samedi 25 mars 2017

Vivre à crédit ou vivre libre ?

« Il y a deux façons de conquérir et d’asservir une nation : l’une est l’épée, l’autre la dette »
John Adams

Il paraît qu’il ne faut pas jouer sur les peurs. Ni mentir aux Français. Que c’est une insulte à leur intelligence.
Si nous sortons de l’euro, nos créanciers vont se fâcher tout rouge. Et les taux d’intérêt vont exploser. Et nous ne pourrons plus emprunter. Et la France sombrera dans le chaos.
Ainsi parlent nos experts accrédités. Je ne sais pas s’ils jouent sur les peurs ; chacun jugera, selon son goût pour la comédie. Ce qui est sûr, en revanche, c’est qu’ils mentent. Au moins par omission.

Car si l’on peut effectivement s’attendre à ce qu’une sortie de l’euro provoque une hausse des taux, s’obnubiler sur cette perspective est fallacieux. Car ce qui compte, dans la sortie de l’euro, ce n’est pas un de ses effets isolé : c’est la résultante de tous ses effets. C’est en examinant cette résultante que nous saurons s’il est opportun de sortir de l’euro ; comme le meilleur moyen de savoir s’il fut opportun d’y entrer est d’observer, 17 ans plus tard, sa résultante sur notre économie, notre industrie, notre chômage…
« Avec l’euro, on rira beaucoup plus » nous annonçaient ceux qui, aujourd’hui, nous annoncent l’apocalypse en cas de sortie de l’euro. « L’euro nous apportera la paix, la prospérité, la compétitivité » prédisaient-ils. « L’euro, ce sera moins de chômeurs et plus de prospérité », prophétisaient-ils. « L’euro est la réponse d’avenir à la question du chômage », promettaient-ils.
17 ans plus tard, nous avons 6,5 millions de chômeurs. 85% des embauches se font en CDD. 15% des Français vivent sous le seuil de pauvreté. Depuis l’introduction de l’euro, la production industrielle française a chuté de 12% ; l’espagnole de 15% ; l’italienne de 21%. En Espagne, la moitié des jeunes sont au chômage ; 1 salarié sur 3 gagne moins de 750 euros par mois. Au Portugal, 1 salarié sur 5 gagne touche moins de 400 euros. En Grèce, le taux de suicide, longtemps un des plus bas du monde, atteint des sommets terrifiants. La zone euro affiche la croissance économique la plus faible au monde.
Mais répétez avec les dévots de Saint Euro : la vie avec l’euro, c’est le paradis ; et la vie sans l’euro, ce serait l’enfer. Allez, reprenez en chœur : la désindustrialisation, le chômage de masse, ce n’est pas aujourd’hui, depuis que nous avons l’euro ; ce sera demain, quand nous n’aurons plus l’euro. Amen.

Outre qu’elle est profondément malhonnête, puisqu’elle occulte le bilan désastreux de l’euro, et cache obstinément les effets positifs d’une sortie de l’euro, la rhétorique des adorateurs de l’euro est révélatrice de la vision glaçante qu’ils ont de la France — de «  ce pays », comme ils disent avec mépris. Leur discours est en effet un discours de renoncement. Et de servitude. Hors de la Dette, point de salut : voilà leur slogan. Par quoi l’on voit que des eurolâtres sont avant tout des défaitistes. Ils apparaissent en effet incapables d’envisager que la France se finance autrement que par l’endettement. La création de richesse ? Vous n’y pensez pas ! C’est dépassé, enfin, dans la France de 2017 ! Ce n’est pas moderne ! Et bien trop fatigant ! D’ailleurs regardez comme les taux sont bas ! Ce serait dommage de ne pas en profiter, non ?
L’obsession des fanatiques de l’euro pour les conditions d’emprunt en dit long sur la (non-) ambition qu’ils nourrissent pour la France ; elle traduit leur résignation à ce que « ce pays » soit une sorte de chômeur surendetté, léthargique, croulant sous les engagements, harcelé par une nuée d’organismes de crédit à la consommation pour honorer des emprunts qu’il ne remboursera jamais, faute de pouvoir un jour retravailler.
Dans cette logique, l’euro est effectivement indispensable : quand on ambitionne de vivre à crédit, le seul paramètre économique qui importe est le niveau des taux. C’est la voie qu’ont choisie les eurolâtres. La vie sous perfusion. Leur discours les trahit, qui se concentre exclusivement sur la question des taux d’emprunt. C’est-à-dire du prix de la perfusion.

Mais il existe une autre voie. Une voie suivie avec constance pendant des millénaires, par tous les peuples du monde. Une voie qui repose sur une idée révolutionnaire : vivre de son travail.
Cette voie, c’est celle de la création de richesse.

Si l’on choisit cette voie, les taux d’intérêt deviennent un paramètre économique parmi d’autres. Pas négligeable, bien sûr : il semble illusoire, tout au moins à court-terme, de ne plus du tout s’endetter. Mais d’autres paramètres entrent alors en compte, bien plus décisifs que les taux d’intérêt. Parmi eux, la force de la monnaie. Si elle est trop élevée, elle ruine notre compétitivité et nous oblige, pour essayer de compenser, à comprimer les salaires. C’est ce qui se passe en Espagne et au Portugal, où la (relative) baisse du chômage dont se réjouissent nos experts ne se fait qu’au prix d’une formidable déflation salariale. C’est aussi ce qui se passe en France, dans une moindre mesure… C’est à vrai dire ce qui se passe dans tous les pays de la zone euro hors Allemagne ; l’Allemagne est en effet le seul pays pour lequel l’euro est trop faible — c’est le FMI qui le dit. C’est la raison majeure pour laquelle, alors que les industries de la zone euro se sont effondrées depuis l’introduction de l’euro, la production industrielle allemande s’est, elle, amplifiée de… +34% !

Nous sommes face à un dilemme : l’outil qui nous permet d’emprunter à taux bas est également celui qui nous empêche de créer de la richesse. L’outil qui nous permet de vivre à crédit est celui qui nous met au chômage.
Pour trancher ce dilemme, il faut et il suffit de savoir quelle est notre conception de la France. D’identifier quelle ambition nous avons pour elle — et, par conséquent, pour nous et nos enfants. La vie sous perfusion, ou le déploiement des énergies ? Le rabougrissement, ou l’expression des talents ? L’assistanat, ou l’accomplissement ? La consommation, ou la création ?
Autant de questions derrière lesquelles on voit se profiler d’autres interrogations, plus fondamentales. Autant de questions à travers lesquelles on sent bien que l’enjeu du maintien de la France dans l’euro n’est, en vérité, qu’accessoirement économique.

« Il y a deux façons de conquérir et d’asservir une nation ; l’une est l’épée, l’autre la dette », disait John Adams. C’est ce qu’avait compris Napoléon, qui exécrait les financiers : « Lorsqu'un gouvernement est dépendant des banquiers pour l'argent, ce sont ces derniers, et non les dirigeants du gouvernement qui contrôlent la situation, puisque la main qui donne est au-dessus de la main qui reçoit. » C’est ce qu’avait compris de Gaulle, qui refusa toujours farouchement d’endetter la France : « La politique de la France ne se fait pas à la corbeille. » C’est ce qu’avaient compris tous les dirigeants de la France jusqu’à la génération de traîtres qui, il y a quarante ans, a pris les commandes, et les a progressivement transférées à des intérêts privés, nous dépouillant ainsi de notre indépendance et de notre liberté. L’adoption de l’euro fut le point d’orgue de ce processus de dépossession et d’asservissement. « Permettez-moi d’émettre et de contrôler les ressources monétaires d’un pays, et je me moque de celui qui écrit ses lois » disait Mayer Amschel Rothschild. Oui, le Rothschild de la banque où a officié M. Macron…
L’euro donne corps à la prophétie de Rothschild. C’est le cauchemar que vit la Grèce, qui est tombée dans le piège de la dette. Elle a cru qu’elle pourrait vivre éternellement à crédit. Elle réalise cruellement que tout cela n’était qu’un leurre. Aux promesses d’une vie facile, ont succédé l’humiliation et la misère. La Grèce est en train d’en mourir, de la manière la plus atroce qui soit… Obligée d’aller régulièrement quémander auprès de ses bourreaux les fonds qui lui permettront de prolonger son agonie. C’est l’avenir qui nous attend, si nous ne sortons pas au plus vite de ce piège.

Recouvrer notre indépendance et notre liberté : voilà la vraie raison pour laquelle nous devons sortir de l’euro. Elle prime sur toutes les autres. Elle suffirait à elle seule, si nous ne savions de surcroît que la maîtrise de la monnaie est une condition indispensable à notre performance économique.
Si nous n’accomplissons pas cet acte d’émancipation, notre avenir sera celui de la servitude. De l’humiliation perpétuelle. Il se réduira à ramper pour obtenir des prêts. A nous prosterner bien bas devant nos créanciers, à nous soumettre à leurs exigences les plus sévères pour qu’ils daignent nous verser de quoi survivre. Toujours garder en tête l’exemple de la Grèce… Et ceux qui trouvent que j’exagère, que je joue à mon tour sur les peurs, feraient bien de s’aviser que cela a déjà commencé : nos 2 000 milliards de dette ne viennent pas de nulle part… Nous partons seulement de plus haut que la Grèce ; mais la destruction de notre appareil productif, et donc de notre capacité de vivre de notre travail, est en cours… et déjà bien avancée…
Les arguments des avocats de l’euro le révèlent assez : l’euro est la monnaie de la vie à crédit. De la vie sous perfusion. Petit à petit, il ronge notre capacité à créer, à travailler, et nous enferme dans la passivité, la dépendance aux marchés. De ce genre de scénario, il est vain d’espérer une issue heureuse. Il est donc temps de sortir de ce chemin de servitude dans lequel nous ont engouffré nos « dirigeants », et de renouer avec l’esprit de grandeur porté par de Gaulle et par Napoléon. Oui, il est plus que temps de tourner la page de ces quarante années de trahison. Il en va de notre dignité, de notre honneur, de notre indépendance. Il en va de notre liberté.

vendredi 10 février 2017

L'imposture




« La Révolution française n’a pas appelé au pouvoir le peuple français,
mais cette classe artificielle qu’est la bourgeoisie.Cette classe qui s’est de plus en plus abâtardie, jusqu’à devenir traîtresse à son propre pays. »
Charles de Gaulle
 
Est-il coupable ? Innocent ? Nous y verrons plus clair, une fois l’incandescence des passions militantes retombée. On sait seulement que François Fillon tarde à produire les preuves de l’activité parlementaire frénétique de sa femme. Comme il tarde à démontrer que cette charge de travail harassante justifie une rétribution de 7 900 euros par mois. Par le contribuable. Comme il tarde à dissiper les suspicions de causalité entre le versement de 100 000 euros à sa femme pour deux notes de lecture (soit un feuillet A4), et l’obtention de la Légion d’honneur par le généreux commanditaire desdites notes. Comme il tarde à porter plainte contre Le Canard enchaîné pour « l’odieuse campagne de diffamation » dont il est victime. On se demande vraiment pourquoi…
Mais attention : pas de conclusion hâtive. Car tout cela ne prouve rien, n’est-ce pas ? Présomption d’innocence, pas vrai ? D’ailleurs, même Sherlock Holmes resterait perplexe, devant un cas si complexe. Oui, sa perspicacité s’avérerait impuissante à résoudre l’énigme que constitue la défense pour le moins évasive du candidat de la vérité et de la transparence.

Dans ces affaires d’emplois fictifs présumés, la culpabilité du candidat de l’honnêteté et de la droiture restera donc un épais mystère. Il est, en revanche, un emploi fictif que François Fillon a occupé de manière certaine, et ce pendant cinq ans : celui de Premier ministre.

Qu’y a-t-il, en effet, de plus fictif que l’emploi de Premier ministre, depuis que nos « représentants » ont transformé la France en une province de l’Empire européiste ? Qu’y a-t-il de plus fictif depuis que Fillon et ses petits potes du Parlement ont, par le traité de Lisbonne, achevé de transférer nos dernières souverainetés aux dictateurs euromaniaques ? Oui, qu’y a-t-il de plus fictif que l’emploi de Premier ministre depuis que nos « dirigeants » sont devenus de dociles toutous de la lobbycratie bruxelloise ?

C’est là, en vérité, que réside la culpabilité de Fillon. Et, plus généralement, dans son bilan désastreux quand il était au « pouvoir » — c’est-à-dire un servile exécutant des injonctions de l’oligarchie bruxelloise. 200 000 immigrés par an. 600 milliards d’euros de dette supplémentaire. Fillon, donc, l’homme de la droite dure… et le talentueux gestionnaire…
C’est, enfin, son programme qui accable Fillon. Les incohérences qu’il contient ; la duplicité qu’il révèle. Fillon le conservateur, le défenseur des valeurs traditionnelles, qui entend maintenir la mariage et l’adoption simple pour les homosexuels (ce qui est excellent pour les enfants, et pour la défense de la famille traditionnelle). Fillon le catholique, qui propose un programme économique et social d’une dureté inouïe envers les plus fragiles. Fillon le gaulliste, qui pense que « c’est un leurre et une démagogie sans nom que de prétendre rétablir les frontières nationales. ». Fillon le candidat de la lucidité, dont le porte-parole Benoît Disparu estime que « le lien entre politique migratoire et attentats n’a jamais été établi. » Fillon qui fustige l’assistanat, mais semble avoir un faible pour l’assistanat fictif…

Ces incohérences, qui confinent à l’imposture, culminent dans le cadeau qu’a fait Fillon à la bobo lugubre NKM de sa propre circonscription. NKM, l’antithèse absolue de Fillon (seulement sur le papier, et dans « l’esprit » des cocus de compétition qui, non contents de s’être fait truffer par Sarkozy, envisagent de remettre ça avec Fillon). Cette tromperie de son électorat, quelques semaines après sa victoire à la primaire, confirme le double discours de François Fillon, et sa connivence avec les élites immigrationnistes, communautaristes, ultra-libérales et ultra-libertaires — bref, mondialistes. Cette trahison en annonçait bien d’autres, sur le modèle indépassable de Sarkozy. Les défenseurs fanatiques de Fillon devraient donc remercier la personne qui a fait fuiter ces « affaires » : elle leur a épargné cinq nouvelles années d’avalages de chapeaux, de reniements et de trahisons. Car il n’y a plus qu’une promesse que Fillon aura l’occasion de trahir : ce défenseur de la retraite à 65 ans est bien parti pour expérimenter la retraite à 62 ans.

lundi 2 janvier 2017

Le mirage Fillon





« Disons le clairement : c’est un leurre et une démagogie sans nom que de prétendre rétablir les frontières nationales. »
François Fillon

« Je suis perplexe quand j’entends qu’on voudrait interdire le voile à l’université, parce que j’y vois une atteinte à la liberté individuelle. »
François Fillon

« Le sujet des effectifs de police qui alimente régulièrement les polémiques est en réalité un sujet marginal. »
François Fillon

« Le lien entre politique migratoire et attentats n’a jamais été établi. »
Benoît Disparu, porte-parole de campagne de François Fillon


« Pour servir les idéaux et les intérêts de la gauche, la droite est l’instrument idéal. »
Eric Zemmour
 

 Les experts sont de retour. Plus frétillants que jamais. Après la taloche du Brexit, la rouste du référendum italien, la raclée Donald Trump, les revoici, toujours aussi épatés d’eux-mêmes. Le cul encore douloureux de leurs dernières fessées, les voilà qui de nouveau gigotent, bondissent, s’agitent frénétiquement. « Moi je sais, moi je sais ! Interrogez-moi ! » réclament-ils tout fiévreux, avides d’étaler une fois de plus leur immense savoir et leurs extraordinaires dons de prémonition. Les féroces déculottées qu’ils viennent d’essuyer ne leur ont pas enseigné la modestie, encore moins la prudence. Bien au contraire : tout se passe comme si les désaveux systématiques que le réel inflige à leurs analyses drolatiques les confortaient dans leur conviction d’être très subtils. Comme si l’accumulation des preuves de leur cécité renforçait leur certitude de voir juste et loin. De plus en plus ivres d’eux-mêmes à mesure que les faits ridiculisent leurs bavardages oiseux, et avec un aplomb qui force l’admiration, ils nous ont ainsi récemment livré leurs doctes analyses, leurs si précieux points de vue d’experts sur le numéro de cirque baptisé « primaire de la droite ». « Grand moment de démocratie », pâmèrent-ils. « Plébiscite de François Fillon », s’extasièrent-ils. « Le retour de la vraie droite » jubilèrent-ils. « De la droite de conviction » ajoutèrent-ils dans des spasmes orgasmiques.

Ainsi péroraient-ils à propos d’une élection qui a mobilisé 10% du corps électoral. Ce qui signifie que 9 électeurs sur 10 sont restés chez eux. 90% d’abstention ; un « grand moment de démocratie », donc. Organisé par un parti qui, lorsqu’il fut aux affaires, non seulement n’organisa aucun référendum, mais annula le résultat du référendum de 2005 sur la Constitution européenne, empêcha la tenue d’un référendum en Grèce, et supprima l’obligation de soumettre à référendum toute nouvelle étape d’adhésion de la Turquie à l’Union européenne. Bref, un parti dont le quinquennat fut riche en grands moments de démocratie, pour parler comme nos experts en antiphrases.
Mais ne digressons pas, et revenons à notre bien nommée primaire. Sur les 10% d’électeurs qui n’avaient rien trouvé de mieux, pour tuer leur dimanche, que de faire le piquet pendant deux heures pour indiquer leur préférence entre la peste et le choléra — entre deux ex-Premiers ministres aux bilans tous deux tragiquement désastreux —  66% ont en effet décidé que François Fillon était le moins toxique. Autrement dit, François Fillon a remporté les suffrages de… 6,6% du corps électoral. C’est ce que nos experts appellent un « plébiscite ». Manifestement, ils ne sont pas encore experts du petit Robert.
De ce « plébiscite massif », nos pompeux spécialistes — les mêmes qui annonçaient la prospérité par l’euro, l’apocalypse en cas de Brexit et la victoire inéluctable d’Hillary Clinton (« c’est mathématique ») — croient pouvoir extrapoler une victoire écrasante de François Fillon à la présidentielle de mai prochain. Ainsi, selon ces sachants, les 10% de maniaques qui se sont passionnés pour l’affrontement entre un destructeur de la France et un fossoyeur de la France, ces 10% d’amnésiques (ou de francophobes, et en tout cas de complices objectifs du naufrage français) constituent un échantillon représentatif de la population française, comme on dit dans le sabir sondagier. Eclairons donc cette hypothèse à la lumière de la sociologie électorale. En l’occurrence, il serait plus approprié de parler de sosiologie, tant ces 10% d’électeurs se ressemblent. C’est en effet une frange très particulière du corps électoral qui s’est déplacée en ce dimanche historique : l’élite électorale. Une catégorie parfaitement uniformisée. Indifférenciée. Qui relève d’un seul et même profil sociologique : celui des retraités aisés. Retraités de naissance, et retraités de papier. Jeunes rentiers, et vieux rentiers de la mondialisation sauvage. Petits bourgeois, dans les deux cas. Nés quand et où il fallait : bien intégrés dans l’économie-monde. Du bon côté du manche, comme on dit trivialement. Epargnés par, et indifférents au saccage social engendré par le libre-échange sans frontières et la concurrence libre et non faussée. Réclamant donc encore davantage de libéralisation  et de flexibilité — sans réaliser l’inutilité et la cruauté de ces tentatives d’alignement sur le moins-disant social, tant il est vrai qu’aucune simplification du Code du travail, aucun assouplissement des conditions d’embauche et de licenciement, aucune diminution du coût du travail ne nous rendra aussi compétitifs que des enfants du Bangladesh travaillant 70 heures par semaine pour 50 euros mensuels — du moins faut-il l’espérer…
Plus précisément, une bonne moitié de ces 10% d’idiots utiles de l’esclavagisme mondialisé étaient des retraités de papier. Cela n’a rien d’étonnant quand on sait que les retraités administratifs constituent le socle électoral de l’UMP (45% des électeurs de l’UMP ont plus de 65 ans, trop peu de gens le savent). L’autre moitié de ces 10% de cœurs secs était constituée pour l’essentiel de retraités de naissance. Des petits morveux bien lisses, bien formatés, bien dressés pour approuver l’infâme modèle économique et social qui nous régit depuis trente ans ; cette mondialisation heureuse dont ils sont les seuls à profiter, tandis que l’immense majorité du peuple vit le cauchemar infernal de la mondialisation hideuse. Engourdis dans leur confort matériel et intellectuel, et obsédés par leur respectabilité, ces archétypes de  conformisme, de tiédeur et de lâcheté se revendiquent, pour une large part, « catholiques ». Personnellement, j’ai du mal à comprendre que des « catholiques », « attachés aux valeurs » comme ils le claironnent narcissiquement, s’enthousiasment pour un candidat qui n’entend pas abroger le mariage homosexuel, ni même empêcher l’adoption par les couples homosexuels. J’ai les plus grandes difficultés à comprendre que des « catholiques » encensent un candidat dont le programme économique et social procède d’un mépris et d’une dureté inouïs envers les plus faibles, les plus fragiles, les plus petits. « Ce que vous avez fait au plus petit d’entre vous, c’est à moi que vous l’avez fait »… Un tel consentement à la cruauté me semble dénoter, chez ces « catholiques », une conception pour le moins acrobatique des valeurs catholiques de compassion et de charité  Une étonnante aptitude aux contorsions intellectuelles et morales… et à l’aveuglement volontaire… Tout se passe comme si ces « catholiques », dont l’exigence de vérité semble être à géométrie variable, avaient tout simplement décidé de ne pas lire le programme de Saint Fillon. Comme s’ils refusaient obstinément de juger l’arbre à ses fruits en examinant le glorieux bilan de Fillon ministre de l’Education nationale, puis ses épatants résultats de Premier ministre… pour continuer à se laisser bercer par le mythe du candidat de la vraie droite, catholique et conservatrice, et ainsi voter comme il faut… comme il sied chez les gens biens….chez tous ces bons chrétiens qui se bouchent le nez dès qu’on leur parle du peuple… et crispent la gueule de dégoût dès qu’ils entendent « Marine Le Pen »… Bref, la charité et la tolérance incarnées… et l’amour de la vérité… «  Si l’on me demande quel est le symptôme le plus général de l’anémie spirituelle, je répondrai certainement : l’indifférence à la vérité et au mensonge. » (Bernanos)
Il y a beaucoup de non-dits sur François Fillon. Beaucoup de contrevérités. De désinformations. L’ensemble des médias, les uns pour s’en réjouir, les autres pour s’en affoler, le dépeignent comme un réac, un représentant de la France catholique et conservatrice. Tous mentent. Comme à leur habitude, mais en l’occurrence avec un culot remarquable, ils redoublent d’enfumages, d’intoxications, d’analyses fallacieuses. Car rien, absolument rien de la caricature grotesque qu’ils entendent imprimer dans « l’esprit » des électeurs ne résiste à l’examen du bilan politique de François Fillon, encore moins à celui de son programme présidentiel. Mais personne ne semble vouloir s’y mettre, à cet examen. Etrangement, tout le monde s’arrête devant les écrans de fumée médiatiques, comme tétanisé face aux innombrables couches de propagande, de falsifications, de mensonges éhontés à traverser pour atteindre la vérité. Comme si s’était établie entre « presse de gauche » et « presse de droite » une entente tacite pour donner de Fillon une image que tous les faits démentent. Ce brouillage permanent crée un flou artistique (il serait d’ailleurs temps de mettre à jour nos expressions, et de parler désormais de flou médiatique) qui suscite des erreurs d’analyse, des contresens, voire des énormités, lesquelles culminent dans ces déclarations de Robert Ménard : « François Fillon, c’est la victoire des valeurs. » « François Fillon, c'est une droite conservatrice assumée ; c'est la victoire de nos idées. » Ce qui veut dire, si l’on en croit les sympathies frontistes de Robert Ménard, que la victoire de François Fillon, c’est la victoire des idées de Marine Le Pen.

J’ignorais pourtant que, comme François Fillon, Marine Le Pen était favorable au mariage et à l’adoption pour les couples homosexuels. Je croyais au contraire qu’elle était la seule personnalité politique à avoir maintenu, avec une constance indéfectible, sa promesse d’abroger le mariage homosexuel — et l’adoption subséquente. Et j’attends toujours que d’éventuels objecteurs me citent une seule, je dis bien une seule déclaration de Marine Le Pen qui dénoterait un début de flottement sur cette question. Les charabias spongieux, les sophismes entortillés, les transferts d’attaques sur Florian Philippot et les pitreries mystificatrices des imposteurs de Sens commun ne changeront rien à cette réalité : Marine Le Pen est la seule candidate qui se soit engagée de manière claire, ferme et définitive à abroger le mariage et l’adoption pour les couples homosexuels. François Fillon, lui, les maintiendra. Il l’a dit, il l’a répété ; et c’est écrit en toutes lettres dans son programme. Mais il est vrai que « ceux qui ne veulent pas lire, ceux qui ne veulent pas comprendre ce qu’ils lisent, on ne les convaincra jamais. » (Philippe Muray) Pour les autres, ceux qui préfèrent la clarté et la vérité aux enfumages et aux mystifications, les choses sont limpides : avec François Fillon, ce grand défenseur de la famille et des valeurs traditionnelles, non seulement les couples homosexuels pourront se marier, mais ils pourront élever des enfants. Ce qui, de l’avis des plus grands pédopsychiatres (dont Aldo Naouri), est excellent pour l’équilibre psychique de ces derniers. François Fillon, une chance pour l’enfance.

J’ignorais également que, comme François Fillon, Marine Le Pen était « souverainiste européenne » (ce qui est magique, avec les mots, c’est qu’on peut les associer pour créer des signifiants qui ne recouvrent aucune réalité : on peut ainsi écrire, selon son bon principe de plaisir, « carré rond », « islamiste modéré », « nazi sympa » et « souverainiste européen »). Je croyais en effet que Marine Le Pen était simplement, bêtement « souverainiste ». C’est-à-dire, si l’on tient vraiment à ajouter un adjectif, souverainiste française — mais c’est un pléonasme. C’est-à-dire opposée à la confiscation de la souveraineté nationale — l’autre nom de la démocratie — par la lobbycratie bruxelloise. Confiscation opérée en grande partie par le gouvernement Fillon via le scélérat traité de Lisbonne, lequel piétina avec un dédain sans précédent la souveraineté populaire. Je croyais que Marine Le Pen souhaitait reprendre à l’oligarchie européiste les souverainetés que nos « dirigeants » lui ont abandonnées : souverainetés monétaire, territoriale, budgétaire et législative — quand François Fillon, ce docile laquais de l’Union européenne, veut perpétuer l’euro (qui nous protège, ça crève les yeux), le paradisiaque espace Schengen (qui nous protège, ça crève tout court), le traité budgétaire européen, et la primauté des lois euromaniaques sur les lois nationales.

J’ignorais aussi que, comme François Fillon, Marine Le Pen était immigrationniste. Je ne savais pas qu’elle souhaitait rivaliser avec le record historique d’immigration atteint par le gouvernement Fillon : 200 000 immigrés légaux par an, suppression de milliers de postes de douaniers, explosion du budget de l’Aide Médicale d’Etat. Je croyais également que contrairement à François Fillon, Marine Le Pen entendait supprimer le regroupement familial et le droit du sol. Jamais, non plus, et contrairement à François Fillon, ne l’ai-je entendue approuver les centres d’accueil pour les « migrants ». Surtout j’ignorais que, comme François Fillon, Marine Le Pen tenait le retour aux frontières nationales pour un « leurre » et une « démagogie ». Il me semblait que c’était l’exact inverse ; que des événements récents et moins récents (attentats du 13 novembre, de Nice et de Berlin, viols de Cologne, crise des « migrants », libre circulation des esclaves — pardon, des travailleurs détachés — , des prostituées, des armes, des trafiquants de drogue et des islamistes), elle avait tiré la conclusion que c’étaient plutôt les frontières européennes de l’enchanteur espace Schengen qui s’avéraient être un « leurre ». Une utopie. Donc, comme toute utopie, un vecteur de barbarie et de chaos. J’avais cru lire et entendre qu’elle faisait du rétablissement des frontières nationales une ambition majeure, et à vrai dire le socle de son programme présidentiel. Frontières économiques, bien sûr, pour en finir avec l’odieuse concurrence libre et non faussée (qui consiste à exploiter des esclaves pour vendre à des chômeurs) ; mais avant tout frontières migratoires, pour briser la libre circulation des esclaves et des islamistes et surtout, en arrêtant l’immigration massive, mettre un coup de frein à la fragmentation communautariste de la société française.

J’avais cru comprendre, en effet, que contrairement à François Fillon, Marine Le Pen n’était pas communautariste (ce qui en fait d’ailleurs une exception dans l’offre politique française) ; que ce n’était pas elle, mais bien François Fillon qui, en 2010, avait inauguré la grande mosquée d’Argenteuil — une première pour un chef de gouvernement —, tout jovial, en présence d’une petite fille voilée. Que ce n’était pas elle, mais bien François Fillon qui avait fait de l’Union des organisations islamiques de France — émanation des Frères musulmans, classée sur la liste des organisations terroristes par de nombreux pays dont les Emirats arabes unis — l’interlocuteur privilégié de notre République démocratique et laïque. Que ce n’était pas elle, mais bien François Fillon qui avait mis en place des mesures d’exemption fiscale pour attirer, dans notre beau pays des Droits de l’Homme, les investissements du Qatar et de l’Arabie saoudite — deux sympathiques pays démocratiques, tolérants et paritaires, qui financent par ailleurs le non moins sympathique terrorisme islamiste. J’avais cru entendre Marine Le Pen déplorer la fracture communautariste qui morcelle le peuple français et met en péril la paix civile ; j’avais cru l’entendre dénoncer la sécession culturelle, identitaire, civilisationnelle à l’œuvre dans les « territoires perdus » (sécession qui s’est considérablement aggravée lors du quinquennat Fillon, les centaines de Molenbeek et autres poudrières islamistes qui gangrènent la France n’étant pas tombés du ciel il y a un an) ; j’avais cru l’entendre condamner la salafisation des « quartiers sensibles » via des associations alimentées par les fonds qataris et saoudiens, attirés par les mesures incitatives de notre bon Fillon… « Fillon le catholique », donc, comme disent les perroquets des médias…

Enfin, j’avais cru comprendre que Marine Le Pen n’était pas possédée par un prurit de privatisation. Que les deux jambes de son programme ne s’appelaient pas libéralisations et privatisations. Qu’elle prônait, pour résorber le déficit de l’Etat, une approche un peu moins rudimentaire que de désengager celui-ci de certaines de ses missions. Méthode qui, au risque de vexer les dévots de l’Eglise ultralibérale, ne procède pas d’une grande subtilité… ni d’une grande imagination… Amputer plutôt que soigner : voilà la méthode du docteur Fillon. Du boucher Fillon, serait-il donc plus idoine de dire. Derrière ses airs de social-démocrate suédois, modéré à en crever d’ennui, docteur Fillon se révèle être une brute assez sommaire. « Un problème ? On ampute ! » : voilà la philosophie raffinée qui sous-tend les projets du boucher Fillon pour la sécurité sociale. Et pour la sécurité tout court (police, gendarmerie). Ah, il est certain que transférer des prérogatives de l’Etat à des entreprises privées, c’est un moyen de diminuer son déficit ! Qu’en déléguant un problème, on ne l’a plus à sa charge ! Un élève de CM1 y penserait. Mais se raviserait aussitôt en pensant que ce n’est évidemment pas la réponse qu’on attend de lui… Il est certain, également, que ces transferts de compétences raviraient lesdites entreprises privées, qui verraient alors s’ouvrir à elles des marchés colossaux et des perspectives de profit vertigineuses (et il faudrait vraiment avoir l’esprit tordu ou malveillant pour établir un lien entre le projet de François Fillon de privatiser la sécurité sociale, et l’amitié qui le lie à son clone Henri de Castries, ex PDG d’Axa, qu’il souhaite d’ailleurs voir intégrer son gouvernement). Ce qui est moins certain, en revanche, c’est le bénéfice de ces transferts pour le citoyen-consommateur… On pense à la sécurité sociale, bien sûr, et au parcours du combattant qu’il faudrait affronter pour se faire indemniser par les assurances privées ; on pense surtout à la réduction des effectifs de police et de gendarmerie au profit de sociétés de sécurité privées. Ce qui signifie que les plus riches pourraient toujours aligner les thunes pour se protéger du sentiment d’insécurité (comme disent les désinformateurs médiatiques), pendant que les plus modestes en seraient réduits à prier pour ne pas faire de mauvaises rencontres… et à serrer les fesses quand ils auraient pas d’bol, comme dit l’autre ectoplasme…C’est cela, sans doute, l’égalité républicaine

Quoi qu’il en soit, Marine Le Pen est aux antipodes de François Fillon concernant les moyens de réduire le déficit. Car si elle ne méconnaît pas les graves problèmes budgétaires de la France (dont Fillon est d’ailleurs largement responsable), elle n’entend pas pour autant se ranger à la solution de facilité — et de lâcheté — consistant à privatiser certaines de ses prérogatives. D’une part parce qu’il en résulterait de graves injustices, une accentuation des inégalités au sein de la société française ; d’autre part car de tels abandons de missions contreviennent à la conception que Marine Le Pen se fait du rôle de l’Etat. A ses yeux, en effet, ce dernier a avant tout vocation à protéger les plus faibles, et à assumer les fonctions régaliennes dans leur plénitude.
C’est d’ailleurs cette conception de l’Etat qui a traditionnellement prévalu en France, avec un succès jamais démenti ; c’est cette conception de l’Etat contre laquelle s’inscrit le tropisme ultralibéral de Fillon. Cela peut surprendre, de la part de quelqu’un que nos chers observateurs présentent comme attaché aux traditions… comme fidèle à l’esprit français  et comme gaulliste… D’ailleurs, Fillon lui-même se revendique fièrement de l’héritage de Thatcher. Il lui a sans doute échappé, à ce grand patriote, que Thatcher n’était pas française. Et que la crédibilité du modèle thatchérien avait du plomb dans l’aile, depuis que les ravages du libéralisme à outrance se voient comme le nez au milieu du visage… depuis, surtout, le Brexit et l’élection de Trump… Mais peut-être Fillon, ce grand visionnaire, considère-t-il ces événements comme négligeables...
 Ainsi, il est vrai que Marine Le Pen ne fait pas des sacro-saintes privatisations et libéralisations l’alpha et l’omega de sa doctrine de dépense publique. Qu’elle n’envisage pas de privatiser de larges pans de la sécurité sociale, ni de la force publique. Qu’elle ne promet pas, comme François Fillon, de supprimer 500 000 postes de fonctionnaires (promesse qu’il faudrait vraiment être cruel pour y déceler une trace de démagogie), pour ensuite payer leur chômage… Elle entend au contraire reconstituer les effectifs de police et de gendarmerie décimés par le gouvernement Sarkozy-Fillon au moment précis où, compte tenu des menaces sans précédent qui pesaient sur la population française, il eût fallu les renforcer massivement (il paraît que gouverner, c’est prévoir ; drôle de parti de gouvernement). Elle veut que l’Etat se trouve enfin en mesure d’assurer efficacement ses missions régaliennes de police et de justice. Ce n’est pas du luxe, quand on entrevoit les épreuves qui arrivent… Elle souhaite également embaucher des fonctionnaires dans les hôpitaux. Toute personne s’étant dernièrement rendu aux « urgences » admettra volontiers que, là encore, ce n’est pas du luxe…En revanche, elle compte remettre de l’ordre et de la modération dans les effectifs des collectivités territoriales, lesquels ont explosé à la faveur de la décentralisation, de la régionalisation, et de l’ensemble des redécoupages administratifs de la France façon Frankenstein… Oui, elle compte faire le ménage dans toutes ces féodalités où règnent recasage, copinage, népotisme et favoritisme… où pullulent doublons et emplois fictifs…
Voilà donc un premier gisement d’économies. Pour le reste, Marine Le Pen entend résorber le déficit non pas en désengageant l’Etat de ses prérogatives, mais en licenciant les lobbycrates de Bruxelles (et en se passant de leurs mauvais et déloyaux services) ; en s’évitant les coûts dantesques de l’immigration légale et de l’accueil des « réfugiés » ; en éradiquant la fraude sociale ; en stimulant l’activité économique grâce à une monnaie nationale — donc adaptée à notre économie — et à des mesures protectionnistes (que tous les pays du monde mettent en œuvre, hors Europe) ; et en faisant ainsi baisser le chômage et son coût faramineux, autant direct qu'indirect.
Toutes ces problématiques, François Fillon les esquive soigneusement. Et pour cause : il n’a sur elles aucune prise. Car « son » programme relève d’une capitulation sans condition face aux exigences de l’oligarchie bruxelloise et, plus généralement, des fanatiques du libre échange sans frontières. « Ses » solutions ne sont que des expédients, des pis-aller déployés pour gérer les conséquences désastreuses du modèle économique et social appliqué depuis trente ans — et dont les économistes assermentés et autres escrocs médiatiques voudraient nous faire croire qu’il est de toute éternité. Si notre économie est dévastée, si notre industrie a disparu, si le chômage ne cesse d’augmenter, ce n’est pas en raison des rigidités du Code du Travail ou de je ne sais quel taux d’imposition des entreprises. C’est à cause de la monnaie unique — bien trop forte pour notre économie —, et de notre mise en concurrence libre et non faussée avec des pays quasi-esclavagistes. C’est cela, avant tout, qui explique les délocalisations et le chômage de masse. Et il faut bien comprendre que tant que nous persisterons dans ce modèle, l’anémie économique et le désastre social — et le déficit et la dette qui en résultent — se perpétueront. En effet, nous pouvons toujours sabrer les salaires, démanteler le Code du Travail, nous ne serons jamais aussi bon marché que des Bengalis, des Bulgares ou des Chinois. D’ailleurs, notre champion de la réduction des déficits a déjà eu l’occasion d’appliquer sa brillante doctrine. C’était entre 2007 et 2012. Cinq ans de gouvernement Fillon. Résultat : une explosion de la dette publique de 600 milliards d’euros — un record absolu… Mais le grand gestionnaire Fillon peut compter sur l’amnésie et l’aveuglement volontaire de ses électeurs, ces dupes de toutes les impostures… l’imposture Sarkozy hier, l’imposture Fillon aujourd’hui…

On le voit : sur les questions économiques et budgétaires, c’est une divergence de fond, quasi-philosophique, qui sous-tend l’opposition entre François Fillon et Marine Le Pen. Deux modèles de développement économique, deux conceptions du rôle de l’Etat se font face. Libéralisation, privatisations d’un côté ; protectionnisme, patriotisme économique de l’autre. Que des esprits ineptes ou malveillants caricaturent ces dernières options en économie administrée à la soviétique, ou en je ne sais quelle mélenchonnade, ne peut que faire hausser les épaules de pitié. Car il s’agit en vérité de remettre en œuvre le capitalisme d’Etat déployé avant elle par de Gaulle et Pompidou — et avant eux par Colbert —, avec à chaque fois un certain succès… Il s’agit non pas de se fermer aux échanges internationaux, mais de les réguler. Pour préserver le pays des délocalisations, et protéger les citoyens de la loi de la jungle. Fillon, comme ses clones Macron, Juncker et Hollande, souhaite au contraire les y exposer encore davantage. Ce libéral obtus n’entend aucunement remettre en question le modèle économique abject qui, depuis trente ans, détruit des pans entiers de l’économie française, et plonge des millions de Français dans la détresse. Il n’entend aucunement mettre fin au cauchemar ultralibéral. C’est au contraire une fuite en avant dans les eaux glacées de la mondialisation sauvage qu’il projette. Le plan magique de Fillon pour « recréer de l’emploi » ? Faire passer les Français du chômage à l’esclavage. C’est de toute façon sa seule marge de manœuvre dans le cadre de la monnaie unique et du libre échange sans frontières ; c’est ce qui se passe en Espagne, au Portugal, et dans tous les pays où nos économistes appointés nous annoncent en couinant d’extase que le chômage baisse… en se gardant bien de nous préciser à quelles conditions les gens, brisés par le chômage, acceptent désormais de se faire embaucher…

Souverainistes sociaux contre mondialistes libéraux : voilà le clivage qui structurera l’élection présidentielle de mai prochain. Clivage en germe depuis le virage libéral de Mitterrand (1983), manifesté clairement lors des votes du traité de Maastricht (1992), du traité de Nice (2000) et du Traité constitutionnel européen (2005) et qui enfin, en 2017, remplacera et enterrera définitivement le clivage gauche-droite. Il y a longtemps, d’ailleurs, que le clivage gauche-droite n’a plus de « réalité » que chez les journalistes et les militants politiques — c’est tout dire. Le peuple, que les mêmes médiatiques et politiques prennent pour un ramassis de débiles, a depuis longtemps compris que ce clivage gauche-droite était une couillonnade, une mise en scène grotesque destinée à vendre du papier, et à créer une illusion de débat démocratique pour mieux éluder les vrais sujets ; que la seule vraie fracture est celle qui oppose les défenseurs de la nation, de sa souveraineté, de son identité, à ceux qui consentent à sa dilution dans la « construction » européenne, le multiculturalisme et le marché tout puissant. Ceux qui se battent pour que les nations persistent, à ceux qui approuvent leur disparition sous les effets conjugués de l’immigration massive, du communautarisme, de la crétinisation consumériste et de la technocratie hégémonique. Oui, la seule vraie fracture est entre les souverainistes et les mondialistes : entre les démocrates et les lobbycrates.
C’est parce qu’il a compris cela que le peuple, dans sa majorité, ne se déplace plus aux élections intermédiaires. Il sait que les enjeux critiques n’y sont jamais abordés ; que les leviers décisifs sont dans les mains des technocrates de Bruxelles. Alors il ne vote plus. Refuse de jouer le jeu. Pour montrer qu’il n’est pas dupe de cette parodie de démocratie consistant à glisser un bulletin dans une urne pour ensuite voir appliquer des orientations contraires à celles qu’il a majoritairement réclamées. Comme l’a dit l’ineffable Juncker à l’occasion du vote du traité constitutionnel européen : « Si c’est oui, nous dirons : "On poursuit ". Si c’est non, nous dirons : "On continue" ». Ainsi, et contrairement aux sottises qu’on peut entendre à chaque soirée électorale, l’abstention bénéficie aux partis en place, et nuit au Front national. L’abstention est la réponse qu’ont trouvée ceux qui contestent les choix opérés par nos élites depuis trente ans : si les abstentionnistes reviennent aux urnes, ce sera pour voter Front national. Derrière leurs pitreries télévisuelles, les « partis de gouvernement » (leurs états-majors, en tout cas, pas leurs militants cocus) le savent bien. Ils savent qu’ils sont structurellement minoritaires. Et qu’ils ont donc intérêt à ce que l’abstention se maintienne à un haut niveau.
Quoi qu’il en soit, une fois de plus, le peuple ne s’est pas déplacé pour arbitrer le combat de nains Juppé-Fillon. Il savait bien qu’il n’avait rien à attendre du vainqueur, quel qu’il soit. Que ces deux apparatchiks étaient d’accord sur l’essentiel, à savoir l’abandon des souverainetés nationale et populaire à la lobbycratie bruxelloise, et la perpétuation de son agenda ultralibéral, immigrationniste et communautariste.
La seule élection pour laquelle le peuple se déplace encore significativement est la présidentielle. C’est la seule en laquelle il place encore quelques espoirs. Celle de mai prochain ne fera sans doute pas exception, même si cinq ans de Hollande, précédés de cinq ans de Sarkozy, ont gravement discrédité la fonction présidentielle, et entamé encore un peu plus la confiance résiduelle que le peuple nourrit pour celle-ci. Mais cela sera sans doute compensé par la configuration inédite de cette présidentielle : pour la première fois, en effet, elle opposera deux candidats qui incarnent parfaitement le véritable clivage de Maastricht. D’un côté un candidat immigrationniste, communautariste, sans-frontièriste et libre-échangiste — bref, européiste — ; de l’autre, une candidate souverainiste, protectionniste, opposée à l’immigration massive, au multiculturalisme et à la confiscation de la démocratie par l’oligarchie bruxelloise. Pour la première fois, le peuple pourra choisir une candidate qui porte ses aspirations. « Le peuple ? Quel peuple ? », me demanderez-vous. L’immense masse des perdants de la mondialisation sauvage. Les jeunes, les (ex-)ouvriers, les retraités pauvres, les agriculteurs. Tous ceux qui vivent les conséquences économiques et identitaires du refus des frontières : chômage de masse, précarité, islam agressif. Tous ces gens qui ont disparu des écrans radar des politiques et des médiatiques, et qui représentent 60% de la population française. Dix fois plus que l’élite électorale qui s’est récemment déplacée pour voter Fillon…
On ne se risquera pas pour autant à faire des pronostics. Mais une chose est sûre : si tous les électeurs se déplacent, Marine Le Pen l’emportera. Une autre chose est sûre : tous les électeurs ne se déplaceront pas. L’issue de cette présidentielle dépendra donc de la capacité de Marine Le Pen à balayer les dernières propagandes dont elle est victime, et à mobiliser les abstentionnistes. A susciter chez ces derniers un espoir suffisant pour qu'ils retrouvent le chemin des urnes. Sans cela, le quinquennat qui vient achèvera l’œuvre funeste des précédents. Il sera celui des funérailles de la France. Et de la mort de la civilisation européenne.