mercredi 25 mai 2016

Les élites illettrées


« C’est par le langage, et par lui seul, que nous nous élevons au-dessus des animaux — ce langage qui est le parent et non l’enfant de la pensée. »
Oscar Wilde

« Dans les époques de décadence, le langage devient l’ennemi. »
Philippe Muray

Les quelques citations qui suivent prolongent le texte « CSP+ », qui brossait un portrait de ces créatures insipides, incultes et formatées qui occupent le haut du panier socio-professionnel et qui sont, paraît-il, nos élites.
Ces êtres inconsistants, sans saveur ni relief, mais bardés de diplômes et de titres ronflants dont ils tirent une intarissable jouissance narcissique.
Ces toutous bien dociles, ivres de conformisme, perpétuellement épatés de leur réussite standardisée et des obsessions étriquées dont sont farcis leurs crânes.
Ces cerveaux parfois puissants, mais toujours domestiqués, donc incapables de se libérer des manipulations et des propagandes pour développer une pensée personnelle.
Ces esprits moutonniers, conditionnés jusqu’à la moelle, vautrés dans un confort intellectuel ahurissant de sectarisme et de simplisme.
Ces perroquets des médias qui confondent QI et esprit critique, et sont persuadés que leurs qualités académiques et professionnelles leur confèrent une clairvoyance supérieure sur le monde quand la vérité est qu’il n’y a pas plus endoctrinés, pas plus aveugles sur la réalité que ces dévots de la Modernité.

Dans ce texte, je me permettais de stigmatiser ces gens qui passent leur vie à stigmatiser les franchouillards moisis qui ne pensent pas comme eux (sous les vocables « populiste », « fasciste », « raciste », « replié sur soi », « nauséabond ») tout en lançant de vibrants appels à la Tolérance, à l’ouverture à l’Autre, à l’amour de la Diversité et au Padamalgam. Je montrais que ces moulins à propagande se faisaient, par leur suivisme inconscient ou délibéré, les complices objectifs du terrorisme intellectuel contemporain.
Ainsi, et pour une fois, je retournais le mépris de classe, je développais un racisme social à l’envers. Injuste, évidemment, comme tout racisme : on m'objectera à juste titre que tous les « CSP+ » ne correspondent pas à la caricature que j’en fais. Certes. Mais les beaufs maudits sont dans leur immense majorité beaucoup moins caricaturaux que les CSP+, et pourtant personne ne s’offusque des clichés odieux qu’on colporte en permanence à leur encontre.

Surtout, je mettais en évidence le trait révélateur du désastre anthropologique qu’incarnent ces soi-disant classes supérieures : leur langage. De ce qui est le propre de l’homme, ce qui le distingue de la manière la plus radicale des animaux, ces détraqués font un magma de néologismes hideux, de pléonasmes infâmes, d’anglicismes à vomir, de constructions pontifiantes et boursouflées, le tout dans un chaos syntaxique épouvantable.
Leur prêt-à-parler de mutant est un cauchemar auditif et visuel pour toute personne douée d’un seul atome de sens esthétique. Ce qui, évidemment, n’est pas leur cas ; un paysan analphabète du XIXème siècle est infiniment plus littéraire que ces Trissotin en costume cravate. Je veux dire par là qu’il a infiniment plus de goût, infiniment plus de délicatesse, infiniment plus de sensibilité envers la langue que ces pédants. Je veux dire par là que, malgré les apparences et les stéréotypes, un paysan analphabète du XIXème siècle est infiniment plus raffiné qu’un cadre supérieur du XXIème siècle, ce monstre de vulgarité.
Les citations qui suivent l’illustrent magistralement, si l’on peut dire. Une fois n’est pas coutume, je m’abstiendrai de commenter ces chefs-d’œuvre d’illettrisme : ils se suffisent à eux-mêmes. Tout au plus me permettrai-je de recommander au lecteur de garder à l’esprit, quand il découvrira chacune de ces perles linguistiques, qu’elles émanent d’individus ultra-diplômés et réputés brillants — bref, de ce qu’il est convenu d’appeler nos élites… Ce qui démontre, une fois de plus, que notre époque d’imposture généralisée est passée maîtresse dans l’art de l’antiphrase… Mais n’attendons pas plus longtemps : ouvrons les guillemets, et savourons :

«   

Ca s'accélère par rapport à avant.

Le dossier n'a pas la même contenance.

C’est les chiffres prévisionnels qu’on a prévus.

On étudie les différentes possibilités de nouveaux choix d’options.

On va les comparer entre eux.

C'est décroissant donc ça diminue.

La prise en compte de la baisse de notre portefeuille est prise en compte.

Ca nécessite de se poser la question de « qu'est-ce qu'on peut faire ? ».

Mon sentiment : faut approfondir ce point là.

J'm'y perds toujours, des fois.

Ils sont complètement écartés un peu du sujet.

J'ai rédigé un compte-rendu écrit.

Ca a l'air relativement conclusif.

Oui bonjour, je revenais vers toi pour savoir si tu avais fait un point.

C'est significativement important.

On note notamment une augmentation du chiffre d’affaires.

C'est sûr que c'est peut-être ça.

Non tu ne peux pas faire ça. Pourquoi ? Pour des considérations diverses et variées.

Est-ce qu'on peut être force de proposition en disant « OK, on a acté de partir là-dessus » ?

On est ouverts à tout, maintenant y a une différence entre ce qu'on veut faire et entre ce qu'on peut faire.

Est-ce que vous pouvez, je veux dire est-ce que vous êtes en mesure de faire ça ?

On peut dire oui ou non. Soit oui, OK, soit non, alors là c'est pas OK.

On peut dire bon bah voilà - j'dis n'importe quoi - , voilà nos résultats, voilà.

J'pense que si tu prends des trucs différents c'est pas pareil.

Donc voilà. C'est plutôt positif.

Je te rappelle suite à ton appel.

J'en profite pour te parler parce que je t'ai au téléphone.

Y a deux choses, du coup je voulais savoir.

C'est confusionnant.

Ce nouveau produit apporte de nouvelles fonctionnalités innovantes.

Seul l’intérêt d’une offre différenciée par client peut avoir une appétence pour les clients.

Nous aimerions voir évoluer notre version du logiciel avec l'ajout d'un nouveau module correspondant à un nouveau besoin.

Nous ne pouvons pas faire ça actuellement avec notre version actuelle.

Est-ce qu'il est prévu d'engager une démarche de réduction des coûts de dépenses ?

Y a des clients qui n'atteignent pas leur consommation atteinte.

Faut réfléchir avant de comprendre, je pense.

Tu peux me mettre dans la mèninglist ?

Le mail que j'ai reçu date de la même date.

Il faut quand même un truc qui dure dans la durée.

Y aura peut-être des compléments supplémentaires. Ou autres.

Voilà, donc, on a cette alternative entre ces deux possibilités.

On n'est pas tellement si précis.

J'ai fait une bêtise un peu bête.

Non, non, voilà, mais après faut voir.

Faut qu'on arrive à commencer à décorréler un peu l'truc, là.

On rebidouille un machin là.

J’suis sûr que c'est certain !

On a eu beaucoup d'aléas imprévus.

Attends, c'est quand même pas à nous de gérer la gestion !

Il faut qu'on ait une présence plus présente.

Je vais essayer de pouvoir récupérer les données.

Il faut limiter la hausse à 10% au maximum.

Voilà sur ce point.

Ca dépend de quel point de départ on part.

Il faut voir si ça va continuer et si ça va perdurer.

J’ai fait une synthèse plus synthétique si vous voulez.

Ca a tendance à baisser, voire à diminuer.

Faut voir si c’est pérenne sur le long-terme.

C’est toujours comme ça. Sauf exception.

Les consommateurs sont très inertiels.

J’pense que c’est sûr que non.

Au jour d’aujourd’hui, c’est tout ce qu’on a à date.

Y a pas d'explication : c'est juste mathématique.

Je rebondis sur ton mail.

Y a des imprévus qu’on peut pas anticiper.

Est-ce qu'un développement est en cours de développement pour solutionner ce problème ?

Ca nous impacte beaucoup.

Voilà mon retour suite à ton retour.

Etes-vous en phase avec les impacts ?

Je vous remercie d’avance pour votre contribution et votre participation.

Attention ! Il faudra anticiper les cas non prévus.

T'aurais pas une explication un peu plus explicite ?

Bouge pas, je t'envoie un premier jet !

On s'est trompés un peu rapidement dans les calculs hier.

Vous voyez, ça se voit visuellement.

A mon avis je pense que ça pourrait être ça.

La difficulté elle va être simple.

J'ai pas la réponse, mais j'pense qu'il faut qu'on se pose la question.

Ca pourrait induire des effets induits assez importants.

Ca c'est un point d'attention, de vigilance qu'il faudra mettre en exergue.

Mon sentiment, c'est que je pense qu'il faut qu'on se questionne.

Si je suis cohérent avec moi-même.

Je tartine sur tous les clients.

Pour moi, j'pense qu'il faut qu'on se mette le pied dans la porte et qu'on y aille.

Faut commencer maintenant et qu'on s'y mette tout de suite.

Faut que je la tartine autre part donc je vais la tartiner ailleurs.

Ca a des impacts importants.

Attention ! J'dis n'importe quoi.

Est-on sûrs de ça, même en regard de ce que tu as regardé ?

Non mais on peut : j'dis pas qu'on peut pas.

Non mais aujourd'hui, si tu veux, j'veux dire, attendez.

C'est pas d'une extrême confidentialité.

Tiens d'ailleurs ça c'est une question : ça ou pas, est-ce qu'ils prennent ?

J'me demande si une fois qu'on aura pas ça, on pourra pas faire ça.

C'est quoi les tendances en termes de comportements ou autres ?

J'ai ajouté des trucs additionnels en plus.

A priori, il semblerait, on peut dire qu'il s'agirait de ça.

Les échanges qu'on a eus ensemble.

Ca c'est en interne chez nous.

J't'avais partagé l'information.

Est-ce que j'peux avoir un début de quelque chose pour 14h30 ?

Pourriez-vous nous éclairer sur le pourquoi de cette non évolution ?

Pourquoi ils paient trop cher ? Eh bien parce qu'ils devraient payer moins.

Y en a qui sont un p'tit peu en dessus, y en a qui sont un p'tit peu en dessous : c'est le principe des vases communicants.

Ca risque de nous enduire en erreur ça.

Nan nan, moi c'que j'dis, c'est que, voilà.

Ca fait combien ? J'veux dire combien ça fait ?

J'sais plus d'quoi on parlait machin et tout.

Imagine - j'dis n'importe quoi - je sais pas moi, on met rien ou autre, qu'est-ce que ça donne ?

Est-ce qu'en gros on retombe pile poil exactement sur nos résultats ?

Je t'envoie un go asap.

Pour être très très con, j'imagine ce cas de figure.

Non mais c'est con parce que tu vois à la limite c'est éventuellement maintenant et pas après le bon moment.

Je t'appelle un peu en avance de phase, OK.

Peut-être que j'ai pas trop assez insisté là-dessus.

Restons prudents de là à ce qu'on connaisse définitivement les résultats définitifs.

Ce que je faisais pas initialement au début.

Ceux qui sont partis ils sont plus là.

Ca c'est en off : c'est officieux.


On a deux alternatives. La première instancier à partir de l’OJ un TOH bis avec les mentions mentionnées et portant le périmètre des caractéristiques complémentaires, avec un point à sécuriser sur le fait d’avoir deux TOH selon le cas. La deuxième ajouter les contraintes mais on ne bénéficie pas des gains de productivité de l’OJ, donc on a la contrainte de passer par une autre version. A ta disposition si ce n’est pas clair.
  »