaie. Si elle est trop élevée, elle ruine notre compétitivité et nous oblige, pour essayer de compenser, à comprimer les salaires. C’est ce qui se passe en Espagne et au Portugal, où la (relative) baisse du chômage dont se réjouissent nos experts ne se fait qu’au prix d’une formidable déflation salariale. C’est aussi ce qui se passe en France, dans une moindre mesure… C’est à vrai dire ce qui se passe dans tous les pays de la zone euro hors Allemagne ; l’Allemagne est en effet le seul pays pour lequel l’euro est trop faible — c’est le FMI qui le dit. C’est la raison majeure pour laquelle, alors que les industries de la zone euro se sont effondrées depuis l’introduction de l’euro, la production industrielle allemande s’est, elle, amplifiée de… +34% !

Nous sommes face à un dilemme : l’outil qui nous permet d’emprunter à taux bas est également celui qui nous empêche de créer de la richesse. L’outil qui nous permet de vivre à crédit est celui qui nous met au chômage.
Pour trancher ce dilemme, il faut et il suffit de savoir quelle est notre conception de la France. D’identifier quelle ambition nous avons pour elle — et, par conséquent, pour nous et nos enfants. La vie sous perfusion, ou le déploiement des énergies ? Le rabougrissement, ou l’expression des talents ? L’assistanat, ou l’accomplissement ? La consommation, ou la création ?
Autant de questions derrière lesquelles on voit se profiler d’autres interrogations, plus fondamentales. Autant de questions à travers lesquelles on sent bien que l’enjeu du maintien de la France dans l’euro n’est, en vérité, qu’accessoirement économique.

« Il y a deux façons de conquérir et d’asservir une nation ; l’une est l’épée, l’autre la dette », disait John Adams. C’est ce qu’avait compris Napoléon, qui exécrait les financiers : « Lorsqu'un gouvernement est dépendant des banquiers pour l'argent, ce sont ces derniers, et non les dirigeants du gouvernement qui contrôlent la situation, puisque la main qui donne est au-dessus de la main qui reçoit. » C’est ce qu’avait compris de Gaulle, qui refusa toujours farouchement d’endetter la France : « La politique de la France ne se fait pas à la corbeille. » C’est ce qu’avaient compris tous les dirigeants de la France jusqu’à la génération de traîtres qui, il y a quarante ans, a pris les commandes, et les a progressivement transférées à des intérêts privés, nous dépouillant ainsi de notre indépendance et de notre liberté. L’adoption de l’euro fut le point d’orgue de ce processus de dépossession et d’asservissement. « Permettez-moi d’émettre et de contrôler les ressources monétaires d’un pays, et je me moque de celui qui écrit ses lois » disait Mayer Amschel Rothschild. Oui, le Rothschild de la banque où a officié M. Macron…
L’euro donne corps à la prophétie de Rothschild. C’est le cauchemar que vit la Grèce, qui est tombée dans le piège de la dette. Elle a cru qu’elle pourrait vivre éternellement à crédit. Elle réalise cruellement que tout cela n’était qu’un leurre. Aux promesses d’une vie facile, ont succédé l’humiliation et la misère. La Grèce est en train d’en mourir, de la manière la plus atroce qui soit… Obligée d’aller régulièrement quémander auprès de ses bourreaux les fonds qui lui permettront de prolonger son agonie. C’est l’avenir qui nous attend, si nous ne sortons pas au plus vite de ce piège.

Recouvrer notre indépendance et notre liberté : voilà la vraie raison pour laquelle nous devons sortir de l’euro. Elle prime sur toutes les autres. Elle suffirait à elle seule, si nous ne savions de surcroît que la maîtrise de la monnaie est une condition indispensable à notre performance économique.
Si nous n’accomplissons pas cet acte d’émancipation, notre avenir sera celui de la servitude. De l’humiliation perpétuelle. Il se réduira à ramper pour obtenir des prêts. A nous prosterner bien bas devant nos créanciers, à nous soumettre à leurs exigences les plus sévères pour qu’ils daignent nous verser de quoi survivre. Toujours garder en tête l’exemple de la Grèce… Et ceux qui trouvent que j’exagère, que je joue à mon tour sur les peurs, feraient bien de s’aviser que cela a déjà commencé : nos 2 000 milliards de dette ne viennent pas de nulle part… Nous partons seulement de plus haut que la Grèce ; mais la destruction de notre appareil productif, et donc de notre capacité de vivre de notre travail, est en cours… et déjà bien avancée…
Les arguments des avocats de l’euro le révèlent assez : l’euro est la monnaie de la vie à crédit. De la vie sous perfusion. Petit à petit, il ronge notre capacité à créer, à travailler, et nous enferme dans la passivité, la dépendance aux marchés. De ce genre de scénario, il est vain d’espérer une issue heureuse. Il est donc temps de sortir de ce chemin de servitude dans lequel nous ont engouffré nos « dirigeants », et de renouer avec l’esprit de grandeur porté par de Gaulle et par Napoléon. Oui, il est plus que temps de tourner la page de ces quarante années de trahison. Il en va de notre dignité, de notre honneur, de notre indépendance. Il en va de notre liberté.

1 commentaire:

  1. Je plussoie totalement à votre propos. Il est la marque du bon sens et de la lucidité, qualités qui s'amenuisent, voir qui disparaissent avec le temps, hélas.

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